Bonjour à tous… Dieu merci, la presse est là pour nous rappeler quelques vérités oubliées. Je lis dans LE MONDE daté dimanche 11 et lundi 12 mai, que M. François Bayrou a osé, lors de son passage au ministère de l’Education nationale, retirer Aimé Césaire des programmes de français… Oui, oui, en 1994 parmi les livres d’auteurs à étudier pour le bac littéraire, figuraient deux œuvres emblématiques du poète martiniquais… Cahier d’un retour au pays natal et Discours sur le colonialisme – Un an plus tard… Césaire à la trappe… Quelques recteurs et un certain nombre d’enseignants avaient fait pression sur le ministre de l’Education, considérant que le poète martiniquais était trop difficile à lire et peu accessible aux élèves de Terminale. Et M. Bayrou avait cédé aux contestataires, et remplacé Aimé Césaire par Louis Aragon. Les Yeux d’Elsa prenait définitivement le pas sur Cahier d’un retour au pays natal . Difficile bien sûr, à l’époque de protester, contre cette décision, que d’aucuns ne se privaient pas de juger idéologique puisque dans le Panthéon de la gauche, figurent aussi bien le progressiste Césaire que le communiste Aragon. Xavier Ternisien, mon confrère du MONDE, rapporte là-dessus que François Bayrou, interrogé en 1995 par LE CANARD ENCHAINE, avait expliqué que l’idéologie n’était pas entrée dans son choix. Simplement, il avait jugé « Aragon plus représentatif de la littérature française que l’écrivain martiniquais ». Chacun appréciera aujourd’hui, y compris ceux qui se récitent mentalement avant de parler d’amour à leur dulcinée Les Yeux d’Elsa . « Tes yeux sont si profonds qu’en me penchant pour boire J’ai vu tous les soleils y venir se mirer S’y jeter à mourir tous les désespérés… Tes yeux sont si profonds que j’y perds la mémoire » C’est justement pour que l’on ne perde pas la mémoire de la Traite des noirs, laquelle enrichit autrefois les bourgeoisies portuaires de Nantes et de Bordeaux, que Nicolas Sarkozy hier, a promis d’inscrire l’esclavage dans les manuels scolaires. « Dès le primaire, il faudra savoir ce qu’était l’esclavage » titre en manchette ce dimanche, le POPULAIRE DU CENTRE. Et juste au-dessus, une photo des manifestants du Conseil Représentatif des Associations Noires, avec une jeune fille porteuse d’une pancarte sur laquelle on peu lire : « Douce France, cher pays de mon enfance. Je suis métisse et j’existe ». En légende de cette photographie aussi parlante que les images d’un Obama parti à la conquête de la Maison Blanche, on lit : « Nicolas Sarkozy a souhaité qu’à la rentré prochaine, dans tous les collèges et lycées de France et de Navarre, l’histoire de l’esclavage soit abordée de façon lucide et apaisée, à partir de l’étude d’œuvres littéraires comme celles d’Aimé Césaire. » LE PARISIEN, le journal montpelliérain, MIDI LIBRE, le POPULAIRE DU CENTRE que j’ai cité, et à Metz, le REPUBLICAIN LORRAIN se félicitent ensemble de la décision du président de la République. « L’esclavage entre à l’école » se réjouit le dernier journal cité, avant de souligner que l’œuvre d’Aimé Césaire, chantre de la négritude, sera étudiée à partir du collège. Cela dit, je voudrais suggérer à M. Xavier Darcos, ministre de l’Education, à la façon de l’enfant choisi autrement pour la publicité Cadbury… « S’il vous plait, M. Cadbury, pourriez-vous allonger un peu vos fingers… » S’il vous plait, Monsieur le Ministre, ne pourriez-vous pas publier, pour mémoire aussi, ce qu’était le Code Noir sous nos rois ? Dans la bonne ville de Nantes, négrière autrefois, un musée a eu la bonne idée de l’exposer en bonne place. Il suffit en effet, de quelques feuillets, pour reproduire les articles de cet édit du roi de France, d’avril 1615, régissant la vie des esclaves aux Antilles. Article 1 …ordonnons à tous nos officiers de chasser hors de nos îles tous les juifs qui y ont établi leur résidence, auxquels, comme aux ennemis déclarés du nom chrétien, nous commandons d’en sortir dans trois mois, à compter du jour de la publication des présentes, à peine de confiscation de corps et de biens. Article 2 Tous les esclaves qui seront dans nos îles seront baptisés et instruits dans la religion catholique, apostolique et romaine. Ordonnons aux habitants qui achèteront des nègres nouvellement arrivés d’en avertir les gouverneur et intendant des dites îles dans huitaine au plus tard, à peine d’amende arbitraire, lesquels donneront les ordres nécessaires pour les faire instruire et baptiser dans le temps convenable. Article 8 Déclarons nos sujets qui ne sont pas de la religion catholique, (…) incapables de contracter à l’avenir aucuns mariages valables, déclarons bâtards tous les enfants qui naîtront de telles liaison, que nous voulons être tenues et réputées, tenons et considérons comme vrais concubinages. Article 9 Les hommes libres qui auront eu un ou plusieurs enfants de leurs concubinages avec leurs esclaves, ensemble les maîtres qui les auront soufferts, seront chacun condamné à une amende de deux mille livres de sucre. Article 44 Déclarons les esclaves être des meubles, et comme tels entrer en la communauté, n’avoir point de suite par hypothèque, se partager également entre les cohéritiers sans préciput (droit accordé à une personne de prélever, avant tout partage, une partie déterminée d’un tout à partager) ni droit d’aînesse, ni être sujets au douaire (droit de l’épouse sur les biens de son mari) coutumier, au retrait féodal et lignager (de même lignage familial), aux droits féodaux et seigneuriaux, aux formalités des décrets, ni aux retranchements des quatre cinquièmes, en cas de disposition à cause de mort testamentaire. En bref, les noirs, les esclaves étaient des gens que l’on traitait comme des meubles, comme des kilos de sucre ! Et aujourd’hui… me direz-vous ? Quid de la Birmanie, quid du Liban sans président… mais terrain de manœuvre sanglant… Le JOURNAL DU DIMANCHE dans sa page Etranger évoque la situation à Rangoon (100.000 morts…plus d’un million de sinistrés, tandis que la dictature organise son plébiscite…) Titre du JOURNAL DU DIMANCHE : « Le peuple meurt… les militaires votent. » Et Wolinski y ajoute une caricature parlante aussi… un camion d’Action Contre la Faim demande à franchir la frontière birmane-thaïlandaise. «- Laissez-nous passer, dit le responsable de l’ONG… nous apportons cinq tonnes de riz pour les survivants du tsunami… - Des survivants ! Quels survivants ? interroge le militaire garde-frontière. » Beyrouth… et le Liban qui, titre LE MONDE, risque à nouveau la guerre. Déstabilisation explique le journal, en remarquant que l’armée libanaise ne s’est pas opposée à l’offensive du Hezbollah que commande M. Nasrallah. Ce qui inspire à Plantu ce dessin formidable. Le cèdre du drapeau libanais écartelé, fracassé par les tanks chiites…. Sur la tourelle, un barbu avec turban et lunettes… dans sa main droite, une kalachnikov, dans l’autre une grenade dégoupillée. Et on reconnaît évidemment M. Nasrallah. Je voudrais conclure avec deux interviews que je vous invite à lire. Dans le PARISIEN. M. Christian Estrosi parle. L’ex-secrétaire d’Etat en charge des collectivités territoriales et de l’Outre-mer justement, a été élu maire de Nice. Et le 18 mai, dans une législative partielle, il va tenter de redevenir député des Alpes-Maritimes. Il est interrogé par Dominique de Montvallon qui lui dit : « Michel Rocard trouve que ce serait une très bonne idée de remplacer le 8 mai par le 9, jour de la fête de l’Europe. Est-ce que vous lui donnez raison ? » Réponse de M. Estrosi : « Certainement pas. Le 8-mai, c’est la grande victoire des alliés sur les nazis. Cette date porte trop de symboles par rapport à tant de souffrance. Nous n’avons pas le droit d’y porter atteinte. » Puis une autre question : « Le trotskiste, Olivier Besancenot est l’invité de Michel Drucker sur France 2. Qu’en pensez-vous ? » Et Christian Estrosi répond à Dominique de Montvallon. « C’est bien la preuve qu’Olivier Besancenot s’embourgeoise. » Vous parlez d’une nouvelle. L’autre interview est dans le JOURNAL DU DIMANCHE. La semaine prochaine, tout le monde sera à Cannes pour l’ouverture du festival. Dans le supplément du JOURNAL DU DIMANCHE, « Gros plan sur Thierry Frémont ». C’est ce dernier qui a choisi la sélection. Et on lui demande : « C’est dur, Cannes. Comment faites-vous pour tenir le coup, vous avez un truc ? » Thierry Frémont répond : « Dormir au moins 6 heures, ne pas boire d’alcool, et se dire que le soir, on va embrasser Nicole Kidman». Une surprise dans le même JOURNAL DU DIMANCHE. Il y avait un directeur, Jacques Espérandieu, qui n’est plus là. J’ai cherché son éditorial. Je n’en ai pas trouvé. Pourtant il est toujours sur la liste des collaborateurs du journal. Et je vois également une publicité pour Europe 1 : « Dimanche 11 mai, écoutez sur Europe 1… » Non, on est dimanche 11 mai !

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