Bonjour à tous… « Le onzième jour, du onzième mois, à la onzième heure, les armes se taisaient enfin. C’était en 1918. » François Régis Hutin ouvre ainsi, ce matin son éditorial d’Ouest-France consacré au courage nécessaire, pour faire la guerre, et après la guerre… bâtir si possible, la paix ! Les bilans chiffrés des militaires et des civils tués entre le 1er août 14 et le 11 novembre 1918, comparés aux bilans des conflits d’aujourd’hui, font frémir. En quatre ans, neuf millions des militaires engagés dans la « der des der » par les pays concernés ont été tués. Parmi eux, 1.358 000 français. Rien qu’en 1916 souligne Le Monde daté d’aujourd’hui, les dix mois de la bataille de Verdun ont fait 750.000 victimes dans les deux camps : français et allemand. Soit 2000 morts par jour, entre février et décembre. Chacun imaginant naturellement, défendre sa civilisation contre un adversaire jugé brutal et barbare. Et mon confrère d’Ouest-France, de citer à cet égard Jean-Pierre Calloch, breton de l’ile de Groix tué en 1917, et à qui l’on doit ce poème. « Je suis le matelot au bossoir, le guetteur… La France m’appelle ce soir, je garde son honneur. Je suis le grand veilleur debout sur la tranchée Qui garde à tout jamais, le monde et sa beauté ! » « Il faut accumuler les pierres que l’on vous jette et les souffrances endurées. Un jour, elles construiront votre piédestal. » C’est Georges Latil qui rappelle aujourd’hui, dans le journal La Provence, ce mot antidaté de Berlioz, à côté d’une photo du doyen des Poilus survivants, Maurice Floquet, qui s’est éteint avant-hier soir, à 111 ans. La presse, donne ce matin, les noms des quatre combattants survivants, derniers rescapés de l’enfer. Lazare Ponticelli 108 ans qui devrait participer aujourd’hui, aux cérémonies commémoratives du Kremlin-Bicêtre. - Jean Grelot 107 ans, qui vit lui aussi à Paris. - René Riffaud le normand, que l’on devrait voir tout à l’heure à l’Arc de Triomphe, place de l’Etoile. Il est né en 1898, et vit dans une maison de retraite dans l’Eure. La guerre, il l’a vécu au sein de l’Armée d’Afrique, faut pas oublier l’armée d’Afrique, puis dans une demi-douzaine de régiments. - Et enfin Louis Cazenave 108 ans, dernier poilu de Haute-Loire, devenu cheminot, au lendemain de l’armistice. C’est avec eux que l’on finira peut-être de labourer les sillons abreuvés du sang de la der des der, souligne Jean-Pierre Rospiengeas dans La Croix, avant de rappeler, que « le feu d’Henri Barbusse, prix Goncourt en 1916, est sorti lui aussi des tranchées. Barbusse qui décrivait l’héroïsme des sans-grades, mais rapportait également, les ordres absurdes, et jugeait sévèrement les erreurs du commandement. Barbusse qui écrivait à sa femme, fille cadette du poète Catulle Mendès : « Je persiste à trouver vagues et contraires à notre destinée humaine les causes de cette guerre. Cette guerre où nous dépensons interminablement tant d’héroïsme. » Est-ce ainsi que les hommes vivent ? soupirait encore 40 ans, après Verdun, Louis Aragon dans le Roman inachevé. Livre de souvenirs, où l’on trouvait sur la guerre et tout ce qui s’ensuivit des vers comme « Les ombres se mêlaient et battaient la semelle… » Ou encore : « Dominos d’ossements que les jardiniers trient. » Et ce poème que l’on pourrait considérer comme le meilleur éditorial évoquant pour l’éternité ces combattants, morts à vingt ans. «Tu n’en reviendras pas toi qui courais les filles Jeune homme dont j’ai vu battre le cœur à nu Quand j’ai déchiré ta chemise et toi non plus Tu n’en reviendras pas vieux joueur de manille Qu’un obus a coupé par le travers en deux Pour une fois qu’il avait un jeu du tonnerre Et toi le tatoué l’ancien légionnaire Tu survivras longtemps sans visage sans yeux On part Dieu sait pour où Ca tient du mauvais rêve On glissera le long de la ligne de feu Quelque part ça commence à n’être plus du jeu Les bonshommes là-bas attendent la relève Roule au loin roule le train des dernières lueurs Les soldats assoupis que ta danse secoue Laissent pencher leur front et fléchissent le cou Cela sent le tabac la laine et la sueur Comment vous regarder sans voir vos destinées Fiancés de la terre et promis des douleurs La veilleuse vous fait de la couleur des pleurs Vous bougez vaguement vos jambes condamnées Déjà la pierre pense où votre nom s’inscrit Déjà vous n’êtes plus qu’un nom d’or sur nos places Déjà le souvenir de vos amours s’efface Déjà vous n’êtes plus que pour avoir péri. » Oui ou non, finira-t-on par arrêter de célébrer le 11 novembre 1918, comme jour férié après la mort des quatre derniers poilus survivants… se demande ce matin, l’éditorialiste du journal l’Alsace. On pourrait très bien suggère mon confrère de Mulhouse continuer d’honorer la mémoire des victimes, sans pour autant chômer ce jour-là, le jour de l’Armistice. Et pourquoi pas, remplacer cette fête du passé par une vision d’avenir, et célébrer, par exemple au printemps, la construction de l’Union européenne ? » Pourquoi pas en effet ? Encore faut-il se méfier de cette tendance curieuse, à l’oubli, l’amnésie pour ne pas dire, la volonté très moderne, de tout effacer. La presse nationale, et certaines associations, se sont émues, ces dernières semaines, de la censure exercée, par le service des petites annonces du quotidien l’Est Républicain. La famille Volson, voulait publier dans le grand journal de Nancy un petit texte évoquant la mémoire de Fred Wolfsohn, victime des suites d’une mauvaise rencontre, disait la petite annonce proposée avec « la barbarie nazie ». Fred, rescapé d’Auschwitz, avait survécu jusqu’à l’automne 66, mais ses enfants ne s’en consolaient pas, et voulaient le rappeler au tarif des petites annonces. Refus de l’Est Républicain, au nom de la déontologie et proposition du journal, qui est faite à la famille de remplacer barbarie nazie, par une formule plus douce : « traumatisme des camps ». Etonnement alors, de Guy Konopnocki, qui écrivit fort justement dans Marianne… que l’Est Républicain, voulait neutraliser la mort ! On peut disait Konopnocki… mourir des suites d’une longue maladie, mais en aucun cas pour des raisons idéologiques ou politiques… et le chroniqueur de Marianne de s’interroger… Est-ce qu’on va un jour, bannir des avis commémoratifs des expressions telles que « mort pour la France »… « Tombé au champ d’honneur », ou « victime de la barbarie nazie »? L’autre jour, le héros barbare de la fiction Les Bienveillantes a obtenu, vous le savez, le prix Goncourt, et le Magazine Le Point en profite cette semaine, pour publier un dossier, très intéressant, passionnant, à la lumière des dernières recherches et des dernières archives ouvertes sur le système SS et la fascination du Mal. L’Express, préfère rappeler, ce que fut la vie, de Jean-Jacques Servan Schreiber, disparu cette semaine. Servan Schreiber, Français par naissance… Prussien par filiation, Américain par admiration, écrit très joliment Jacques Duquesne. Parmi les témoignages réservés à l’auteur du Défi américain, celui-ci… de Jean-Pierre Raffarin, ancien premier ministre de Jacques Chirac… « JJSS, écrit Jean-Pierre Raffarin, était au moment de mes 20 ans, l’homme de la modernité. Je l’ai aimé… Mon père lisait L’Express, pour Mendès France qui y écrivait, ma mère pour François Mauriac qui écrivait aussi dans l’Express et moi pour Jean-Jacques Servan-Schreiber. » Et dans Le nouvel observateur, il y a Jean Daniel qui a travaillé avec JJSS et qui écrit à propos de la mort d’un grand journaliste : Quand en 53, Jean-Jacques Servan-Schreiber a fondé « L’Express », auquel le liera le meilleur de son destin, il a rejoint aussitôt une tradition qui identifie dans la presse un homme à son entreprise. On avait parlé du « Populaire » de Léon Blum, de « Marianne » d’Emmanuel Berl, du « Combat » d’Albert Camus, du « Monde » de Beuve-Méry, de « L’Observateur » de Claude Bourdet. Il faudra parler désormais On parlera très vite de « L’Express » de JJSS car les successeurs mettront plus longtemps à être nommés à leur tour, par leurs seules initiales.

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