Bonjour à tous…. Le mal n’est pas banal et les guerres du XXème siècle ne peuvent s’oublier… bizarre tout de même ces rapprochements de l’actualité qui fait coïncider la mort de Norman Mailer des célébrations de l’Armistice du 11-Novembre 1918 ! … Comme si l’écrivain américain, auteur du roman Les Nus et les Morts voulait nous rappeler que la première guerre mondiale et la guerre du Pacifique, à laquelle il a participé, étaient les deux versions d’une même machine à broyer. Même brutalité, même angoisse des soldats, mêmes histoires personnelles, d’hommes, de femmes et de civils embarqués, dans des cataclysmes qui n’ont rien à voir avec ce qu’on désigne aujourd’hui comme des conflits régionaux dits de faible intensité ! Les Nus et les Morts … Marie-Laure Delorme, critique littéraire du JOURNAL DU DIMANCHE, considère que c’est sans doute le plus beau livre de Norman Mailer, qui vient de mourir d’une insuffisance rénale à 84 ans. C’est en tout cas le roman qui l’a fait connaître et lui a valu, à 25 ans, le prix Pulitzer. Mailer y raconte l’histoire d’une section de reconnaissance américaine, envoyée en mission dans le Pacifique, derrière les lignes japonaises. Et il le fait à partir de ses notes de reporter-soldat qui a interrogé scrupuleusement ses copains du Front, et tout noté : leurs impressions, leurs angoisses et leur sexualité exprimées dans un langage cru. D’une certaine façon, notre Louis Aragon, qui avait 21 ans en 1918, a participé du même état d’esprit quant il a décrit lui aussi en vingt-quatre vers, la vie et la mort des poilus de la première grande guerre du XXème siècle. Qui sait d’ailleurs si le poème intitulé «Tu n’en reviendras pas» , poème mis en musique plus tard par Léo Ferré, ne va pas inspirer le président de la République, qui prendra la parole tout à l’heure à l’Arc de Triomphe, devant des lycéens. Tu n'en reviendras pas toi qui courais les filles Jeune homme dont j'ai vu battre le cœur à nu Quand j'ai déchiré ta chemise et toi non plus Tu n'en reviendras pas vieux joueur de manille Qu'un obus a coupé par le travers en deux Pour une fois qu'il avait un jeu du tonnerre Et toi le tatoué l'ancien Légionnaire Tu survivras longtemps sans visage sans yeux On part Dieu sait pour où Ça tient du mauvais rêve On glissera le long de la ligne de feu Quelque part ça commence à n'être plus du jeu Les bonshommes là-bas attendent la relève Roule au loin roule le train des dernières lueurs Les soldats assoupis que ta danse secoue Laissent pencher leur front et fléchissent le cou Cela sent le tabac la laine et la sueur Comment vous regarder sans voir vos destinées Fiancés de la terre et promis des douleurs La veilleuse vous fait de la couleur des pleurs Vous bougez vaguement vos jambes condamnées Déjà la pierre pense où votre nom s'inscrit Déjà vous n'êtes plus qu'un nom d'or sur nos places Déjà le souvenir de vos amours s'efface Déjà vous n'êtes plus que pour avoir péri …Le souvenir de vos amours s’efface !!! LE MONDE daté du 11 et 12 novembre évoque à cet égard l’exposition ouverte au Musée de l’Armée des Invalides. Exposition qui avec des objets, des images, des lettres montrent comment l’amour et le sexe ont été bouleversés par les deux guerres mondiales. Tant chez les combattants que parmi les civils. « La guerre, explique mon confrère, Thomas Wieder, en séparant les couples, oblige ceux qui s’aiment à aimer autrement. A défaut de se faire, l’amour se dit et se rêve. A côté des lettres, parfois très crues, que s’échangent les amants, toutes sortes d’objets compensent l’absence de l’être cher. Au front ou dans les camps de prisonniers, les hommes ne manquent pas d’imagination : le moindre étui de cigarettes peut se parer de corps aux formes suggestives ; et plus d’un soldat, comme le rappellent d’étonnantes photographies, a profité de ses moments de repos pour sculpter d’aguichantes silhouettes à partir du sable ou de la neige qu’il avait sous la main. La guerre favorise aussi les infidélités. Si le soldat oublie sa bien-aimée dans le lit d’une prostituée, il arrive aussi à la femme délaissée de s’abandonner dans les bras d’un autre. Dans ce cas, mieux vaut éliminer les preuves. Surtout quand l’autre appartient à une nation ennemie. Une carte postale sur laquelle un Allemand avait écrit « Je vous aime » à sa maîtresse française vaudra à la jeune femme quelques ennuis de la part de la commission d’épuration. » « C’est votre album de famille »… titre très justement le journal LA PROVENCE, en publiant photos, cartes postales, courriers, adressés au journal par ses lecteurs marseillais. « Notre région, souligne LA PROVENCE DIMANCHE a été marquée par ce conflit qui a accentué le fossé entre Paris et les Provençaux que l’on traitait de lâches et de planqués. » La revue HISTORIA raconte elle aussi, avec des témoignages réalistes de poilus revenus du Front. HISTORIA publie également des chiffres qui méritent d’être médités : "73 millions d’hommes mobilisés en Europe... 9.405.000 morts et disparus... 21 millions de blessés... 7 millions de prisonniers..." L’historien Jean-Yves Le Naour, résume, mais peut-on résumer : « Armes de destruction massive, propagande, désinformation, quête de l’identité nationale : la résonnance de la Grande guerre est totale. » Et il ajoute : « La modernité des poilus tient au fait que pour la première fois dans l’Histoire, des millions d’hommes se sont retrouvés confrontés à un conflit industriel. Ils ont dû endurer et subir sans pouvoir agir. Comme l’écrivait Ernest Jünger : « Voici venu le temps de la domination de la machine sur l’homme, du valet sur le maître ». Bref, le 11-novembre est d’actualité. Même si, comme le remarque LE PARISIEN ce matin, ne restent plus que deux poilus en France. Monsieur Louis de Cazenave qui a eu 109 ans le 16 octobre dernier. Et Monsieur Lazare Ponticelli, son cadet d’une année. Le premier vit en Haute-Loire, le second au Kremlin-Bicêtre. Tous les deux refusent les honneurs qu’avait souhaité leur réserver Jacques Chirac en 2005. "Ce serait, dit Lazare Ponticelli, une insulte à la mémoire des autres morts disparus sans avoir obtenu les honneurs mérités." Dans le reste de l’actualité ce matin : SUD OUEST annonce une "semaine qui va secouer", avec un test gouvernement-syndicats. MIDI LIBRE publie en exclusivité les bons extraits du livre-brûlot de Georges Frêche contre le Parti socialiste. Le Montpelliérain Georges Frèche, conseille au Parti de François Hollande de se saborder. « Chacun sa bonbone et courage ! » Le procès d’Yvan Colonna passionne déjà les DERNIERES NOUVELLES D’ALSACE, LE PARISIEN, NICE-MATIN et le JOURNAL DU DIMANCHE. La carte judiciaire suscite elle aussi, bien des commentaires. Selon la DEPECHE DU MIDI, Rachida Dati fait des ravages dans le grand sud en supprimant 22 tribunaux, dont St Gaudens et Villefranche. Enfin dans LE JOURNAL DU DIMANCHE, deux hommes croisent le fer, François Fillon et Bernard Thibault. Selon le secrétaire général de la CGT, le gouvernement orchestre la dramatisation. Réplique de François Fillon : mais non, on pilote finement une séquence qui s’annonce difficile.

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