Bonjour à tous… La presse se souvient de Brel, né en 29 et mort il y a trente ans, le 9 octobre précisément, après avoir écrit le Moribond… « Adieu l’Emile, je vais mourir. C’est dur de mourir au printemps, tu sais. Mais je pars aux fleurs, la paix dans l’âme. Car vu que t’es bon comme du pain blanc. Je sais que tu prendras soin de ma femme. Je veux qu’on rie, je veux qu’on danse. Je veux qu’on s’amuse comme des fous. Je veux qu’on vie. Je veux qu’on danse. Quand c’est qu’on me mettra dans le trou »… Mais peut-on aujourd’hui encore, rire de la mort ? Il n’y a pas si longtemps, Cabu posait la question, à la une de CHARLIE HEBDO et répondait en dessinant un squelette armé d’une faux. Sur sa caricature, face au pantin, un bobo s’esclaffait : « Elle a pas de culotte » ! L’hebdomadaire MARIANNE ce matin, se souvient aussi du journal bête et méchant, qui précéda de quelques décennies CHARLIE… HARA-KIRI. Et HARA-KIRI Hebdo interdit pour avoir publié à l’automne 70, au lendemain de la mort du Général de Gaulle, cette « une »historique : « Bal tragique à Colombey : 1 mort ! » Les éditions Hoëbeke, publient ce mois-ci, les belles images 60-85 du journal « bête et méchant » que nous lûmes adolescent, et dont on se disait qu’il attentait au bon goût. Cavanna, comme Cabu, comme Delfeil de Ton, comme Wolinski, Mazurier et Michèle Bernier, reviennent sur les procès, les interdictions qui ont frappé le magazine ultra-provocateur de notre jeunesse. « C’est vrai », déclare Cavanna dans MARIANNE. "A l’époque on nous détestait. Mais vous savez, aujourd’hui les interdits n’ont pas changé. La société a lâché la bride dans certains domaines comme celui du sexe, mais n’a pas bougé d’un iota sur ses tabous réels. Critiquer la religion, l’armée, la police ou la publicité, c’est prohibé. On vous donne de la bagatelle, on autorise les sujets superficiels, mais l’autocensure demeure. La presse s’est couchée. Les humoristes se sont couchés. N’importe quel comique sur scène préfère parler de lui, du quotidien, que de secouer les consciences. On vous donne de la bagatelle, on autorise les sujets superficiels, mais l’autocensure demeure. La presse s’est couchée. Les humoristes se sont couchés. Or pour faire rire, il faut déranger. Il faut creuser la matière sociale, humaine, au risque de la retourner. Voilà pourquoi le rire est politique. Voilà pourquoi aussi HARA-KIRI était haï. Aujourd’hui on nous porte aux nues, mais à l’époque on nous détestait, parce qu’on enfonçait les limites autorisées. Aujourd’hui, on accepte les interdictions ». Cavanna est pessimiste. Quelque chose me dit que la mort sur la route cette nuit du populiste autrichien Jorg Haider, rappellera à plus d’un l’accident de Pontchartrain qui, en novembre 88, provoque à l’identique le décès de Jean-Pierre Stirbois, numéro 2 du Front national… Et que dire au terme de cette noire semaine boursière du rire salvateur de François Reynaert dans le NOUVEL OBSERVATEUR et de cette proposition de Patrick Guillier dans le COURRIER DE L’OUEST, édition d’Angers. Nous devrions tous, écrit mon confrère, faire une cure de "Coluchicine". Et l’éditorialiste de citer quelques aphorismes de l’inventeur des Restos du Cœur, dont celui-ci, bien adapté à la situation d’aujourd’hui : « Un crédit à long terme, ça veut dire que moins tu peux payer, plus tu payes ». Et celui-là : « Je voudrais rassurer les peuples qui meurent de faim dans le monde. En France, comme aux Etats-Unis, on mange pour vous ». C’était sous Giscard et Barre. Mais remarque l’éditorialiste du COURRIER DE L’OUEST, le Président du Sénégal, Abdoulaye Wade, n’a pas dit autre chose cette semaine quand il a déclaré : "La ruine n’est redoutée que par ceux qui possèdent quelque chose ! ». François-Régis Hutin dans OUEST-FRANCE semble le penser, lui aussi, quand il redoute le pire pour les plus pauvres, en passe de devenir les plus appauvris ! Et Hutin de citer l’adage prêté à Mao : « Quand les riches maigrissent, les pauvres meurent ». A la première page de NICE MATIN, Philippe Bouvard creuse le même sillon, dans un billet intitulé : "Tout s’explique". « Les banques centrales », écrit-il, « vont baisser leur taux d’intérêt, afin que les citoyens auxquels on refuse désormais de prêter de l’argent le regrettent davantage ». Le même Bouvard, pousse le bouchon plus loin, en faisant remarquer que les députés ont attendu pour approuver le financement du RSA par une ponction de l’épargne, que les économies des Français aient fondu. Et il conclut : « Les pages manuscrites de Brel et 40 livres imprimés de Le Clézio ont valu aux héritiers du premier et au Nobel de la littérature, une manne identique : 1 million d’euros. Comme quoi, l’Olympia est aussi coté que l’Olympe ». Les ECHOS et LE MONDE s’étonnent à ce propos de la réaction à la situation du grand, du bon, du brave Alain Souchon… Il parait que sa chanson inédite sur les parachutes dorés, fait un tabac sur le net, où l’on peut déjà visiter la délécherger. En voici les paroles, sans la musique, telles que vous pouvez les lire, dans les ECHOS de ce week-end. « Adieu mégaphones, adieu calicots, adieu responsables syndicaux. A moi le soleil et le calypso, la nana et la noix de coco » fredonne l’artiste. « La boîte a coulé mais, pouce, on va se la couler douce », enchaîne-t-il en refrain. Pour finir par asséner : « j’ai creusé, creusé la dette au lieu de me creuser la tête. Un jour, les cours ont chuté et moi parachuté ». En vedette par temps de crise, les fameux « parachutes dorés ». On a suffisamment tempêté ici contre cette obscénité pour ne pas se féliciter que l’ouragan automnal semble mettre en torche ces parachutes. Mais on sent bien que ce n’est plus le problème du moment. Quand c’est l’avion entier qui risque de s’écraser au sol, peu importe la couleur des parachutes du pilote, du copilote. L’essentiel devient de savoir comment sauver les passagers (les salariés) et si, en tombant, l’avion ne va pas s’écraser sur une ville, tuant des civils innocents ». (les clients, les épargnants, les retraités). Les calamités se succèdent à une telle vitesse. Quand on pense qu’au mois d’août dernier, avec l’affaire géorgienne on en était à attendre une troisième guerre mondiale avec la Russie. Voilà qu’en septembre, on en était déjà à se bloquer un deuxième krach de 1929. Je n’ose penser à ce que Noël nous prépare. Les tranchées de la Somme ? Les guerres de religion ? La grande peste ? Je sais, il faut arrêter de faire ces comparaisons historiques qui exaspèrent les spécialistes. La crise financière actuelle n’a rien à voir avec celle de l’entre-deux-guerres. C’est évident. Partie comme elle est, elle va être pire. D’un autre côté, elle relativise certaines de nos frayeurs récentes. Songez au foin qu’on a fait, il n’y a pas neuf mois, parce que ce pauvre Jérôme Kerviel, en deux clics de souris maladroits, avait cramé 5 milliards d’euros de la Société Générale. Cinq milliards ? Par rapport à ce dont a été capable depuis le moindre trader de Lehman Brothers, ça fait pourboire. Patrice Gélinet n'a pu assurer son émission d'hier suite au grand chagrin du décès de son épouse. Elle était âgée de seulement 46 ans. Pour le soutenir dans cette épreuve, ce passage des stances de François de Malherbe à Monsieur du Périer. « Mais elle était du monde, Ou les plus belles choses Ont le pire destin, Et rose elle a vécu ce que vivent les roses, L’espace d’un matin ».

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