Une parole qui se libère…

« Dieu se fout de savoir si je suis homosexuel. Dieu m'aime tel que je suis... » L'homme qui parle ainsi s'appelle Christian. Il a 51 ans, il habite près de Poitiers, et si, ce matin, il fait la Une du PARISIEN, et si le journal consacre deux pages à son témoignage, c'est parce qu'il est prêtre... « Moi, Christian, prêtre et homosexuel » , annonce le quotidien, s'inspirant là du titre d'un livre qui fit scandale dans les années 80 : « Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée. »

Christian, lui, ne cherche pas à faire scandale, mais ce qu'il raconte, pour la première fois à visage découvert, pourrait bien pourtant faire des vagues dans le si feutré milieu ecclésiastique... Huit jours après le coming out d'un prélat polonais, il raconte donc que lui aussi a dû quitter son ministère pour l'amour d'un homme... Un homme avec lequel il vit depuis dix ans, mais il fait encore aujourd'hui partie de l'Eglise, car même s'il ne célèbre désormais plus la messe, aux yeux de l'Eglise, Christian est toujours prêtre. « Et je le resterai jusqu'à mon dernier souffle » , martèle-t-il, en précisant qu'il n'a jamais été relevé de ses fonctions... Lorsqu'il a annoncé son homosexualité à ses supérieurs, on lui a proposé une sortie discrète. Dans sa paroisse, il n'a pas dit qu'il quittait ses fonctions pour une histoire d'amour, d'amour avec un homme : non, il a dit qu'il partait pour devenir prêtre-ouvrier.

Pas simple, cependant, de quitter la sacristie. « J'ai mis , dit-il, quatre ou cinq ans à m'en remettre » , et maintenant, il dirige une structure d'insertion. Mais il y a fort à parier que son témoignage va nourrir le débat récurrent sur le célibat et la sexualité des prêtres, et plus précisément : le débat sur l'homosexualité dans l'Eglise. Officiellement, pourtant, « la question ne se pose pas » , relève Stéphane Albouy dans son éditorial. « Lorsque l'on interroge la Conférence des évêques de France sur la position de l'Eglise à propos des prêtres homosexuels, elle assure ne pas avoir connaissance de cas concrets. » « Tant qu'il n'y a pas de publicité, l'Eglise ferme les yeux » , analyse Olivier Bobineau, sociologue des religions. Mais là, il y a publicité... Difficile de fermer les yeux... « Des brèches se sont ouvertes et la parole est donc en train de se libérer » , constate le journal.

Une parole libérée, c'est aussi, dans un autre genre, ce que revendique la patronne du Front National. Marine Le Pen, qui fait la Une du JOURNAL DU DIMANCHE avec ce titre : « Un Français sur trois prêt à voter pour elle » . Une enquête de l'IFOP à propos de la prochaine présidentielle. Mais si, de fait, 31% des sondés se disent prêts à choisir le bulletin "Le Pen" en 2017, près de 7 sur 10 affirment l'exacte contraire : 69% déclarent qu'ils ne voteront jamais pour elle... Du reste, plus des deux tiers jugent qu'elle est sectaire, qu'elle n'a pas de solution pour sortir le pays de la crise et qu'elle n'a pas l'étoffe d'un président de la République... Commentaire du président de l'Institut : « Cela montre la difficulté de Marine Le Pen à rassembler dans la perspective d'un second tour. » En effet, en effet... Mais si l'hebdomadaire a choisi de faire sa Une avec ceux que le Front National séduit, c'est parce que le parti a, plus que jamais le vent en poupe à l'approche des régionales.

Du reste, comme l'explique LE MONDE, tous les partis d'extrême-droite d'Europe sont aujourd'hui dopés par la crise des migrants : en Autriche, en Suède, au Pays-Bas, en Belgique et en Italie... Trois exceptions, toutefois : la péninsule ibérique, le Portugal et la Finlande.

Mais il est bon, parfois, de rappeler certains chiffres. En l'occurrence, rappeler que seule une minorité des 11 millions de Syriens fuyant la guerre civile, seule une minorité arrive à atteindre l'Europe. Pour l'essentiel, ils se retrouvent dans d'autres régions de leur pays, ou bien dans les pays voisins, comme le raconte Hana Jaber dans LE MONDE DIPLOMATIQUE. Alors donc, « qui accueille vraiment les réfugiés » - c'est le titre de l'article. Réponse : l'Union Européenne en accueille 332.000... Mais ils sont deux fois plus - 629.000 - à avoir trouvé refuge, ces derniers mois, en Jordanie. Ils sont quatre fois plus - 1 million 148.000 - à avoir trouvé refuge, tant bien que mal, au Liban... Et près de deux millions de Syriens se sont réfugiés en Turquie, laquelle serait d'ailleurs le pays le mieux organisé : les associations d'aide et les médias ont relevé la qualité des services offerts à ceux que le dictateur syrien a jeté sur la route.

A propos des réfugiés, je vous conseille par ailleurs la lecture, dans LE MONDE, des extraits du livre « Dans la peau d'un migrant » , du journaliste Arthur Frayer-Laleix. Il a suivi les filières de migrants du Pakistan à Calais et s'est donc fait passer lui-même pour un migrant... L'occasion, notamment, de rencontrer des passeurs... Témoignage, de l'un d'eux, un Afghan, qui raconte son sinistre marché : « La première chose que je regarde, c'est s'ils ne sont pas trop gros... Les gros, je ne les envoie pas en Europe... Un gros, il ne peut pas marcher longtemps, il est lent, il consomme beaucoup d'eau... C'est très difficile de le dissimuler dans une cache à l'arrière d'un camion... En revanche, c'est moitié-prix pour les enfants de moins de huit ans, parce qu'ils prennent bien moins de place. » Cynisme à l'état pur. Ce n'est pas toujours agréable de lire une parole libérée.

On parlait de la Turquie, premier pays d'accueil des réfugiés syriens. Les journaux, ce matin, reviennent évidemment sur le double-attentat perpétré hier matin à Ankara. Un double attentat, lors d'une manifestation pour la paix... Bilan : une centaine de morts et près de 200 blessés... Photo de l'explosion à la Une de LA DEPÊCHE DU DIMANCHE, qui parle d'un "carnage"... Pour L'INDEPENDANT CATALAN, il s'agit d'un "massacre"... Résultat : la Turquie est aujourd'hui "en plein chaos", comme le constate OUEST FRANCE, tandis que L'EST ECLAIR évoque un pays "horrifié"... Et la planète est "en émoi après cette attaque terroriste", souligne CENTRE PRESSE, LE JOURNAL DE L'AVEYRON...

Dans le même temps, la tension ne retombe toujours pas entre Israël et les territoires palestiniens... De nouvelles victimes hier, et ce matin encore, à Gaza, deux Palestiniens ont été tués dans un raid mené par l'armée israélienne... Et une Palestinienne a été tuée en Cisjordanie par l'explosion d'une bombe qu'elle manipulait... D'où ce titre pleine page dans SUD OUEST DIMANCHE : "Un Proche-Orient de poudre et de sang"...

Concernant les deux bombes qui ont explosé en Turquie, difficile de deviner l’identité des auteurs... LE PARISIEN évoque trois hypothèses, toutes plausibles mais toutes incertaines... Raison pour laquelle le JOURNAL DU DIMANCHE parle d'un attentat "mystérieux"... Sachant toutefois que l'opposition accuse le président Erdogan.

Quant aux attaques qui se multiplient entre Israël et la Palestine, le JDD relève qu'on est passé de la guerre des pierres à la guerre des couteaux.

A la rubrique "celui qu'on n'attendait pas là" : Michel Onfray dans VSD - et pas pour parler de philo, non, mais pour dire tout le bien qu'il pense de son ami Michel Drucker. « Il représente, dit-il, la France populaire, la France d'en bas, la France modeste et il me touche beaucoup, car il reste un petit garçon... Michel est une espèce de résistant dans le paysage audiovisuel. Il parle correctement, il est compétent et gentil, il veut le bien des gens. Que peut-on demander de mieux dans une époque où l'on ne célèbre que le fric, le cynisme, l'arrogance et l'insulte ? » L'hommage d'Onfray à Drucker, c'est donc à lire dans VSD...

A la rubrique "celui qui doit se marrer de se retrouver là" : Jean-Luc Mélenchon dans CLOSER - et pas pour parler de politique. Non, d'ailleurs, il ne parle pas. L'hebdo people parle à sa place et nous apprend que le fondateur du parti de gauche est follement amoureux d'une jeune actrice-productrice, laquelle est l'ex-compagne de Gérard Jugnot, et la meilleure amie de Valérie Trierweiler...

Et puis à la rubrique "celle qu'on est ravi de zieuter là" : les seins de Naomi Campbell à la Une de LUI, mais aussi en pages intérieures, où l'ex-mannequin apparaît même dans le plus simple appareil... Dans son éditorial, Frédéric Beigbeder explique qu'il s'agit là d'un "acte politique"... Naomi milite en effet pour qu'on voit davantage de femmes noires dans la pub et les défilés de mode... « Regardez bien notre série de photos , ajoute Begbeder : elle a toujours l'air de lancer un défi... » On a bien regardé, et on a trouvé ça très beau. Parfois, c’est bien lorsque les corps se libèrent…

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