Bonjour à tous… « Les pères ont mangé des raisins verts et les dents des enfants en ont été agacées ». Le fils Madoff qui se pend à New-York et Marine Le Pen qui renoue à Lyon avec les excès de son père, actualisant la formule démobilisatrice du prophète Ezéchiel. « Les pères ont mangé des raisins verts »… et par conséquent les enfants devront assumer les fautes de leurs parents. Le JOURNAL du DIMANCHE, le PARISIEN, le DAUPHINE-Dimanche se gardent bien d’aller jusque là, même si, comme les dirigeants socialistes et UMP, ils soulignent et dénoncent aujourd’hui le dérapage de Marine Le Pen. Etait-il contrôlé ou non, quand la candidate à la Présidence du Front national a comparé, vendredi à Lyon, les prières de rue musulmanes à l’occupation allemande ? Les journaux cités se gardent bien d’en juger. Ils constatent simplement que l’héritière du vieux chef frontiste vient de renouer avec les polémiques des années 80, qui favorisèrent la carrière médiatique de son père. C’est ainsi que Bruno Jeudy, explique dans le JOURNAL du DIMANCHE qu’avant de viser l’élection présidentielle, Marine Le Pen doit d’abord battre Bruno Gollnisch, pour prendre en janvier les rênes du Front national. Martine Chevalet, considère elle aussi, dans le PARISIEN que Madame Le Pen, galvanisée par une cote de popularité de 27 % veut rallier les adhérents frontistes les plus durs, qui penchent pour Bruno Gollnisch. Et de son côté, le DAUPHINE-Dimanche veut remarquer que la petite phrase sur l’occupation musulmane de la France a été répétée avec insistance par la candidate. A chacun ses références, dira-t-on, mais il nous revient ce matin quelques provocations du Jean-Marie Le Pen des années 80… Celle-ci du 8 mai 83 : « Oui, je crois à l’inégalité des races ». Celle-là, de février 84 : « Demain les immigrés s’installeront chez vous, mangeront votre soupe, coucheront avec votre femme, votre fille, votre fils ». C’était à l’émission « l’Heure de Vérité ». Un an plus tard, dans un discours public devant les siens, Le Pen revenait à la charge : « Les femmes maghrébines sont en rut, enfin en action. C’est la même chose ». Je laisse de côté le rapport établi à la même époque par le vieux chef frontiste : « Un million de chômeurs, c’est un million d’immigrés de trop ! ». Et nous n’insisterons pas davantage sur ce qu’il avait dit à l’automne 88, au micro de RTL, où on interrogeait le Président du FN sur les thèses négationnistes. « Je me pose un certain nombre de questions, sur les chambres à gaz. Mais je crois que c’est un point de détail de l’histoire de la seconde guerre mondiale ». « Les pères ont mangé des raisins verts »… La presse ce dimanche est, avec l’ensemble de la classe politique, franchement agacée de devoir renouer avec les provocations du passé. Même si il y a des degrés sur l’échelle de Richter des provocs, comme le reconnaît le politologue Dominique Reynié, interrogé dans le JOURNAL du DIMANCHE par Nicolas Prissette. « Marine Le Pen », dit-il, « tient un discours moins violent et moins sophistiqué que son père. Sa parole est plus simple, plus claire et plus populaire. Comme c’est une femme, elle peut favoriser en 2012 le vote féminin, qui faisait défaut à Jean-Marie Le Pen. Je crois beaucoup que cet élément joue en faveur d’une extension du Front et constitue un danger pour Nicolas Sarkozy ». Et le même Dominique Reynié, de constater que les jeunes, les classes moyennes, du fait de la crise, sont intéressés par la démarche de l’héritière. Au point, dit-il, d’installer durablement le Front national autour de 15 %, bien au-dessus de son socle structurel de 7 à 10. Le JOURNAL du DIMANCHE conclut de tout cela, que la droite est bousculée par le Front national et même en danger, comme l’a dit vendredi, Jean-François Copé, le secrétaire général de l’UMP, à l’issue de son Conseil national, Porte de Versailles à Paris. Jean-Pierre Raffarin est moins pessimiste. Il veut croire à un effet de mode, favorisant provisoirement Marine Le Pen… Mais comme le souligne aussi le JOURNAL du DIMANCHE, l’extrême-droite nationaliste, du fait de la crise, perce partout en Europe. En Autriche, en Belgique, aux Pays-Bas, en Suède, en Italie et à Budapest, il y a peu, le mouvement nationaliste Jobbik est devenu le troisième parti du pays. Marine côté pile, Le Pen côté face… Le JOURNAL du DIMANCHE s’ouvre avec raison, aujourd’hui, sur deux photos et deux propos en légende. Jean-François Copé déclarant : « Nous sommes en danger ». Et Marine Le Pen confiait tranquillement : « Mon objectif, arriver au pouvoir ». Au moins est-ce clair ? Aussi clair que l’attitude du PC qui voudrait voir condamner Marine Le Pen pour propos injurieux et racistes. Ce qu’a refusé hier le nouveau Garde des Sceaux, Michel Mercier. Martine Aubry, expliquant pour sa part, que l’extrême-droite montre son vrai visage, et retrouve les accents de Jean-Marie Le Pen, dans des buts purement clientélistes… « Les parents ont mangé des raisins verts.. ». Politique encore. Vous lirez en feuilletant votre journal dominical préféré, que les socialistes font la paix… que Copé et Fillon jouent désormais l’union sacrée… et que le Garde des Sceaux rappelle, comme ses prédécesseurs, au ministre de l’intérieur, que c’est lui, le ministre de la justice… pas Monsieur Hortefeux… c’est dans le PARISIEN, avec une photo de Monsieur Mercier, l’air fâché ! Et cela, évidemment, à la suite des critiques de Monsieur Hortefeux contre les magistrats de Bobigny. Lesquels, vous le savez, ont sanctionné rudement des policiers qui avaient menti et dénoncé un innocent à Aulnay. Voyez tout cela dans le PARISIEN, et lisez le commentaire sévère d’Olivier Beaumont qui considère que Brice Hortefeux est un habitué des propos hasardeux. Ne ratez pas non plus dans le MONDE, daté dimanche-lundi, cette petite leçon d’économie européenne, signée Pierre-Antoine Delhommais « Der Euro spricht deutsch » « Comme citoyen concerné et journaliste consciencieux désireux de comprendre ce qui se passe vraiment, nous nous efforçons donc de lire à peu près tout ce qu’écrivent à son sujet les meilleurs spécialistes de la zone euro ». « Du moins toutes nos lectures nous ont-elles permis d’identifier à peu près clairement le problème numéro un actuel de la zone euro. A savoir qu’elle roule à deux vitesses. Avec des pays vertueux, bons élèves qui inspirent la confiance des créanciers internationaux et où les taux obligataires sont très bas ». Mais voilà la crise de la dette donne aujourd’hui raison à tous les dirigeants de la zone euro à reculons, convaincus, comme l’ex-président de la Bundesbank, que les pays d’Europe du sud étaient plus doués pour gagner au football que pour réduire les déficits ». « Der euro spricht deutsch » Et voici la conclusion de Pierre-Antoine Delhommais. « A l’automne 2011, Axel Weber, l’actuel patron de la Bundesbank, devrait prendre la place de Jean-Claude Trichet à la tête de la BCE. Ce jour-là, l’euro parlera, au sens propre, pour de bon et pour longtemps, allemand ».

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