Bonjour à tous… Et de deux ! Au suivant ! En Egypte comme en Tunisie, le peuple a gagné ! Moubarak est parti ! Il a dégagé ! Après lui : qui ? Voilà pour les titres des journaux ce samedi, et ce que Laurent Joffrin dans LIBERATION appelle justement… une libération ! « C’est-à-dire, un moment où la peur change de camp, et où l’angoisse s’insinue dans le crâne des dictateurs». « Et de deux ! » se réjouit Joffrin avant d’écrire : « En moins de cent jours, à Tunis et au Caire, deux régimes que l’on croyait inexpugnables sont passés à la trappe de l’histoire. Comme une crue du Nil, la révolution va maintenant déborder dans l’Orient compliqué. Déjà les Algériens manifestent ce samedi ! Du Maroc au Yemen, les satrapes du monde arabe comptent leurs sicaires, sondent les généraux et vérifient leurs comptes en Suisse. Et l’éditorialiste de LIBERATION, qui va écrire désormais dans le NOUVEL OBSERVATEUR, en laissant LIBE à Nicolas Demorand, de conclure : « Les droits de l’homme dont certains parlent avec commisération sont contagieux et porteurs d’avenir. Comme dans toute révolution, cela peut mener au gouffre ou au salut, mais il est permis, l’espace d’un jour, de se réjouir sans mélange ». Qui sait, en effet, si dans quelques mois, on n’appliquera pas, au printemps arabe, la formule de François Furet, déçu par l’hiver de l’idée communiste : « le Passé d’une illusion ». Une partie de la presse échaudée par les révolutions du XXème siècle qui ont mal tourné, telle celle de 1979 en Iran, s’inquiète dès aujourd’hui, de ce qu’il faut bien appeler « les ambiguïtés du Caire ». Avec le peuple, l’armée, les Frères musulmans, et pas de leader au charisme suffisant, pour s’imposer d’entrée. « La place Tahrir exulte ce matin », écrit ainsi Didier Louis dans le COURRIER PICARD, « mais qu’en sera-t-il demain quand la joie sera retombée. La route est longue qui mène à la démocratie et parsemée de dangers, à commencer par l’islamisme ». Gare au dégrisement qui vient après l’euphorie, s’inquiète aussi, Patrice Chabanet dans le JOURNAL de la HAUTE-MARNE, avant d’interroger : « Qui va ramasser la mise de l’imprévisible révolution égyptienne ? » Interrogation identique de la NOUVELLE REPUBLIQUE du CENTRE. « On peut balayer une personne », écrit Olivier Pirot. « On peut renverser une figure du pouvoir en place. Mais on peut difficilement retourner d’un coup, tout un système de pouvoir autoritaire, bâti sur des décennies ». Alexandre Adler, dans sa chronique du FIGARO et Pierre Rousselin dans son éditorial, veulent bien évoquer, la possibilité « d’une haute instabilité, après le triomphe des révolutionnaires du Caire ». « Il y a là, un défi et des ambiguïtés à lever ». Mais ni Adler, ni Rousselin ne veulent insulter l’avenir. Selon eux, l’Egypte va entrer dans une phase critique. C’est vrai, la confrérie des Frères musulmans est incontrôlable. Mais elle n’est pas à l’origine de la révolte, et on voit mal les limites de sa popularité. D’où cette conclusion de Pierre Rousselin : « Il reste aux dirigeants de l’Egypte nouvelle à faire la preuve qu’une démocratie peut s’installer dans la région, sans faire le lit de l’islamisme. 32 ans, jour pour jour, après la révolution iranienne, c’est un défi que l’Europe doit soutenir, de toute urgence et de toutes ses forces ». OUEST-FRANCE, le PROGRES de Lyon, le DAUPHINE LIBERE, l’HUMANITE, FRANCE-SOIR, le PARISIEN, MIDI-LIBRE, l’ALSACE, les DERNIERES NOUVELLES d’ALSACE… Tous les grands journaux hexagonaux participent à la liesse, d’une Egypte fière d’avoir levé la tête. « Obama a raison » applaudit Jacques Camus dans la REPUBLIQUE du CENTRE… « L’Egypte ne sera plus jamais la même ». Et mon confrère d’ajouter : « Notre façon de voir le monde arabe, non plus ». « Chaque fois qu’un dictateur tombe, on se sent plus léger », renchérit Gilles Debernardi dans le DAUPHINE LIBERE. Pharaon est parti, les Egyptiens troquent l’oppression contre l’espoir, et entrent fièrement dans l’Histoire ». L’événement est considérable, se réjouit Michel Wagner dans l’EST REPUBLICAIN de Nancy. La Tunisie, l’Egypte… demain peut-être le Yemen et l’Algérie, le Moyen-Orient et le Maghreb sont à l’heure du bouleversement. On verra ce qu’il en sera. Pour l’heure, il faut célébrer la prise de la Bastille au Caire. Et oui, souligne Pascal Jalabert, dans le PROGRES de Lyon…. A Tunis et au Caire, les chômeurs n’ont plus supporté de vivre, avec 40 euros par mois, quand ceux qui les gouvernaient confisquaient les richesses et entassaient leurs magots dans les paradis fiscaux. C’est ainsi, conclut-il… les grandes démocraties, si longtemps silencieuses, vont devoir s’accommoder d’un monde arabe démocratique ». J’ai gardé pour la bonne bouche, l’éditorial d’Yves Harté dans SUD-OUEST, et celui de Bruno Frappat dans la CROIX. On se souviendra longtemps des vendredis de janvier et de février 2011, quand la Tunisie et l’Egypte ont basculé. Souvenez-vous, écrit Harté, des fissures de Pologne et de Hongrie, et de la chute du Mur de Berlin. Aujourd’hui, après la brèche tunisienne, voici la révolution du Nil. C’est un symbole majeur, qui peut servir de modèle à l’ensemble de la planète arabe. Car dans le monde arabe, tout part d’Egypte, et tout revient vers l’Egypte. Quand à Frappat, s’il évoque comme ses confrères l’Histoire et les chaos de l’Histoire… il écrit aussi, à destination des cyniques, des prudents alliés à peine gênés des dictatures qui durent et les arrangent… Mon confrère de la CROIX interroge : « Faudra-t-il regretter d’avoir perdu… les colonels grecs, Salazar, Franco, Pinochet, l’argentin Videla, Bokassa, et les potentats de tant et tant de pays. » Prenons la Russie, conclut-il, pour illustrer le fait que les dictatures repoussent quelquefois, car elles ont des surgeons, des copies, des imitateurs… « On peut regretter en effet Gorbatchev quand on voit Poutine. Mais faut-il regretter Brejnev ? » Mes confrères sont comme le poète et ont plus de souvenirs que s’ils avaient mille ans ! Mais c’est égal… J’envie ce matin l’académicien-historien Alain Decaux qui aura vu, comme certains d’entre vous… disparaître… Hitler, Pétain, Mussolini, Staline, Salazar, Franco, Ceausescu… Bilak, Huzak, Jaruzelski… Ulbricht… J’en oublie… Et Ben Ali… et Moubarak… moins indignes peut-être que les précédents cités… Vous allez me trouver trop indulgent. Mais puisque Michèle Alliot-Marie défend avec force… Florence Cassez, prisonnière au Mexique… voyez dans PARIS-MATCH son interview par Virginie Le Guay. Michèle Alliot-Marie déclare : « Quand je pense que nous devions aller en Dordogne chez Patrick ! Mais on a eu peur des intempéries et nous sommes allés… vous le savez tous… au sud du sud, au soleil bleu blanc rouge, au pays des palmiers ». C’est pourquoi je dédie à Michèle Alliot-Marie cet air bien connu… « Lindberg » par Robert Charlebois…

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.