La revue de presse du week-end, par Thomas Biet

"J'arrive à 19h, il y a 50 patients et je suis la seule infirmière de garde".

Dans son édition numérique, Le Monde raconte le quotidien d'une infirmière dans une clinique toulousaine.

Premier tour de garde à 19h30. Normalement le deuxième débute à minuit. Le problème, c'est qu'elle finit le premier à la même heure. La blouse blanche anonyme a pris 2 minutes avec chaque patient pour se présenter, dire son prénom... C'est déjà trop.

L'infirmière s'occupe du transfert d'une dame qui fait un œdème. Le chef de service n'a pas voulu venir, il a fallu négocier 1/2h avec les urgences. Entre-temps, l'étage était sans surveillance. Un patient est mort. Les mots sont durs, crus : "desséché comme un bout de bacon". Sans que personne ne lui tienne la main.

Récit glaçant, au plus près de la réalité d'une infirmière sans nom, mais pas sans courage sous la plume de Clara Georges.

Donald Trump lui inquiète certains experts psychiatres aux Etats-Unis

Ils ont même signé une pétition il y a quelques jours.

Courrier International publie cette semaine un dessin de Chappatte dans le journal suisse Le Temps. Il y compare les leaders chinois et américains. Xi Jinping est surnommé "le leader du monde multipolaire" - Donald Trump le "leader bipolaire du monde". Sa bougeotte, ses fureurs, son imprévisibilité, continuent de passionner et d’accabler la presse.

Le titre le plus dur revient cette semaine aux Inrocks : "La fureur de Trump, comment un dingue va bousiller l'Amérique". "Déjà un mois de violence" constate l'hebdo Politis. Le Monde propose une plongée "au coeur du système Trump". Et revient sur "les hommes du président".

Notamment 6 conseillers de l'ombre qui disposent d'un accès total à Donald Trump. Un exemple : Dan Scavino. "Cadie" de Donal Trump au golf quand il avait 16 ans. Aujourd'hui, c'est lui qui gère les réseaux sociaux présidentiels : Facebook, Instagram,Twitter.

L'homme se distingue en juillet dernier en postant une image d'Hillary Clinton avec l'étoile jaune. A plusieurs reprises, il partagera également des liens vers des sites conspirationnistes comme Infowars ou The Angry Patriot.

Les Inrocks s'intéressent d'ailleurs au "mauvais génie" de Donald Trump, l'ultra-nationaliste Steve Bannon ou Kellyane Conway, la papesse des Alternative Facts, la voix et l'oreille du président. "Son boulot ?" résume les Inrocks, "adoucir l'image de brutes des Républicains auprès des mamans de banlieue".

Le JDD constate que les "lieutenants de Trump débarquent en Europe". Les chefs de la diplomatie américaine vont participer la semaine prochaine à leurs premières réunions de l'Otan et du G20.

Le vrai rendez-vous se sera plutôt en mai avec la réunion du G7 mais les membres de l'Otan - que Trump a récemment jugé "obsolète" - attendent ce premier rendez-vous de pied ferme.

Pied ferme, main doucereuse

C'était hier lors de la rencontre à la Maison Blanche entre Donald Trump et Shinzo Abbé, le PM japonais.

Là-encore il a été question de golf, de tweets, et "d'une poignée de main gênante" entre les deux hommes... Le Huffington Post s'en amuse ce matin. : c'est vrai que la poigne de Donald Trump hier était "interminable" (20 secondes environ) et vraiment bizarre.

Le site Internet Les Jours consacre aussi un feuilleton à la vie de l'Amérique sous Trump. Ça s'appelle "Lettres au Trumpistan". Le premier épisode nous emmène chez des habitants de Chicago qui organisent - à leur manière - une forme de résistance.

Avec 3 mots d'ordre, en forme de titre : "Râler, protester et tenter d'accepter".

Le Washington Post conclut : "cette base mobilisée et réactive est un cadeau pour les Démocrates, mais c'est également un défi".

Twitter, nouvelle arme politique aux Etats-Unis et en France

Dans son édition numérique, Libération s'intéresse à l'attaque dont fait l'objet Emmanuel Macron sur Internet de la part de la "patriosphère". "L'offensive d'une petite armée d'activistes numériques d'extrême droite" autour du hashtag #LeVraiMacron. Le journal y détaille les moyens de l'offensive, son côté militaire et ridicule.

Emmanuel Macron qui - à défaut de présenter son programme - poursuit son opération de charme. 4ème Une dans Paris Match et la couverture du JDD ce matin sous le titre : "L'argent de Macron". "Le candidat joue la transparence" explique l'hebdomadaire, sur son patrimoine, ses revenus, les fonds de sa campagne.

Pas question de se laisser parasiter par la suspicion ambiante, commence Bruna Basini dans son article, alors que les affaires Fillon et Le Pen sont dans tous les esprits. "L'argent a toujours été un moyen et non une fin pour lui (...) ce n'est pas un homme âpre au gain". Le compliment est signé Jacques Attali, l'un de ses premiers mentors.

On y apprend aussi qu'aujourd'hui le couple Macron ne vit que sur la retraite d'enseignante de Madame et les droits d'auteur du livre Révolution de Monsieur. En page intérieur, le responsable de son programme définit le projet : "Macron veut libérer et protéger". Et pour cela, il va devoir trouver un ton et une voix.

Le Parisien Dimanche nous présente ce matin "le Baryton de Macron". Moqué pour sa voix perchée dans les aigus le 10 décembre dernier lors du meeting porte de Versailles, le candidat est désormais coaché par un chanteur d'Opéra. Une pratique courante et déjà utilisée par François Hollande en 2012.

La voix, la transparence, c'est fait. Le programme attendra.

Et le charisme dans tout ça ?

Dans l'édito de L'Express cette semaine, Christophe Barbier prévient Macron. "Il ressemble à La Fayette pendant la Révolution : pour avoir voulu concilier les points vue (...) le général fut plébiscité d'abord, débordé ensuite, détesté enfin. Macron doit se méfier de son auto-hypnose messianique".

L'Express qui demande en Une d'en "finir avec les privilèges des élus" et s'inquiète d'une campagne devenue folle. Le Parisien Dimanche titre "Transparence exigée". L'argent, la vie privée, la santé, "Les Français ne laissent plus rien passer", constate le journal.

Le JDD croit savoir ce matin que l'affaire Fillon va connaître un nouveau développement très prochainement. "Décision imminente" annonce le Journal du Dimanche qui indique que le parquet étudie deux options : ouvrir une information judiciaire ou citer directement le candidat en correctionnelle. "La balle est dans le camp d'Eliane Houlette, la chef du parquet national financier" résume Laurent Valdiguié.

On parlait du rôle de Twitter avec Donald Trump notamment, le JDD rapporte une utilisation insolite

"Twitter, le nouvel ami des sans-abri". Pour le JDD, c'est "l'heure de la débrouille connectée".

Thomas Liabot y raconte le quotidien, sur les réseaux sociaux, de Christian et Hervé, deux SDF parisiens qui cumulent des milliers de followers. Depuis quelques mois @Pagechris75 et @croisepattes twittent grâce à des smartphones donnés par des amis. Ils y racontent leur galère et appellent à la solidarité. Christian raconte : "Twitter ça ne coûte rien, ça consomme un peu de batterie et ça peut rapporter beaucoup (...) l'autre fois une dame m'a apporté un carton avec 25 tee-shirts. J'en ai pris 1, j'ai donné les autres à Emmaüs".

La pauvreté n'empêche ni les téléphones portables de vibrer en Afrique subsaharienne, ni l'utilisation des réseaux sociaux dans les rues de Paris. Faut-il "liker" ou dénoncer ce phénomène de notre temps ? Je vous laisse juge.

"Moi je vis ma vie à pile ou face" chante Emmanuelle Béard dans le film "8 femmes". 15 rugbymen Bleus vont jouer ce après-midi "à kilt ou double". La vanne est signée Le Parisien Dimanche qui alerte : "il faut arrêter de perdre".

"Gagner, c'est bien aussi" semble lui répondre L’Équipe, moqueuse certainement à dessein. Pour piquer au vif des Bleus séduisants depuis l'automne mais perdants systématiques. "Gagner" titre simplement La Provence. Montrant par la même l'impératif de la tâche.

Le silence et la mer pour finir cette revue de presse

Le site Slate propose à sa Une, un article de Fiona Schmidt intitulé : "Et vous, quand allez-vous la fermer ?".

Elle y constate que le silence est devenu le quinoa spirituel des bobos sur-connectés : un Graal qui fait aujourd'hui fantasmer le cinéma, la mode, la restauration... Elle y révèle le rapport au silence de nombreux créateurs.

Faisons-nous silencieux justement pour finir cette revue de presse. Vous pouvez ouvrir L'Equipe Magasine cette semaine et aller page 33. Le photographe Stéphane Lavoué a capté le regard des 6 premiers marins arrivés au Vendée Globe. Des photos pleine page, prises quelques minutes après que le pied ait retrouvé la terre ferme. Et quelques brides de ces "rêves qui hantent les marins" chers à Jacques Brel dans Amsterdam. A la frontière de la folie après 74 jours de mer.

"Je parlais à mon bateau, je lui demandais de ne pas me lâcher. Jamais il n'a craqué, moi oui... parfois" témoigne Armel Le Cléac'h.

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