Bonjour à tous… Postier, maçon, laïcard et publiphobe, avant de devenir écrivain et éditorialiste, François Cavanna résume aujourd’hui dans LIBERATION, une semaine marquée d’événements aussi variés qu’ébouriffants ! « Où va-t-on ? commence-t-il à la date de lundi… Voilà que les Amerloques se mettent à n’être plus conformes aux prédictions des faiseurs de pronostics. Et voici qu’Hillary Clinton se fait étendre dans la bouse comme une vulgaire Ségolène… » Je me retiens de jubiler… Va savoir pourquoi, ose Cavanna, avant d’expliquer : « Après tout, elle ne m’est rien, cette bonne dame en tailleur rose mort-né, au sourire trop honnête pour être aimable, enveloppée de la tête aux pieds de l’angélique clémence de l’épouse fidèle au poste, bien que ! Lundi : « Nous avons l’avantage appréciable, ironise l’éditorialiste invité de Libé, d’appartenir à la première des civilisations qui sache comment elle mourra ! Etouffée par ses propres ordures : 90% des déchets vomis jour après jour sur les trottoirs sont constitués d’emballages exubérants destinés à valoriser des marchandises banales et des catalogues somptueux. La ville de Naples tient aujourd’hui la tête de la compétition. C’est le luxe Monsieur, le luxe des pauvres gens. Noël toute l’année. On ne pousse même plus les ordures sous le tapis. C’est la maison qu’on pousse sous les ordures. » A la date de vendredi, terme de son semainier, Cavanna s’en prend sans vergogne aux Chinois, qui lui rappellent les dumpings de l’avant-guerre, et lui font écrire ceci, qui déplaira n’en doutons pas… « En 1940, nos grands-pères ont été pris de vitesse. Il y en a qui ont fait de la Résistance. D’autres ne savaient pas. Pourtant, en voyant les chemises made in Germany, et pas chères en plus, envahir nos boutiques, ils auraient dû flairer qu’il y avait là dessous de la race de seigneurs en train de prendre son élan… Je porte une chemise chinoise, pas une qu’ils nous vendent, une comme celles qu’ils portent, eux, et qu’ils font faire chez Armani, au Japon. Des petites choses, mais qui vont droit au cœur. Vous voyez, l’avenir, ça ne s’improvise pas. Ça se prépare. J’apprends le chinois. J’espère être contremaître. » On lit tout cela page 31 de LIBERATION, ce matin, avec ces quatre lignes de « Carnet Mondain », placées par Cavanna à la date de mardi dernier. Quatre lignes qui résument des milliers de pages magazines de la presse française et étrangère, consacrées au même sujet. Entendez, les amours contrariés et comblés du chef de l’Etat. Je cite le jeune confrère, né en 1923. « Nicolas Sarkozy annonce aux journalistes rassemblés à l’Elysée, premièrement, qu’il fréquente pour le bon motif (du sérieux), et deuxièmement qu’il ne nourrit nullement l’ambition de fonder une dynastie. Mademoiselle Carla Bruni apprend donc, dans la même minute, qu’elle va se marier et qu’elle ne sera jamais reine de France. Elle se tâte. » Un autre jeune homme de 86 ans a fait l’événement cette semaine, avec sa désormais fameuse politique de civilisation : le sociologue Edgar Morin, invité de l’Elysée, lundi dernier, et de France Inter et d’I-Télé le même jour. Françoise Fressoz, du journal LES ECHOS, y revient ce samedi, avec une bonne question, puisque Nicolas Sarkozy s’est prononcé une nouvelle fois pour cette politique-là qu’on pourrait appeler, politique du qualitatif, ou du bonheur national brut, autrement mesuré. « Soit, écrit la journaliste des ECHOS, c’est une bonne idée qu’avait plusieurs fois évoqué le président de la République au cours de sa campagne. Seulement… est-ce qu’une politique de civilisation peut se décréter ? Même si, il y en a un besoin urgent aujourd’hui pour dépasser la grisaille du quotidien et redonner du sens à l’action. » C’est toute la question, insiste Françoise Fressoz. Une question qui se heurte d’abord aux limites du volontarisme politique. Et la journaliste des ECHOS d’expliquer que « ce qui se passe en ce moment sur le pouvoir d’achat en est une parfaite illustration : au nom de la politique de civilisation, Nicolas Sarkozy voudrait que ‘les salariés ne soient pas éternellement privés de la part qui leur revient dans le succès des entreprises’, mais au nom des contraintes de la mondialisation, les entreprises ne sont guère enclines à augmenter les salaires. D’où des tensions entre deux acteurs – le président de la République et les entreprises – qui se veulent alliés dans la ‘société de croissance’, mais dont les intérêts en réalité divergent. L’ampleur du fossé est telle que, si les lignes bougent au cours du quinquennat, on peut craindre que ce soit de façon infinitésimale. » Et Françoise Fressoz de conclure sur l’autre difficulté que l’on pourrait appeler déficit de culture ou de pensée de l’époque : « Une politique de civilisation, écrit-elle, suppose aussi un contexte culturel particulier, un enthousiasme, un élan vital, un ‘minimum d’espérance’ qu’Edgar Morin a bien du mal à entrevoir dans la France d’aujourd’hui. ‘La Renaissance s’est caractérisée par un dégel de la pensée qui contraste avec le caractère figé du monde intellectuel d’aujourd’hui, explique-t-il. Les grands esprits comme Léonard de Vinci avaient une pensée globale. Ils étaient peintres, bricoleurs, anatomistes. Aujourd’hui, ce sont les spécialistes qui règnent et ils ont bien du mal à communiquer entre eux’. Les historiens ajouteront que, dans l’entourage de François 1er, le souverain qui incarne la Renaissance, gravitaient un nombre impressionnant d’humanistes, comme Guillaume Budé, et que, sous son règne, trois institutions majeures ont vu le jour : le Collège de France, la Bibliothèque national et le Musée du Louvre. L’on peine à trouver l’équivalent d’une telle effervescence autour de l’Elysée d’aujourd’hui. » Alain Finkielkraut, sur France Inter, cette semaine, s’inquiétait lui aussi, non pas d’un manque d’effervescence mais de ce qu’il appelait un processus de dé-civilisation en marche. Et il citait le conflit Bartabas-Christine Albanel, et pire, la télévision commerciale, cherchant dans une émission people, le mort le moins important de l’année passée, avant de citer bassement un nom, celui du cardinal Lustiger. J’ai pour ma part, entendu cette semaine sur une très vivante radio commerciale, des animateurs expliquer « qu’ils se foutaient » d’Ingrid Betancourt dont selon eux, les télés et les radios parlaient trop. Et je lis même, sous la plume de l’excellent Jean-Claude Guillebaud dans le NOUVEL OBSERVATEUR cette semaine… cette phrase surprenante : « Patrick Chauvel prit la parole pour évoquer ces trois jours passés chez Benazir. Il s’excusa par avance de ce qu’il allait dire un jour de deuil, puis, d’un air gêné, évoqua la franche antipathie que lui avait inspirée la dame, plutôt autoritaire, arrogante et âpre au gain. » Voilà des éléments de dé-civilisation parce que, pardonnez-moi de vous le rappeler, mais Benazir Bhutto a été assassinée. …

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