Bonjour à tous… Et maintenant ? Enterrez les morts et nourrissez les vivants. Tel fut l’ordre donné en 1755, par le premier ministre portugais, au lendemain du tremblement de terre de Lisbonne, qui fit 50.000 morts, et impressionna si fort les écrivains philosophes du siècle des Lumières. Michel Wagner, l’éditorialiste de l’EST REPUBLICAIN, y fait référence ce matin, en citant, les premiers vers du long poème de Voltaire qui pourrait s’appliquer au Japon d’aujourd’hui et commence ainsi : « O malheureux mortels ! ô terre déplorable ! O de tous les mortels assemblage effroyable ! D’inutiles douleurs éternel entretien ! Philosophes trompés qui criez « Tout est bien » Accourez, contemplez ces ruines affreuses Ces débris, ces lambeaux, ces cendres malheureuses, Ces femmes, ces enfants l’un sur l’autre entassés, Sous ces marbres rompus ces membres dispersés ; Aux cris demi-formés de leurs expirantes, Au spectacle effrayant de leurs cendres fumantes, Direz-vous : « C’est l’effet des éternelles lois Qui d’un Dieu libre et bon nécessitent le choix » ? Direz-vous, en voyant cet amas de victimes : « Dieu s’est vengé, leur mort est le prix de leurs crimes » ? Quel crime, quelle faute ont commis ces enfants Sur le sein maternel écrasés et sanglants ? Lisbonne, qui n’est plus, eut-elle plus de vices Que Londres, que Paris, plongés dans les délices ? Lisbonne est abîmée, et l’on danse à Paris. Tranquilles spectateurs, intrépides esprits, De vos frères mourants contemplant les naufrages, Vous recherchez en paix les causes des orages : Mais du sort ennemi quand vous sentez les coups, Devenus plus humains, vous pleurez comme nous. Croyez-moi, quand la terre entrouvre ses abîmes, Ma plainte est innocente et mes cris légitimes ». Et Voltaire bouleversé, autant que Rousseau et Kant, concluait que décidément, tout n’allait pas pour le mieux, dans le meilleur des mondes possibles. Michel Wagner, mon confrère de l’EST REPUBLICAIN, le rappelle aujourd’hui en évoquant les 950 catastrophes naturelles de l’année dernière, dont celle de Haïti qui fit plus de 200.000 morts… « A cette année 2010 noire, il faut ajouter désormais Sendai, la métropole au Nord-Est de Tokyo, qui a subi de plein fouet le tsunami né du séisme. Et l’éditorialiste de l’EST de conclure, sur l’inégalité entre les pays puissants, bien équipés en technologies para-sismiques, et les pauvres oubliés de la planète… « Face au choc des éléments », écrit-il, « c’est affreux quand les injustices de la nature, se cumulent avec l’infortune géographique ». Nombreux sont les éditorialistes, qui comme mon confrère Nancéen, réfléchissent aujourd’hui, à ce qu’il faut bien appeler l’impuissance de l’homme, face au déchaînement des éléments. Ainsi, Patrice Chabanet, évoque-t-il dans le JOURNAL de la HAUTE-MARNE, nos technologies de la communication, ultra-performantes, qui à la minute de la catastrophe, nous font prendre conscience de notre fragilité. Cependant, remarque mon confrère, tous les pays ne sont pas logés à la même enseigne de l’épouvante tellurique. Le Japon a appris à amortir le choc des colères de la terre. Il en a les moyens techniques et financiers. Ses systèmes d’alerte fonctionnent et la conception des bâtiments permet d’encaisser les secousses importantes. Quelle différence avec Haïti, qui vit encore aujourd’hui au milieu des destructions, dans des villes-fantômes ! Nicolas Demorand, dans son éditorial de LIBERATION partage le même effroi et la même réflexion. Lui aussi, veut qu’on se souvienne des 250.000 morts d’Haïti… Preuve, écrit-il, que le développement économique est encore la meilleure arme pour limiter les conséquences d’un séisme. Daniel Muraz, dans le COURRIER PICARD, Hervé Chabaud dans l’UNION de Reims, Dominique Jung dans les DERNIERES NOUVELLES D’ALSACE, évoquent ensemble la petite longueur d’avance dont l’homme dispose aujourd’hui pour se protéger des violences de la nature. « Nous ne sommes pas maîtres de la terre », rappelle Daniel Muraz, « elle a ses frissons, ses fractures, ses dérèglements, ses humeurs qui blessent et qui tuent. Hospitalière, elle n’est pas exempte d’insécurité. Mieux vaut, dans toutes nos décisions, ne pas l’oublier ». Avis partagé par Dominique Jung dans les DERNIERES NOUVELLES D’ALSACE… lequel y ajoute une réflexion, sur la nécessaire diffusion mondiale de l’information et des savoirs. « Le transfert de technologies », écrit-il, « doit aller très au-delà de l’assemblage d’une voiture ou de la construction d’une centrale nucléaire. Les normes architecturales qui ont montré leur utilité dans les pays riches doivent être progressivement partagées partout. La tâche est immense mais il ne faut pas la négliger. C’est une question de responsabilité morale afin que les plus pauvres, où qu’ils vivent, ne trinquent pas plus que nécessaire ». Le PARISIEN, le FIGARO, le REPUBLICAIN LORRAIN, nombreux aussi sont les quotidiens, qui ce matin, saluent le calme, la dignité du peuple japonais, condamné lui aussi une fois de plus à enterrer les morts et nourrir les survivants. Jean-Marcel Bouguereau dans la REPUBLIQUE des PYRENEES veut voir dans cette attitude un souvenir ancestral du Namazu. Le Namazu a frappé le Japon hier, comme il l’a fait si souvent depuis cette légende, venue du fond des âges. Le Namazu, c’est un poisson-chat géant, vivant dans les profondeurs de la terre… et sur l’échine duquel, repose les îles nippones. Ce sont les mouvements brusques, du poisson-chat qui ont tendance à causer le séisme dont le Japon est victime. Et maintenant… Enterrez les morts et nourrissez les vivants… Mieux vaudrait que la formule du marquis de Plombal ne s’applique pas demain en Libye. Ce qu’on souhaité, me semble-t-il et le président de la République Nicolas Sarkozy et son allié, en l’occurrence, David Cameron et son porte-parole d’un jour, Bernard-Henri Lévy. Ce qu’une partie de la presse, reproche au Président français suspecté de faire (une fois de plus, cavalier seul) et de ne guère se soucier de son nouveau ministre des affaires étrangères, Alain Juppé. Jean Quatremer, dans LIBERATION, considère que l’Europe, hier à Bruxelles, a semblé tâtonner sur la Libye… Puisque les 27 ont rejeté l’idée d’une intervention militaire, défendue par Nicolas Sarkozy, tout en reconnaissant la légitimité du Conseil national libyen. Pierre Rousselin dans le FIGARO est sur une ligne voisine…. Audace de Nicolas Sarkozy. Le MONDE daté d’aujourd’hui, tente également de faire la part des choses. « C’est dommage. La France défend des positions justes en Libye. La première, elle a affirmé, avec raison, que le colonel Kadhafi devait quitter le pouvoir. Sans doute n’a-t-elle pas tort non plus d’évoquer une action militaire, dès lors qu’elle bénéficierait d’un mandat de l’ONU. Nos partenaires européens sont plus hésitants, notamment l’Allemagne. Il s’agit de les convaincre, à huis clos, pas de gesticuler sur le perron de l’Elysée ».

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