"Ma mère, c’est la fée praline. Elle vit dans un palais et elle a des pouvoirs magiques. Mais faut le répéter à personne parce que sinon, je meurs"

"- Eh ben moi, ce sont mes lunettes qui sont magiques : quand je les mets, je peux voir les filles toutes nues !

- Moi, mon frère, il est cosmonaute.

- Moi, ma sœur, elle a 200 dents.

- Moi, je ne suis pas le fils de mes parents. Ils m’ont trouvé dans une forêt. Je vivais dans les arbres !"

Voilà des phrases qu’on peut entendre dans les cours de récréations. Des phrases d’enfants. Des rêves d’enfants. Ou bien, pour le dire autrement : des mensonges d’enfants. Mais pourquoi donc mentent-ils tout le temps ? Pourquoi tant de bobards entre quatre et huit ans ? C’est la question que pose Eléonore Thery dans DOOLITTLE, le dernier hors-série de SOCIETY. A longueur de journées, les gosses se répandent en excuses bidon, en jolis arrangements avec la vérité, voire en fables grandioses.

Alors, est-ce que c’est grave, docteur ?« Non, pas du tout », rassure une psycho-praticienne. « Ce phénomène est inhérent à l’explosion de la zone de l’imaginaire du cerveau des petits. Leur vie, c’est le jeu. »« L’enfant a besoin de tester sa propre réalité », confirme un psychothérapeute. « Il raconte ses rêves comme si ça lui était vraiment arrivé. » Les mensonges participeraient ainsi à la construction psychologique des bambins. Mais à partir de quand les parents doivent-ils s’inquiéter ? Réponse des deux psys : « Il faut consulter quand un mensonge perdure trop longtemps. Ou bien quand les mensonges se répètent et se multiplient. Ou bien si l’on se rend compte que son enfant vit dans un monde totalement irréel. »

Mais, dès lors, que faire quand ce sont des adultes qui mentent ? Malheureusement, sur ce point-là, la revue ne répond pas.

On pense évidemment à la théorie développée par l’équipe de Donald Trump : la fameuse théorie des « faits alternatifs ».

Il y avait plus de monde pour l’investiture de Trump que pour celle d’Obama. Ce n’est pas un mensonge, non, mais c’est un « fait alternatif ».

Il y avait 200.000 personnes pour applaudir François Fillon dimanche dernier sur la place du Trocadéro. Là aussi, on peut dire que c’est un « fait alternatif ». Et sans doute doit-on dire la même chose des propos de Laurent Wauquiezjeudi soir France 2. Dans le débat qui l’opposait à Benoît Hamon, le vice-président du parti Les Républicains a expliqué, je cite : « Dans le Coran, il est écrit que, quand on est musulman et qu’on exerce sa religion sur une terre qui est non musulmane, il faut adapter sa pratique religieuse. » Problème : en étudiant les 6.236 versets qui composent les 114 sourates du Coran, aucune trace du passage cité par Laurent Wauquiez. Comme le note LIBERATION ce weekend, il s’agit donc d’une sourate imaginaire.

Imaginaire aussi : l’allusion de François Fillon à l’annonce supposée du suicide de sa femme

La semaine dernière, il a lancé que des chaînes de télé avaient fait part de cette horrible rumeur. Mais aucune chaîne de télé n’a jamais fait mention du suicide de sa femme. Fait alternatif, là encore, comme lorsqu’en meeting mercredi, il a évoqué l’existence d’un jeu « sinistre » qui aurait fait fureur dans le Vaucluse quand il était à Matignon. Une activité consistant à attaquer des jeunes filles portant des jupes courtes à l’aide de lance-pierres chargés de lames de rasoirs. Or, comme le rapporte le HUFFINGTON POST, personne, dans le département, n’a eu connaissance d’un tel jeu. LE DAUPHINE LIBERE a bien essayé de se renseigner auprès des services de police et de gendarmerie. En vain. « Ni de près, ni de loin, nous n’avons souvenir de tels agissements. Aucune plainte n’a été recensée », a expliqué au journal la Direction départementale de la sécurité publique. Même commentaire du côté des élus locaux : ils n’ont jamais entendu parler d’une telle pratique. Titre de cet article de Romain Herreros : « L’introuvable fait-divers évoqué par François Fillon ». Et là, je rappelle ce que les psys expliquent dans la revue DOOLITTLE : aller consulter quand les mensonges se multiplient ou quand l’enfant vit dans un monde totalement irréel.

Les mystérieux costumes de François Fillon

Cela dit, c’est une autre affaire que révèle aujourd’hui LE JOURNAL DU DIMANCHE : une affaire de costume… « Les mystérieux costumes de François Fillon ». Le titre fait sourire. On se dit : qu’ont-ils encore trouvé ? Il y avait déjà l’affaire des emplois présumés fictifs de son épouse Pénélope et de deux de ses enfants, il y avait l’affaire du prêt non déclaré de 50.000 euros, sans intérêt ni date de remboursement. Eh bien voilà maintenant l’affaire des costumes ! Nouveau caillou dans les mocassins de François Fillon… C’est Laurent Valdiguié qui signe cette enquête : « Mais qui a donc payé les costumes de Fillon ? »

Depuis des années, le candidat des Républicains à la présidentielle s’habille chez Arnys, célèbre boutique du 7ème arrondissement de Paris – arrondissement dont la mairesse s’appelle Rachida Dati. C’est chez Arnys que François Fillon se fournit en pantalons, vestes et costumes, tous confectionnés sur mesure. Mais, si l’on en croit le JDD, ce n’est pas lui qui les paye ! Depuis 2012, l’ancien Premier ministre qui, sans doute, était dans le besoin, se serait fait offrir pour plus de 48.000 euros de vêtements dans cette boutique. Et les trois quarts de ce montant semblent avoir été réglés en espèces… Deux vestes forestières, de jolies vestes à col mao : 10.000 euros le lot. Un magnifique blazer : 4.500 euros. Deux pantalons : 5.000 euros. Mais aussi deux pulls en cachemire : 2.000 euros chacun.

Début février, le 9 et le 10, soit moins de quinze jours après la révélation du « Pénélopegate » par LE CANARD ENCHAINE, deux costumes que François Fillon a fait retirer à la boutique ont, cette fois, été payés par chèque. Montant : 13.000 euros – 6.500 euros le costume. Un chèque adressé par porteur au magasin. Chèque signé par qui ? L’hebdomadaire ne le dit pas, car le généreux donateur souhaite rester anonyme, mais il déclare au JDD : « J’ai payé à la demande de François Fillon. Et, d’ailleurs, sans en avoir le moindre remerciement. » Interrogé par le journal, l’entourage du candidat réfute qu’il y ait eu des règlements en liquide. Cela dit, pour le reste, ses conseillers confirment. « Il est exact qu’un de ses amis lui a offert des costumes. Mais ceci n’a rien de répréhensible. » Soit. N’empêche : cela témoigne d’une vision du réel assez éloignée de celle de très nombreux français.

« La menace Le Pen »

Autre visage politique à la Une de l’hebdomadaire : celui de la présidente du Front National. Son niveau très élevé dans les sondages inquiète ses rivaux qui, pourtant, ont du mal à savoir de quelle manière l’attaquer lors de leurs meetings. C’est ce à quoi s’emploie, des lors, LE JDD, expliquant que si Marine Le Pen appliquait son programme, ce serait une catastrophe pour l’économie – ruine du pays en perspective : plus de chômage et moins d’argent dans les poches des Français. Ses propositions seraient en outre dangereuses pour les libertés publiques : libertés d’aller et venir, liberté de culte et liberté d’expression. Le dossier explique par ailleurs qu’elle attend un soutien de poids : celui de Philippe de Villiers, qui a accepté le principe d’une rencontre officielle avec Marine Le Pen d’ici le premier tour de l’élection présidentielle.

Dans le reste de l'actualité...

Dans le journal, vous lirez aussi que le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian s’apprête, lui, à apporter son soutien à Emmanuel Macron. Il devrait officialiser son ralliement à la fin de la semaine. Et d’ores et déjà, les proches du ministre confient que depuis des semaines, Le Drian fait passer à Macron des fiches sur les affaires de la Défense…

Pour le reste, on retrouve l’affaire Troadec à la Une de PRESSE OCEAN. Une famille assassinée près de Nantes, pour une sombre histoire d’héritage. Selon le meurtrier présumé, ce sont des lingots qui seraient à l’origine du drame. Vrai ou faux, l’enquête le dira. Mais il se pourrait que ce fait divers soit lié à une escroquerie vieille de plus de 70 ans. En 1940 à Brest, la Banque de France s’est fait voler près de 400 kilos d’or… Et c’est une partie de cet or qui serait au cœur du différend familial qui a provoqué l’assassinat des Troadec. D’où ce titre à la Une du quotidien régional : « Troadec : l’incroyable histoire de l’or volé ».

Et puis, si vous voulez d’autres histoires incroyables, je vous conseille la lecture du formidable dossier du NATIONAL GEOGRAPHIC. Un dossier consacré aux arbres : « les confidences des plus vieux arbres du monde ». Les arbres ont leurs histoires, vieilles parfois de plusieurs siècles. Il faut savoir les écouter. Il faut savoir les contempler.

Et en feuilletant ce dossier, je repensais à ce récit qu’on peut lire dans un des ouvrages de Jean-Claude Carrière : c’est l’histoire d’un homme riche et d’un homme pauvre au pied d’une colline. L’homme riche emmène son fils sur la colline. Arrivé au sommet, il étend le bras et, en désignant le paysage, il dit à son fils : « Regarde ! Un jour, tout cela t’appartiendra. » Puis l’homme pauvre emmène à son tour son fils sur la colline. Arrivé au sommet, il étend le bras et, en désignant le paysage, il dit à son fils : « Regarde ! »

C’est tout. L’histoire s’arrête là. Et le livre dans lequel Jean-Claude Carrière la raconte s’appelle « Le cercle des menteurs ».

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