La revue de presse de Frédéric Pommier

« Il y a un an : l'horreur à Paris » C'est le titre à la Une de Paris Normandie qui, comme quasiment tous les journaux ce matin, revient sur les tueries qui ont endeuillé Saint-Denis et le 11ème arrondissement de la capitale française. C'était donc le 13 novembre 2015… Des kamikazes qui se font exploser aux abords du Stade de France, des fusillades aux terrasses de plusieurs cafés, puis un carnage au Bataclan... Bilan : 130 morts, des centaines de blessés, des dizaines de milliers de personnes traumatisées. 130 morts et un pays plongé à la fois dans l'effroi et la sidération. « Comment avons-nous résisté ? » s’interroge Politis. Comment avons-nous résisté à la douleur ? Résisté à la peur ? Résisté au danger, tout comme aux mesures entamant, pour certaines, les libertés publiques ? Poser ces questions, c’est donc sous-entendre que nous avons résisté. Car oui, nous avons résisté, et un an après cette journée qui restera gravée à jamais dans notre mémoire collective, la France vit, cette semaine, « deux jours de recueillement », ainsi que le relève La Dépêche du midi. « 13 novembre : la France n'oublie pas », confirme La Nouvelle République, tandis que les autres journaux de la presse régionale donnent à lire les témoignages de ceux qui ont été touchés de très près par le drame.

Dans L'Eclair : rencontre avec Laurie, jeune Béarnaise qui se trouvait dans l'un des restaurants mitraillés de la rue de Charonne. Aujourd'hui, elle peine à reconstruire sa vie – l'angoisse ne la quitte jamais. Dans L"ardennais : rencontre avec le père d'Amandine, blessée par balle au Bataclan. Elle a, dit-il, « un moral d’acier », et poursuit sans relâche sa rééducation. Dans L'Union : rencontre avec le fils de Manuel, qui habitait la Marne et à, lui, été tué auprès du Stade de France. Son fils qui, aujourd'hui, confie avant tout sa colère : ces attentats n’auraient-ils pas pu être évités ?

En tout cas, tout est fait pour en empêcher de nouveaux, comme en témoigne La Provence, qui nous explique de quelle manière la police, la gendarmerie et la justice se sont adaptées à la menace… « Sécurité, l'état de guerre », commente le quotidien. Un dossier spécial dans OUEST FRANCE, qui évoque notamment le calvaire des blessés, et propose également une interview de Sting qui, ce soir, sera sur la scène du Bataclan. Retour de la musique dans une salle devenue le symbole d'un terrorisme aveugle et fou.

Cependant, ce concert, certains le vivent très mal, à l’instar de Joseph Anticevic, qui a perdu sa femme au Bataclan. Il l’explique dans Libération. Que le Bataclan rouvre aujourd’hui ses portes le rend complètement dingue. « Je tourne en rond depuis une semaine, dit-il. Cette idée que des gens puissent faire la fête à l’endroit où ma femme a été assassinée, je ne peux pas le supporter. J’ai la rage. » Il voulait d’ailleurs de pointer à l’ouverture avec une pancarte : « Bon concert ! Amusez-vous bien ! » Ses amis l’en ont dissuadé. « A quoi bon, laisse faire, calme-toi, les gens sont passés à autre chose. »

Mais non, tous ne sont pas passé à autre chose, car pour les survivants, il y a aussi, souvent, le sentiment de culpabilité, comme chez Bley Mokono, qui se trouvait devant le Stade de France le soir du 13 novembre, tout près du kamikaze qui s’est fait exploser à 21H20… Alors qu’il accompagnait son fils, cet ex-agent de sécurité entrevoit deux des terroristes, quelques minutes avant qu’ils n’actionnent leur ceinture explosive. « L’un d’eux a attiré mon attention, il transpirait. On s’est croisé en se frôlant l’épaule », raconte-t-il à VSD. Et depuis, l’impression qu’il aurait pu déjouer les plans des kamikazes l’obsède. « Lorsque la première explosion survient, je revois cette dame blonde à terre. Je la prends dans mes bras et m’aperçois qu’elle a des projections de chair humaine sur la nuque. Un an après, dit-il, elles sont encore là, ces images. » Touché à une clavicule, Bley Mokono vit donc douloureusement le fait que d’être « grand et costaud » n’a servi à rien ce jour-là. Culpabilité telle que tous les muscles ont lâché, au point de ne plus pouvoir se déplacer qu’à l’aide d’un fauteuil roulant, le plus souvent enfermé dans le noir, au rez-de-chaussée de son pavillon de Cergy. A la fin du mois, il sera de nouveau hospitalisé, dans le but de parvenir à la faire sortir de son fauteuil. Et ce n’est que tout récemment qu’une expertise a été diligentée par le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme.

Et un après ce choc du 13 novembre, les autorités restent sur le qui-vive. C’est ce que nous explique Christophe Cornevin dans les colonnes du Figaro. Des autorités toujours sur le qui-vive, car la menace est plus élevée que jamais. C’est ce dont témoigne une source ministérielle, expliquant que le groupe Etat Islamique est aujourd’hui en perte de vitesse – « déstabilisé au point d’avoir de plus en plus de difficulté à poster ses vidéos de propagande »… Et, dès lors, « face au tarissement du flux des volontaires dans les zones de combat, l’organisation cherche à recruter sur le sol français, soit des compatriotes, soit des résidents prêts à frapper sur place ».

Et pourquoi pas des femmes – l’hypothèse est désormais devenue plausible car les postulantes sont nombreuses, ainsi qu’on peut le lire dans le reportage glaçant que publie David Thomson sur le site Les Jours… Il a recueilli le témoignage de Léna, l’une des ‘revenantes’ du groupe Etat Islamique. Elle a passé un an en Syrie, avant de revenir en France, un peu déçue par ceux qu’elle a rencontrés là-bas, mais toujours attachée à leur idéologie meurtrière. Aujourd’hui, cette jeune femme de 22 ans, entièrement voilée, mais qui se maquille et porte à l’épaule un petit sac Chanel – Léna, donc, est placée sous contrôle judiciaire, mais elle a été laissée libre dans l’attente de son procès pour « association de malfaiteur en vue de commettre des actes de terrorisme ». Libre, mais obligée de suivre des séances de ‘déradicalisation’… Sauf que, pour l’heure, elle n’en a suivi qu’une seule, et que cette dernière n’a eu strictement aucun effet… Léna continue de dire que l’attentat contre Charlie Hebdo était vraiment l’un des plus beaux jours de sa vie. « J’aimerais tellement que ça se refasse, confie-t-elle. Et j’espère que la prochaine attaque ciblée, ce sera une sœur qui la fera. » Glaçant, je vous le disais. Comme l’est aussi le récit qu’elle fait de l’histoire de cette autre Française rencontrée au Syrie. Une mère de famille qui a perdu son mari, mais également deux fils de 12 et 14 ans qui combattaient donc dans les rangs de l’organisation terroriste. Mais elle était heureuse, et même elle pleurait de joie, quand on lui a appris que ses enfants étaient morts. Heureuse car, selon elle, ils étaient morts en martyrs et avait donc filé tout droit au paradis. Suite à cela, elle a envoyé une lettre au leader du groupe, afin de lui proposer de mourir elle-même en kamikaze. Et c’est donc à lire sur le site Les Jours.

Un site qui, aujourd’hui, fait part de son inquiétude pour l’un de ses journalistes. Hier, à la mi-journée, Olivier Bertrand a été arrêté par la police turque, à Gaziantep, dans le sud du pays, où il était en reportage. Il était accompagné d’un photographe turc, et tous les deux ont été emmenés dans un commissariat de la ville, proche de la frontière syrienne. Le photographe a ensuite été relâché, mais pas le journaliste français, toujours retenu sans aucune explication. Une garde à vue « totalement illégitime et qui relève de l’intimidation », selon Reporters sans Frontières. Une arrestation qui s’inscrit dans le contexte de purges post-coup d’état raté du mois du juillet dernier. Des purges que s’employait justement à relater Olivier Bertrand. Les Jours exigent évidemment sa libération immédiate.

De fortes tensions en Turquie… Et de fortes tensions, également, aux Etats-Unis depuis l’élection de Donald Trump… C’est ce que décrit Libération ce matin, précisant que les actes racistes se multiplient sur le territoire depuis mardi dernier. Une étudiante de 19 ans qui se fait arracher son voile par un homme, des graffitis haineux contre les Musulmans et les Noirs, des enfants réunis dans le réfectoire d’un collège et qui scandent « Construisez le mur », en référence à la promesse de Trump d’en bâtir un tout au long de la frontière avec le Mexique. Dès le lendemain du jour du scrutin, sur Twitter, le hashtag « Jour 1 dans l’Amérique de Trump » recensait des dizaines de témoignages d’Américains et d’Américaines ayant subi insultes, menaces, voire agression, du fait de leur couleur de peau, de leur religion ou de leur orientation sexuelle. Du reste, le Ku Klux Klan s’est réjoui sur son site de voir Donald Trump accéder à la Maison Blanche : il annonce même la tenue d’un ‘défilé de la victoire’ en Caroline du Nord le 3 décembre. Pour certains analystes, ce type de comportement pourrait bien se poursuivre, Trump n’ayant jamais montré aucune volonté pour freiner ses partisans.

C’est un autre visage qui fait la Une du Parisien : un ancien président français… et peut-être futur président français, n’en déplaise aux sondages qui se trumpent si souvent. Longue interview de Nicolas Sarkozy, qui passe en revue les différents points de son projet pour la primaire de la droite et du centre... Sécurité, éducation, chômage, retraite... Il promet notamment la construction de 20.000 places de plus en prison... Et la suppression de 300.000 postes de fonctionnaires qui, pour lui, à l’avenir, devraient travailler deux heures de plus.

Enfin, toute la presse revient sur la mort, annoncée hier, de Léonard Cohen. Le Figaro se désole de la disparition d'un « prince du désespoir »... Mort à 82 ans, il aura marqué plusieurs générations, et restera comme l'un des plus grands poètes chanteurs, à la voix si reconnaissable... La Une et un dossier passionnant de 13 pages dans Libération, qui évoque « des chansons profondes et mélancoliques, qui ont accompagné la vie d'admirateurs en osmose »... Osmose avec un homme qui pouvait être violent, anxieux, dépressif et mystique, mais qui était aussi littéraire et très spirituel. Amoureux des femmes également, lesquelles lui ont inspiré ses plus succès. « Léonard Cohen : une voix de légende s'est éteinte », résume Le Télégramme. Mais une voix qui restera longtemps gravée dans nos mémoires.

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