Souvenons-nous…

__

Souvenez-vous, c'était il y exactement un an. Le 13 juin 2014, émotion nationale, dégoût face à l'aberration : en lisière de la cité des Poètes à Pierrefitte, en Seine-Saint-Denis, un Rom de 17 ans était retrouvé dans un chariot de supermarché, retrouvé « presque mort » – précision de la police. Darius, c'est son nom, avait été littéralement lynché par un groupe de jeunes – un passage à tabac qui avait duré plusieurs heures ; coups de fouet, de batte de base-ball, électrocution par les pieds – et les photos atroces de son corps torturé s'était affichées à la Une de la presse internationale. Pas en France, car en France, les clichés ont été interdits de publication. Souvenez-vous : François Hollande avait alors dénoncé « des actes innommables, heurtant tous les principes de notre République » . Souvenez-vous : il y avait eu des manifestations de soutien devant la mairie de Pierrefitte.

Mais un an après, que reste-t-il de cette affaire, et qu'est donc devenu Darius ? Lorraine de Foucher et Justine Vassogne ont mené l'enquête pour M, LE MAGAZINE DU MONDE. Elles ont retrouvé le jeune-homme, qui vit dans une chambre d'hôtel, une chambre limite insalubre dans le nord de Paris. Conséquence de son agression : une jambe bringuebalante et une mémoire immédiate qui ne dépasse pas dix minutes. Mais l'expertise médicale n'a, pour l'heure, pas encore été réalisée : « pas de préjudice reconnu » , s'insurge, du coup, son avocate, pointant un système défaillant qui a abandonné Darius « sans accompagnement, et sans aide financière, en estimant faussement que le problème était réglé. » On a atteint, dit-elle, « le fond de la misère sociale » .__

Quant à l'enquête, elle piétine. Elle est même au point mort, voire pas loin du non-lieu. Aucun des agresseurs n'a été retrouvé. D'où le titre du magazine : « Un supplice sans justice. » Et, mis à part dans M, pas une ligne dans les journaux – le sort de Darius n'intéresse aujourd'hui quasiment plus personne.

__

En revanche, le sort de DSK fait les gros titres ce matin d'une bonne partie de la presse. Dominique Strauss-Kahn, qui, après trois ans d'instruction, a été relaxé dans l'affaire du Carlton. A une exception près, l'ensemble des prévenus a même été blanchi. Et de cette sombre affaire de proxénétisme aggravé, « il ne reste donc rien » , constate NORD ECLAIR, tandis que LA VOIX DU NORD explique « Les raisons d'un fiasco » .

Un « fiasco judiciaire » : on retrouve l'expression un peu partout ce matin. Avec, çà et là, des images souvent bien trouvées. Ainsi, dans LE FIGARO, Stéphane Durand-Soufflant évoque « un jugement à la tronçonneuse : le tribunal correctionnel de Lille a tellement élagué l'arbre du dossier Carlton, cultivé sous serre par les pépiniéristes de l'instruction, qu'il n'en reste plus qu'un rameau dérisoire » . Charge contre les juges, qu’on retrouve sous la plume d’Yves Harté, dans SUD OUEST. Pour lui, « cette décision signe rien moins qu'un Trafalgar de l'instruction ». « C'est bien la figure tutélaire de la magistrature française qui est ici remise en cause , confirme Philippe Marcacci dans L'EST REPUBLICAIN. La figue du juge d'instruction tout puissant, et décidant bien souvent seul dans le secret de son cabinet. » « Les juges ont dérapé » , abonde l'avocat pénaliste Daniel Soulez Larivière dans LIBERATION – lui également met donc en cause la toute-puissance de l'instruction.

Et les médias, dans cette affaire ? Les médias ont-ils dérapé ? C'est évidemment ce que doivent penser ceux qui, avant d'être blanchis, ont fait les Unes et les gros titres. Dans son éditorial, Laurent Joffrin place même cote à cote Eric Woerth et Dominique Strauss-Kahn, « noircis par la presse, blanchis par la justice » . Mais la presse peut rappeler, dit-il, que dans les deux affaires, c'est chaque fois la justice qui fut l'initiatrice : « sans renvoi devant le tribunal, il n'y aurait pas eu d'articles... Et que ne dirait-on pas si la presse s'abstenait de parler des affaires en cours ? Connivence avec les puissants ? Frilosité coupable ? Le public fustigerait ‘l'entre-soi’ des élites. Bref, s'il y eût des excès, il faut les corriger. Mais le silence serait pire que le fracas journalistique. » Pour la justice, DSK a eu donc eu « un comportement de client non répréhensible par la loi » . « Le tribunal a estimé qu'il avait juste à dire le droit, pas à faire la morale » , souligne Pierre Fréhel dans LE REPUBLICAIN LORRAIN.

Et vis-à-vis des migrants, où se situe donc la morale ? Il y a trois jours, Cécile Duflot comparait la politique française à « un Waterloo moral » . Allusion aux évacuations de plusieurs campements à Paris. Pourtant, dans LE PARISIEN : un sondage Odoxa qui révèle que les Français ne sont pas scandalisés : sept sondés sur dix affirment qu'ils n'ont pas été choqués par ces évacuations. D'où ce commentaire du journal : « Les Français plus durs sur l'immigration » . Clivage politique sans surprise : la quasi-totalité des sympathisants de droite disent qu'ils n'ont pas été choqués. Mais même à gauche, ils sont une majorité – majorité symbolique, mais majorité tout de même – 52% à dire ne pas avoir été choqués non plus.

« Accueil des migrants : Paris sous pression » , constate ce matin OUEST FRANCE, évoquant la proposition de la maire de la capitale d'ouvrir un centre temporaire pour les migrants... Mais à l'Elysée, on est contre l'idée. Pas envie que s'installe à Paris une sorte de "Sangatte bis".

Et puis, sur le sujet, je vous conseille la lecture du papier de Ramses Kefi sur le site RUE89, qui lui, s'interroge sur la sémantique utilisée par les journaux pour parler des évacuations. Partout, on a parlé d'évacuation « musclées » . Lorsque la police intervient, on parle d'interventions « musclées » . Mais alors, ça signifie quoi ? Que c'est trop violent ? Que ce n’est pas assez violent ? La formule est floue, mais elle est confortable. La question, pourtant, ce n'est pas de savoir si c'est musclé ou pas, mais de savoir si ces évacuations sont légitimes ou si sont menées de façon abusive.

« Savez-vous quelles sont les deux seules professions au monde où les femmes sont payées davantage que les hommes ? C'est mannequin et star du porno ! » Le coup de gueule de Salma Hayek dans les colonnes de MARIE-CLAIRE. Interview dans laquelle l'actrice libano-mexicaine s'en prend également au machisme du milieu du cinéma. Un milieu où à notoriété égale, un comédien gagne, en moyenne, deux fois plus qu'une comédienne.

Dans le mensuel, vous lirez aussi l'intéressant dossier de Caroline Rochet sur ces nouvelles technologies qui ont totalement bouleversé nos relations amoureuses. Des sites et des applications permettant de trouver sa moitié pour une heure, pour une nuit, ou bien – ça arrive – pour la vie. Avant, on s'écrivait des lettres d'amour. Désormais, avec son smartphone, on envoie des smileys et des émoticônes. Avant, un coup de foudre, c'était les yeux dans les yeux, dans la rue ou lors d'une soirée. Désormais, on clique sur des photos qu'on like sur son ordinateur. Avant, on prenait le temps de discuter autour d'un verre. Désormais, on chatte et on textote. Un chiffre, juste un chiffre : aux Etats-Unis, plus d'un tiers des couples qui se sont mariés ces dix dernières années, plus d'un tiers se seraient rencontrés sur Internet.

Quoi d’autre à retenir dans les journaux ?

Souvenez-vous, c'était à l'automne et on ne parlait que de cela : le virus Ebola et ses milliers de victimes. Récemment, le Libéria a annoncé qu’il s'était débarrassé du virus. Mais en Guinée et en Sierra Leone, on n'arrive pas à endiguer cette épidémie meurtrière de fièvre hémorragique. C’est à lire dans LIBERATION.

L'encadrement de loyers dès cet été à Paris. Pour LE FIGARO, cette décision risque de déstabiliser le marché. La presse régionale du Nord croit savoir pour sa part que Lille pourrait bien, à son tour, adopter la mesure.

A quel âge entre-t-on dans la catégorie des vieux ? Pour les démographes, c'est, généralement, à l’âge de 65 ans. Pour les Nations-Unies, c'est même à 60 ans. Mais un institut de recherche autrichien propose une analyse plus fine, estimant qu'une personne est vieille lorsque quinze années la séparent de la date prévisible de son décès. Tout dépend, dès lors, de l'espérance de vie, qui ne cesse d'augmenter dans les pays occidentaux. Selon cette analyse, les Français seraient donc considérés comme vieux à partir de 75 ans – mais c'est oublier que des octogénaires sont très jeunes et des trentenaires déjà très vieux. L'info est à lire dans L'EXPRESS.

L'EXPRESS, qui nous apprend aussi que l'animateur Julien Lepers a été reçu très froidement – oui, froidement, c'est le moins qu'on puisse dire – lors de l'entretien qu'il a eu avec Delphine Ernotte, la nouvelle patronne de France Télévision, laquelle lui a lancé – deux points, ouvrez les guillemets : « Je n'aime pas ce que vous êtes et je déteste ce que vous faites ! » Delphine Ernotte déteste donc ‘Question pour un Champions’ , l'émission phare des fins d'après-midi sur France 3. On ne sait pas si Julien Lepers compte, à ses yeux, parmi les jeunes ou les vieux.

Et puis, à propos de France 3, le site Mediapart nous apprend que rien ne va plus dans l'équipe de ‘Thalassa’ . Des audiences en berne et une ambiance catastrophique. L’émission doit fêter son quarantième anniversaire prochainement.

Enfin, souvenez-vous, c'était il y a juste six mois. Le 8 janvier dernier : la tuerie à CHARLIE HEBDO. Aujourd'hui, Maryse Wolinski, la veuve du dessinateur, inaugure une médiathèque ‘Georges-Wolinski’ à Fenouillet en Haute-Garonne. Elle s'exprime dans les pages de LA DEPÊCHE DU MIDI : « J'ai, dit-elle, du mal à vivre sans le regard amoureux de mon mari. » Celui-ci, tous les jours, lui laissait des messages dans leur appartement - des post-it sur lesquels il écrivait que sa femme était la plus belle femme du monde. Pensée, ce matin, pour Maryse Wolinsky, et pour tous ceux dont la vie a été dévastée par les attentats de janvier.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.