La vie est un sport de combat.

Mais comment font-ils pour tenir ? Alors que se poursuit la démolition d'une partie de ce qu'on appelle communément la jungle de Calais , comment donc ceux qui vont continuer à y vivre font-il pour tenir ? Pour L'EQUIPE MAGAZINE , Jean-Christophe Collin est allé à la rencontre des migrants, et notamment de ceux qui tuent le temps grâce au sport. Chaque nuit, comme tous les autres, ils essayent – mais en vain, de passer en Angleterre. Et le jour, au milieu des cabanes et les tentes, ils improvisent des parties de foot, de volley, de cricket. Ceux qui font du cricket sont surtout les Pakistanais. Ceux qui font du volley sont surtout les Afghans. Dans leur pays, les Talibans ont proscrit tous les jeux de ballons et désormais, ces exilés redécouvrent les dribbles dans la boue du camp – maigre consolation, mais consolation tout de même. Ici, au moins, on ne les tue pas quand ils cherchent à marquer des buts.

Et puis il y a Abraham, érythréen de 27 ans qui, lui, passe des heures à courir, et ce, pour préserver l'unique chose qui lui reste : en l'occurrence, son corps, et surtout son âme de sportif de haut niveau. Abraham est boxeur, par trois fois champion d’Érythrée catégorie poids-coq. Il rêvait des Jeux Olympiques et s'il a quitté son pays, c'est parce que le gouvernement de la dictature au pouvoir voulait l'enrôler dans l'armée. Il a quitté femme et enfant, il a traversé le désert, l’Éthiopie, le Soudan et ensuite « l'enfer sur terre » , ce sont les mots qu'il emploie pour décrire ce qu'il a subi : la prison en Libye, le racket et les coups, et pour finir la traversée de la Méditerranée, à 80 personnes sur une petite embarcation. 14 d'entre elles sont mortes avant même d'avoir atteint les côtes européennes. Abraham estime que c'est sa condition de sportif qui lui a permis de supporter cette série d'épreuves : l'habitude des entraînements, l'habitude de la souffrance, physique et psychologique.

Mais aujourd'hui, il n'a aucune idée de ce qu'il va devenir. Il pense toujours à l'Angleterre, mais le champion est fatigué et en réalité, confie-t-il, « je suis prêt à boxer n'importe où » . Boxer, car c'est donc son métier. Et quand Abraham fait cette confidence à mon confrère, celui-ci le décrit en train en train de pleurer, tout doucement.

Et ce sont également des pleurs que racontent les journalistes du PARISIEN qui, cette semaine, se sont rendus sur la route des Balkans. « Le piège des Balkans » , titre le quotidien. Avec la fermeture des frontières, des dizaines de milliers de Syriens, d'Irakiens et d'Afghans se retrouvent prisonniers, bloqués entre la Grèce, la Macédoine et la Serbie : derrière des barbelés, entassés dans des tentes ou par terre dans les champs. Certains végètent depuis un mois, dans des conditions insalubres : odeur pestilentielle, densité oppressante, brouhaha continu… Et c'est donc ce bruit de fond permanent qui a d'abord saisi les reporters du quotidien : des toux incessantes et les pleurs des bébés. Car, dans ces camps-là, on compte 40% d'enfants, lesquels, explique une psychologue, sont déjà traumatisés par ce qu'ils ont vu et vécu. Pour preuve, leurs dessins – pour tuer le temps, ils dessinent : ici, des maisons bombardées, ici des tanks et là, de petits bonshommes serrés dans une barque, qui se tiennent la main . Les plus grands expliquent qu'ils ne comprennent pas pourquoi ils se retrouvent enfermés là. Quant aux adultes, ils expriment leur colère vis-à-vis d'une Europe qui les a abandonnés.

« La faillite de l'Europe » : c'est aussi ce qui révolte L'HUMANITE DIMANCHE , avec à sa Une la photo pleine page d'un réfugié. On ne voit pas ses yeux. Ils sont cachés par un bandeau. On ne voit pas ses dents, car l'homme s'est cousu les lèvres. Deux gestes pour dénoncer une Europe qui ne veut ni voir, ni entendre les souffrances de ceux qu'elle ne sait comment accueillir.

Une crise qui fragilise notamment Angela Merkel , qui pourrait bien être sanctionnée ce dimanche, lors des élections organisées dans trois régions allemandes. LE PARISIEN évoque « un scrutin à haut risque » et la poussée probable du parti populiste. Mais si l'on en croit LE JOURNAL DU DIMANCHE , il en faudra plus déboulonner la chancelière : « Mutti fait de la résistance » , titre l'hebdomadaire. Angela Merkel qui, soit dit en passant, rêvait de devenir patineuse artistique quand elle était plus jeune. Salto arrière et double axel… Et puis, finalement, elle est donc devenue femme politique.

Mais en politique également, il arrive que ça patine. Que ça patine ou que ça dérape. A propos de dérapage, la presse revient ce matin sur les primaires américaines et l'annulation du meeting de Donald Trump à Chicago. « La campagne de Donald Trump de plus en plus ternie par les incidents » , commente ainsi LE MONDE . « Une campagne qui dégénère » , titre pour sa part MIDI LIBRE . Mais, sur le sujet, l'analyse la plus éclairante est sans doute à lire cette semaine dans LES INROCKUPTIBLES , sous la plume de Maxime Robin, qui nous explique comment Trump ne cesse de s'inspirer du catch. Vous savez, le catch : ces types en combinaisons qui font semblant de se massacrer. Du grand spectacle à la télé, et c'est un business dans lequel le milliardaire républicain a baigné durant très longtemps, et dans lequel il donc a puisé tous les codes qui font son succès : sens de la manipulation, mise en scène du show, violences physiques et verbales.

Il qualifie de « poids mouche » son adversaire Marco Rubio, il traite Ted Cruz de « fiotte » et Jeb Bush de « couille molle » . Et tout cela dans un unique but : provoquer l'hystérie de ses supporters. Dans son essai Le monde où l'on catche , Roland Barthes fut d'ailleurs le tout premier intellectuel à théoriser l'effet de ce sport étrange sur la foule, affirmant que dans ce milieu, ce qui compte, c'est l'action – l'action et la passion, mais pas la vérité. « Le public se moque complètement de savoir si le combat est truqué. Ce qui lui importe, ce n'est pas ce qu'il croit, c'est ce qu'il voit. »

Mais en France, ce sont d'autres sports qui inspirent les politiques. Notamment le vélo, dont Nicolas Sarkozy est un grand adepte. L'hebdomadaire CHALLENGE se fait l'écho de la prédiction de celui qui pourrait déclarer cet été sa candidature aux primaires de novembre chez les Républicains. « On va avoir six mois de faux plat, puis trois mois de montagne, et ensuite on se retrouvera sur le ring. Et là, je sais faire, ça va cogner ! » , a-t-il confié à certains de ses amis. Il aime donc le vélo, mais également la boxe. Et quand il s'agit de parler du gouvernement, il n'hésite pas à boxer. « La loi de Myriam El Khomri, ce n'est encore qu'une grosse daube » , a-t-il ainsi jugé lors d'une réunion interne au sujet du projet de réforme.

Cette fois, c'est à lire dans LE JOURNAL DU DIMANCHE , qui nous explique de quelle manière François Hollande et Manuel Valls ont décidé de réécrire le projet contesté . Un projet qu'ils présenteront demain aux syndicats, et sur lequel ils ont prévu de plancher toute la journée. Eux seuls, précise le journal. Autrement dit : sans la présence d'Emmanuel Macron, lequel a laissé par écrit ses recommandations. Et sans la présence de Myriam El Khomri, ministre qu'on pensait pourtant la première concernée. Le couple exécutif semble prêt à revoir les points les plus sensibles de ce projet de loi , à savoir le plafond des indemnités prudhommales, le temps de travail dans les PME, mais aussi la définition des licenciements économiques. La mesure sur les apprentis sera également abandonnée. Mais la recherche d'un compromis qui pourrait satisfaire tout le monde est bien sûr impossible. Ne rien céder aux syndicats, c'est pousser des milliers de personnes dans la rue. Et leur céder trop, c'est déplaire à ceux qui soutiennent la réforme. Et déplaire notamment au MEDEF, dont le négociateur exige, toujours dans le JDD , le maintien d'une réforme qu'il juge « au service de l'emploi ». « Le renoncement serait suicidaire », répond-il quand on lui demande s'il faut que le gouvernement tienne bon.

Et puis c'était il y a quatre mois jour pour jour : quatre mois qu'ont eu lieu les attentats à Paris.

Mais comment font-ils pour tenir ? Comment les survivants des attaques font-ils pour tenir ? Difficilement, si l'on en juge par le témoignage de Maureen, dans l'excellente revue POLKA . Difficile, notamment, de partager son mal-être avec ses proches qui, pour tenter de la réconforter, lui disent : « mais tu as quand même eu de la chance, et puis c'était l'année dernière, il faut passer à autre chose » . « Nos blessures sont invisibles, mais elles sont insidieuses » , confie-t-elle, avant d'avouer que chaque fois qu'elle croise dans la rue quelqu'un avec un parapluie, elle a illico l'impression que ce parapluie est une arme. Et ça, par exemple, à ses proches, Maureen n'arrive pas à le dire. En revanche, elle le raconte à ceux qui, comme elle, ont vécu de l'intérieur cette nuit d'horreur et avec lesquels elle a créé la structure Life for Paris , une association pour faire valoir leurs droits, mais aussi pour se reconstruire et réapprendre à apprivoiser le monde extérieur. Pas facile, disions-nous. D'autant que ce monde extérieur manque parfois cruellement de bienveillance. Dans l'hebdomadaire GRAZIA , on apprend ainsi que ces dernières semaines, trois rescapés du Bataclan se sont vus refuser des prêts immobiliers . Tout bonnement car aux yeux des banques, tenez-vous bien : aux yeux des banques, ils sont maintenant considérées comme des « personnes à risque » . Pour les banques, une victime du terrorisme signifie donc personne à risque. Quand on a survécu à un attentat, le quotidien, visiblement, devient donc un sport de combat.

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