Bonjour à tous…. « Il faut rendre à César, ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu ». Telle fut, selon la tradition chrétienne, la réponse de Jésus aux Pharisiens qui lui demandaient s’il fallait payer les impôts romains. Le Pape Benoit XVI et Nicolas Sarkozy pourraient chacun faire la même réponse aujourd’hui. D’un côté l’Etat, de l’autre les églises, avec une bonne répartition des compétences et des missions entre César et Dieu. Voici la politique, voilà la foi. On s’est longtemps battu en terre de France, pour bien séparer les rôles et trouver la plus juste définition de la laïcité. Et on en dispute encore aujourd’hui, comme le reconnaît honnêtement Dominique Quinio dans la Croix, quand elle écrit : « Ce débat se trouve amplifié par la personnalité de Nicolas Sarkozy sur lequel se concentrent les critiques, parce qu’il ferait la part belle aux religions en général et au christianisme en particulier ». Et la patronne de la Croix, de considérer « que le Président français a mis de l’eau dans son vin, par rapport à son précédent discours de Latran. Quand au Pape, s’il juge nécessaire une réflexion nouvelle sur la laïcité et s’il rappelle les racines chrétiennes de la France, il n’en fait pas le cœur de son voyage ». Bref, selon la Croix, le climat serait apaisé dans une polyphonie sympathique des tenants de Dieu et de César, malgré la polémique sur la laïcité ouverte ou positive. Polémique engagée par des intégristes de tous les bords. Dominique Quinio ne les désigne pas par prudence ou charité chrétienne sans doute. Mais peu importe, ils s’expriment aujourd’hui dans les éditoriaux des journaux et à la radio. Ainsi le quotidien communiste l’Humanité, qui fait la fête à la Courneuve tandis que le Pape dit la messe aux Invalides, assure aujourd’hui que Benoit XVI et Sarkozy font religion commune. Ils invitent à reconsidérer la laïcité et provoquent l’inquiétude de tous les républicains. Antoine Guiral et Catherine Coroller considèrent dans Libération « que Benoit XVI a béni hier à l’Elysée le concept sarkozien de laïcité positive et prit position dans le débat français ». Le Figaro dit la même chose autrement, en soulignant dès sa première page, que le Pape s’est fait l’apôtre de la laïcité positive en réponse à Nicolas Sarkozy qui l’a accueilli. Mais qu’il y a eu, derrière le pasteur, le professeur assez amoureux de la culture française, pour s’adresser le même jour, aux artistes et aux intellectuels venus l’entendre au Collège des Bernardins. Le Parisien s’étonne un peu de cette ferveur inattendue autour du Pape, et publie la réaction enthousiasme de Luc Ferry, philosophe, ancien ministre et non-croyant qui s’écrie, je le cite : « La religion chrétienne est une construction grandiose, magnifique, sans égale, sur la plan intellectuel et historique. Quant au Pape, c’est de toute évidence, un homme hors du commun ». François-Régis Hutin dans Ouest-France, salue lui aussi un homme semeur de charité et d’espérance qui a pris soin de rappeler le mystère divin. Titre de son éditorial : « Dieu, le grand inconnu ». Le journal l’Alsace à Mulhouse, remarque là-dessus que le Pape n’a pas oublié de dénoncer le fanatisme fondamentaliste, en même temps que la culture purement positive. L’Est Républicain de Nancy est plus circonspect. Il remarque d’abord en manchette, comme France-Soir d’ailleurs, que le Pape est en terre laïque. Mais Rémi Godeau dans son éditorial fait un pas de plus en interrogeant à la façon de Robert Badinter, voire de Noël Mamère et Jean Glavany : « la laïcité positive, Kekcekça ? ». N’est-ce pas, écrit l’éditorial nancéen, une notion floue, ambiguë, dans la bouche de Nicolas Sarkozy ? Faut-il en déduire, ajoute-t-il, qu’il y aurait, face à cette laïcité positive, une autre négative, anti-religieuse ? Faudrait-il renoncer à un état neutre, a-religieux. Le citoyen aimerait en savoir davantage. Car ce concept rappelle l’autre terme sarkozyen de discrimination positive et le danger d’un nouveau communautarisme. On ne peut, conclut Rémi Godeau, assimiler des représentants religieux aux autorités publiques et politiques de la République. Jacques Camus dans la République du Centre, est tout aussi exigeant quand il écrit : « Nicolas Sarkozy a naturellement le droit d’avoir des convictions religieuses, mais il a le devoir de les tenir à l’écart de sa charge. Il a le droit d’estimer que Dieu n’asservit pas l’homme et le libère, mais il n’a pas reçu mission d’en convaincre les Français. Il peut estimer, que se passer des religions est une folie, mais le proclamer dans l’exercice de son mandat est une sorte d’offense à la liberté de penser ». Allons, allons, calment Les Echos. Il y a deux ans, Benoit XVI, l’intello, l’érudit, provoquait un tollé dans le monde musulman en donnant à Ratisbonne le sentiment d’assimiler l’Islam à la violence. La visite en France du Souverain Pontife parait plus tranquille, même s’il nous ferait entre Paris et Lourdes, presque passer pour un peuple un peu patraque. Jean Daniel dans le Nouvel Observateur, calme lui aussi le jeu, en évoquant le nouvel usage de Dieu. Il le fait après lecture des mémoires de Madeleine Albright, ancien Secrétaire d’Etat à Washington. Tchèque, catholique, mais d’origine juive, Madeleine, l’amie d’Hubert Védrine, a fait le même chemin que Bill Clinton. Pour elle, comme pour lui, il y a plus de points communs entre les trois religions issues d’Abraham que de différences et d’incompatibilités. Pour elle aussi, comme pour Jean Daniel semble-t-il, la religion ne remplace ni la raison, ni la morale. Elle leur ajoute simplement un supplément d’âme. Ce qui veut dire, insiste l’éditorialiste du Nouvel Observateur que personne ne peut remplacer l’instituteur, mais qu’avec l’aide du curé, il est plus efficace. L’alliance de Don Camillo et Peppone, en quelque sorte ? Mais alors direz-vous, le grand retour du religieux du religieux dans le monde actuel, serait-il dangereux ? Oui, il provoque la guerre, car aucune guerre n’est sainte. Non, selon Madeleine Albright, car on peut lutter contre le fondamentalisme et le messianisme, par la démocratie… et la religion. A propos. Y aurait-il deux France ? Deux foules ?. Celle qui converge en ce moment vers les Invalides et celle qui va ce week-end, comme chaque année, à la fête de l’Humanité. J’ajoute que les musulmans font le ramadan et les juifs célèbrent le shabbat dans un même pays sous la protection d’une même République. Le meilleur commentaire sur ce point, figure dans la Diane française. Permettez-moi de vous en lire un extrait ce matin… Deux soldats amoureux d’une belle, l’un qui monte à l’échelle, l’autre qui guette en bas. « Qu’importe comment s’appelle Cette clarté sur leur pas Que l’un fut de la chapelle Et l’autre s’y dérobât Celui qui croyait au ciel Celui qui n’y croyait pas Tous les deux étaient fidèles Des lèvres du cœur des bras Et tous les deux disaient qu’elle Vive et qui vivra verra Celui qui croyait au ciel Celui qui n’y croyait pas Quand les blés sont sous la grêle Fou qui fait le délicat Fou qui songe à ses querelles Au cours du commun combat Celui qui croyait au ciel Celui qui n’y croyait pas Du haut de la citadelle La sentinelle tira Par deux fois et l’un chancelle L’autre tombe qui mourra Celui qui croyait au ciel Celui qui n’y croyait pas Nos sanglots font un seul glas Et quand vient l’aube cruelle Passent de vie à trépas Celui qui croyait au ciel Celui qui n’y croyait pas Répétant le nom de celle Qu’aucun des deux ne trompa Et leur sang rouge ruisselle Même couleur même éclat Celui qui croyait au ciel Celui qui n’y croyait pas Il coule, il coule, il se mêle A la terre qu’il aima Pour qu’à la saison nouvelle Mûrisse un raisin muscat Celui qui croyait au ciel Celui qui n’y croyait pas L’un court et l’autre a des ailes De Bretagne ou du Jura Et framboise ou mirabelle Le grillon rechantera Dites flûte ou violoncelle Le double amour qui brûla L’alouette et l’hirondelle La rose et le réséda » Louis Aragon. Le meilleur éditorialiste sur ce thème.

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