Bonjour à tous. « Si la photo est bonne… qu’on m’amène ce jeune homme… ». Oui, mais si la photo est moche et gênante la réalité qu’elle est censée représenter qu’est-ce qu’on fait ? On efface, on gomme ce qu’on ne saurait voir ? On triche en améliorant les traits des personnages et les éléments du décor ? On peut même dans certains cas et afin de séduire les plus jeunes mettre de la couleur, quand le film est trop noir. Dans le JOURNAL du DIMANCHE, l’historien Benjamin Stora qui a vu mardi dernier le beau documentaire « Apocalypse » de France 2, s’interroge sur ce qu’il appelle « la guerre en couleurs ». « Toucher à une archive », écrit-il, « la coloriser, comme on dit aujourd’hui, est vraiment problématique. Et puisqu’il y a dans ce document des éléments tournés en couleurs et des images colorisées, ne faudrait-il pas au moins le faire savoir aux téléspectateurs ? ». Et l’historien spécialiste de l’Algérie d’ajouter : « Faudra-t-il un jour coloriser les archives des camps de concentration, pour que le public puisse encore manifester de l’intérêt pour cette séquence tragique de l’histoire ? ». Voici la conclusion de Benjamin Stora qui souligne que l’on colorise les images de la dernière guerre mais que l’on ressort au même moment, une version masterisée des « Tontons flingueurs », en noir et blanc ! « Ce n’est plus », écrit-il, « la fiction que l’on colorie, mais le réel du documentaire, comme si la couleur rendait la guerre plus accessible, plus supportable ! ». Dans le même JOURNAL du DIMANCHE, Serge Moati, qui a regardé « Apocalypse » lui aussi, s’enthousiasme et se dit fier d’une télévision donnant une leçon d’histoire vivante. « C’est », écrit-il, « l’histoire pomponnée, belle et fraîche comme une jeunesse retrouvée ». Et il ajoute : « Pour un soir, nos morts en couleurs sont ressortis des caveaux et de la terre qui fut leur dernier linceul. On les vit, comme ils étaient : vivants avant de mourir. Etrange et magnifique rituel de résurrection que cette Apocalypse télévisée. Vive la grande télé ! ». Mais que dire de la petite ? Celle que dénonce le PARISIEN DIMANCHE aujourd’hui, en s’interrogeant sur le sort d’un de ses animateurs passé à la trappe. Photo de Jean-Luc Delarue au temps où tout lui souriait, en première page, avec ce titre : « Delarue ou le déclin d’un empire ». Enquête sur les déboires de l’ex-enfant chéri du petit écran. Petite télé, petit écran, et petite manière hier au soir, au journal de TF1 qui floutait le visage d’un jeune homme, insultant le Ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand. Hôte de la fête de l’Humanité et venu librement à la Courneuve où Patrick Le Hyaric l’avait convié. On entendait distinctement l’injure, mais on discernait mal le visage de l’insolent. Allez savoir pourquoi ? Conséquence peut-être de la polémique née des propos de Brice Hortefeux, au Campus UMP. Il faut dire que la séquence en question a été vue par des centaines de milliers d’internautes, avant d’être diffusée sur la chaîne parlementaire, Public-Sénat… qui l’avait pourtant filmée. Le son n’était pas bon… Il l’est devenu… Et la polémique continue. Claude Guéant, le Secrétaire général de l’Elysée, y revient ce matin dans le JOURNAL du DIMANCHE. « Etes-vous inquiets du mouvement déclenché par cette affaire », lui demandent Claude Askolovitch et Olivier Jay. Réponse de Claude Guéant : « Une conclusion s’impose : on ne peut plus faire des plaisanteries spontanées dans un monde où tout le monde, tout le temps, est filmé. Sur le fond, je trouve très injuste qu’on accuse Brice de racisme. La seule personne qui a pu percevoir le contexte de cet échange de propos est le jeune militant auquel il s’adressait. Or il n’a pas été choqué, il ne s’est pas senti agressé. C’est toujours facile d’accuser en utilisant des propos hors de leur contexte ». Et le Secrétaire général de l’Elysée, d’en profiter pour déminer en deux phrases deux autres sujets polémiques. Sur le Gabon : « La France » dit-il » n’avait pas de candidat ! ». « Quant à Nicolas Sarkozy, il a (je cite Claude Guéant) la même popularité que Barack Obama » Donc, tout va bien… ou pas trop mal. Que non pas ? Dans la REPUBLIQUE DES PYRENEES, Jean-Marcel Bouguereau s’indigne de ce qu’il appelle « la Beauferie ordinaire du Ministre de l’Intérieur. » « Brice Hortefeux », écrit-il, « ne parlait pas des Auvergnats, mais des Arabes, il doit démissionner ». Dans NICE MATIN, George-Marc Benamou se montre sévère lui aussi dans son semainier intitulé : « Hortefeux, Bigard et la République laïque et universelle…. ». Mais l’éditorialiste de NICE-MATIN ne demande pas la démission du premier flic de France. On se trompe. Brice Hortefeux c’est Jean-Marie Bigard, l’humoriste le plus lourd de France, plutôt que Le Pen. Il a voulu être drôle, il ne l’a pas été. Il s’est voulu paternaliste avec ce gamin « beur vibrionnant » à ses côtés. Il a voulu faire le malin, au milieu de ses copains auvergnats et puis il a dérayé. Brice Hortefeux n’est certes pas un excité politique habité par la haine ou par quelque projet racialiste. Le problème c’est qu’il est Ministre de l’Intérieur et des cultes et que l’humour à la Bigard ne passe pas dans cette fonction-là. « La France ne doit pas devenir aussi pudibonde, aussi ridicule que l’Amérique. La parole doit y rester libre, inventive, audacieuse, paillarde, si Hortefeux y tient. Mais jamais blessante. C’est l’esprit de la laïcité. La République ne pourra se faire respecter que si elle est respectable. Et elle vaut mieux qu’une vanne à la Bigard. « Si la photo est bonne… qu’on m’amène ce jeune homme ». Toute la presse rend ce dimanche un hommage bien mérité à Willy Ronis, mort hier à 99 ans. Willy Ronis, poète-photographe à l’œil humaniste, écrit Danielle Attali, dans le JOURNAL du DIMANCHE. Hommage identique dans le PARISIEN et dans la presse quotidienne régionale. Mais, arrêtez-vous aux photos de Ronis, que diffuse Internet, mais que sélectionne aussi le JOURNAL du DIMANCHE. J’avoue pour ma part être resté longtemps hier soir et ce matin devant le nu provençal pris à Gordes en 1949 par le contemporain de Doisneau et de Cartier-Bresson. Une photo n’est pas bonne, mais comment l’éviter. Marina, torturée à mort par ses parents. La presse, toute la presse, évoque ce drame qui renvoie à ce poème de Paul Eluard : « Comprenne qui voudra Moi mon remord ce fut La malheureuse qui resta Sur le pavé La victime raisonnable A la robe déchirée Au regard d’enfant perdu Découronnée défigurée Celle qui ressemble aux morts Qui sont morts pour être aimés Une fille faite pour un bouquet Et couverte Du noir crachat des ténèbres ».

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