Bonjour à tous. « Que faire lorsque soufflent les vents contraires ? » demande Didier Pobel du DAUPHINE LIBERE, avant d’inviter ses lecteurs au repli intimiste sur les proches, les enfants, le petit cercle. Et mon confrère d’expliquer que c’est dans ce contexte de tempête généralisée que Nicolas Sarkozy vient d’intervenir, en proposant aux mères de famille un congé parental plus court et 200.000 places de crèche supplémentaires. « Louable initiative » selon l’éditorialiste grenoblois, à condition qu’elle voit le jour, dans le marasme actuel. « Nicolas Sarkozy », écrit-il, « a également rappelé sa volonté de faire aboutir un autre projet délicat ! La création d’un statut des beaux-parents ». L’évolution de notre société, avec ses divorces, ses familles recomposées, rend cette modification législative et juridique nécessaire. Ne restera plus ensuite qu’à ériger une allégorie du père et de la mère, ces héros modernes soumis aux vents contraires de l’époque. « Il faudrait une voix qui écoute, qui comprenne. Pas une voix de stentor dominant une multitude de cris et de sons, mais une voix », supplie David Van Reybrouck, un jeune auteur belge, invité de LIBERATION. Et LIBE de publier comme à chaque Saint-Valentin, un plein cahier de mots d’amour qui contraste avec l’allitération du titre de première page : « Les Dom tonnent ! ». Et si les Dom tonnent, écrit Didier Pourquery, c’est parce qu’on sent le gouvernement coincé face à l’incendie social parti de Guadeloupe qui menace aujourd’hui la Martinique et la Réunion. Gare au feu poussé par des vents contraires, conclut l’éditorialiste de LIBE. L’Elysée voudrait le circonscrire au plus vite avant qu’il ne donne des idées aux syndicats de salariés de la métropole. Le pourra-t-il avant la table-ronde du 18 février ? « La bourse s’effondre ! Les banques s’écroulent ! Les entreprises se cassent la gueule » fait dire Olivier Ranson du PARISIEN à un quidam singulièrement pessimiste. Réplique d’un petit couple de voisins, représentés au coin de dessin : « Est-ce que tout ça, chérie, ne te donne pas envie de sortir un peu ce soir ». Et le PARISIEN d’ailleurs de faire sa manchette sur ce thème consolateur : « Il faudrait oublier un peu la crise. Profiter des vacances. Se détendre au cinéma et fêter la Saint-Valentin ». France SOIR et quelques quotidiens régionaux sont sur la même ligne et envoient leurs lecteurs vers les marchands de fleurs, les bijoutiers, les organisateurs de week-end romantiques, voire les stations de sport d’hiver, enneigées et parait-il, pleines à craquer. LA CROIX déploie un autre catalogue, en nous invitant tous, riches et pauvres, à retrouver le goût de la frugalité, en consommant mieux et autrement. Seulement voilà, comme l’explique très bien Jean-Claude Guillebaud dans le NOUVEL OBSERVATEUR : « Si l’on met bout à bout tout ce qu’on entend au sujet de la crise, à la radio et à la télévision, on obtient un discours assez étrange, frisant la schizophrénie ». On dénonce d’un côté, les pillages, les gaspillages, les blessures infligées à la terre, en nous invitant à nous montrer économes et parcimonieux. Trop d’énergie dépensée, trop d’océans dévastés, trop de lumières brûlées dans la nuit, trop de déchets répandus, trop d’atmosphère empuantie. Et d’un autre côté, on nous tient un discours résolument contraire de gaspillage civique, pour sauver l’économie en danger. Quand on en a les moyens bien sûr. Et Jean-Claude Guillebaud d’appeler ça, la double contrainte, l’injonction paradoxale des experts et des médias. En attendant, le jour où il faudra choisir entre les nécessités écologiques et les mirages consuméristes. Nous n’y sommes pas et le débat reste aujourd’hui encore pour la plupart des médias, centré sur le pouvoir d’achat. Faut-il oui ou non relancer massivement la consommation, demande Pierre-Antoine Delhommais dans le MONDE, après avoir constaté qu’il y a de plus en plus d’experts estimant que les Etats doivent aider les ménages, pour qu’ils se remettent à dépenser ! Et mon confrère du MONDE de citer Martin Wolf, éditorialiste au FINANCIAL TIMES, pour lequel il faut inverser la tendance, provoquer le choc et la stupeur. En baissant la TVA, en réduisant les impôts directs, en augmentant les salaires, voire en distribuant gratos des bons d’achat ! Les ECHOS ne tranchent pas et la TRIBUNE se demande qui dans notre pays, financera les allocations familiales, si d’aventure l’Etat se désengage de la Sécurité Sociale. François d’Orcival dans VALEURS ACTUELLES semble vouloir faire campagne sur ce thème, en soulignant que notre système de protection collective, est bien vieux et qu’il représente aujourd’hui 550 milliards d’euros, le double du budget de l’Etat. Quasiment le montant de la relance Obama ! Vous verrez, conclut d’Orcival, il faudra faire un jour la tentative libérale qu’avait promise Nicolas Sarkozy et que la crise actuelle a interdit. Sinon, nous nous retrouverons comme sous Mitterrand et la monarchie, avec un Etat tout puissant, c’est-à-dire, selon la formule d’Elie Cohen, « un Etat mécène et brancardier ! ». Indignation de l’HUMANITE, qui préfère débattre du protectionnisme, remède possible ou impossible à nos difficultés. Le protectionnisme, c’est une illusion, réplique Claude Imbert dans son éditorial du POINT qu’il conclut en 4 lignes : « Pour aborder un printemps périlleux, il faudrait une entente internationale. Il n’y a pas d’autre contrepoison. Encore faut-il que cet antidote, ne rencontre pas trop tard des peuples déjà entrés en convulsions ». Et revoilà les vents contraires ! Mais où diable nous embarque Nicolas Sarkozy, s’interroge le NOUVEL OBSERVATEUR, lequel à partir d’un sondage exclusif, assure que les Français n’ont plus confiance. Dans son éditorial, Jean Daniel se rebelle un peu plus en s’écriant : « Non, non et non. Il ne faut pas rentrer dans l’OTAN. Aider Obama, oui, mais sans renoncer à notre indépendance ». Maurice Szafran dans MARIANNE déplore une société qui se radicalise, avant de porter la responsabilité de la crise, sur une République sans gouvernement, et un Président bonimenteur, dont les mots tourneraient à vide, dix-huit mois seulement après son élection. Double réplique dans le FIGARO avec Henri Froment-Meurice qui estime que l’Europe et l’OTAN doivent marcher ensemble. Et Charles Jaigu qui explique ce que sera, la très prochaine offensive du Président de la République, en direction de son électorat. « Je reste en première ligne, face au durcissement du PS », avait-il dit, avant d’ajouter : « je suis en train de jouer au quinquennat ». Je ne sais si les difficultés d’Obama évoquées cette semaine par la presse américaine consolent le Chef de l’Etat. Moins 15 points dans les sondages depuis le 20 janvier. Mais j’ai trouvé pour l’un et l’autre un éditorial évoquant de bonne manière les vents contraires. Il est signé Jean Anouilh. C’est la réponse de Créon à Antigone la rebelle. « Mais, bon Dieu ! Essaie de comprendre une minute, toi aussi, petite idiote ! J’ai bien essayé de te comprendre, moi. Il faut pourtant qu’il y en ait qui disent oui. Il faut pourtant qu’il y en ait qui mènent la barque. Cela prend l’eau de toutes parts, c’est plein de crimes, de bêtise, de misère. Et le gouvernail est là qui ballotte. L’équipage ne veut plus rien faire, il ne pense qu’à piller la cale et les officiers sont déjà en train de se construire un petit radeau confortable, rien que pour eux, avec toute la provision d’eau douce pour tirer au moins leurs os de là. Et le mât craque, et le vent siffle, et les voiles vont se déchirer, et toutes ces brutes vont crever toutes ensemble, parce qu’elles ne pensent qu’à leur peau, à leur précieuse peau et à leurs petites affaires. Crois-tu, alors, qu’on a le temps de faire le raffiné, de savoir s’il faut dire « oui ou « non », de se demander s’il ne faudra pas payer trop cher un jour et si on pourra encore être un homme après ? On prend le bout de bois, on redresse devant la montagne d’eau, on gueule un ordre et on tire dans le tas, sur le premier qui s’avance. Dans la vague qui vient de s’abattre sur le pont devant vous ; le vent qui vous gifle, et la chose qui tombe dans le groupe n’a pas de nom. C’était peut-être celui qui t’avait donné du feu en souriant la veille. Il n’a plus de nom. Et toi non plus, tu n’as plus de nom, cramponné à la barre. Il n’y a plus que le bateau qui ait un nom et la tempête. Est-ce que tu le comprends, cela ? ».

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