Une vie, deux vies, trois vies…

« Dis, papa, t'a tiré sur combien de migrants aujourd'hui ? » C'est un policier qui raconte, et cette phrase, il n'en plus de l'entendre le soir, quand il rentre chez lui. Témoignage à lire dans LA VIE , sous la plume de Pascale Tournier, qui décrit les difficultés de celles et ceux qui sont chargés de maintenir la sécurité autour des bidonvilles du nord de la France. Une pression permanente, et des situations chaque jour plus explosives. Altercations et caillassages : depuis cet automne, on compte une centaine de blessés chez les forces de l'ordre. Récit de Michel – plus de quinze ans en poste à Calais. Il a connu Sangatte, puis les squats et désormais la Jungle. Les yeux cernés par les nuits blanches, il se souvient de cet après-midi du 31 janvier, lorsque 200 migrants s'en sont pris violemment aux unités de CRS, leur jetant notamment des pierres à l'aide de frondes fabriquées avec des chaussures d'Emmaüs. « On était pris à la gorge, dit-il, et pour sauver notre peau, on a utilisé notre lanceur de balles de défense et on a tiré 600 grenades lacrymogènes. » Les ONG sur place n'ont pas la même version des événements. Elles évoquent une distribution de vêtements qui a dégénéré, et une riposte policière totalement disproportionnée. N'empêche : en écoutant Michel, et en écoutant ses collègues, on perçoit que leur travail est de plus en plus délicat. Protection des réfugiés, des humanitaires, des chauffeurs routiers, des pompiers de passage et gestions des plaintes des riverains : les onze compagnies en faction à Calais représentent un quart des effectifs nationaux de CRS. « Et ils s'en prennent plein la pipe » , note un délégué syndical, qui estime que Calais est devenu, pour eux, « la pire des missions » : « Calais, c'est la punition » . D'ailleurs, celui qui, quand il rentre chez lui, entend son gosse qui lui lance « T'a tiré sur combien de migrants ? » , ce policier a décidé de demander sa mutation. Il rêve aujourd'hui d'une autre vie.

Et le président de la République, rêve-t-il aussi d'une autre vie ? C'est en tout cas ce croit savoir LE JOURNAL DU DIMANCHE , qui nous apprend que François Hollande pourrait ne pas se représenter à la prochaine présentielle. Un avis partagé par de plus en plus de ses proches, qui estiment qu'il n'agit pas comme un futur candidat. A chaque fois qu'ils se rencontrent, rapidement l'un dit « Il n’ira pas » , et immédiatement un deuxième, soulagé, confie « Ah oui, toi aussi, tu penses ça ? » Pour l'instant, ils ne le disent qu'en off, mais bientôt, si rien ne change, nous explique Cécile Amar, viendra le temps où les socialistes s'exprimeront à visage découvert. « François ne fera jamais perdre son camp » , martèle un des amis du chef de l'Etat, et « il voit bien qu'il n'est pas en état de rassembler la gauche » . « Il donne trop l'impression de se fier à sa bonne étoiles, mais ça ne marche pas deux fois de suite, et là, y aura pas DSK » , accrédite un autre qui le connait depuis longtemps. Puis, il résume, ironique : « la défaite est quasi certaine, mais le candidat pour la porter reste encore inconnu » … La majorité doute, c'est le moins qu'on puisse dire. Doute sur le référendum annoncé en Loire-Atlantique au sujet du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. « Notre-Dame-de-la-discorde » , titre l'hebdo à sa Une, hebdo dans lequel l'ex-ministre délégué aux Transports, Frédéric Cuvilliers, explique qu'il aurait mieux fallu faire un référendum sur la déchéance de nationalité. Il en profite d'ailleurs pour saluer l'action de Fleur Pellerin à la Culture. Virée « injustement » , dit-il. Portrait de sa remplaçante, Audrey Azoulay, toujours dans LE JDD . Portrait très flatteur d'une femme de gauche efficace et joyeuse, qui connaît la culture et baigne depuis son enfance dans l'amour des livres. Pour elle, commence une nouvelle vie.

Dans le même temps, à droite : « Sarkozy snobé par ses rivaux » . C'est à lire dans LE PARISIEN . A neuf mois de la désignation du candidat de la droite pour 2017, le patron des Républicains présente aujourd'hui son texte d'orientation pour le parti, mais sans les autres candidats, qui bouderont le conseil national. Alain Juppé, comme Bruno Le Maire et Jean-François Copé ont prétexté des engagements familiaux. Quant à Nadine Morano, elle ne sera pas là non plus, car elle compte célébrer les 100 ans de la naissance du général Bigeard. Pas facile, pour Sarkozy, la vie d’ancien président…

Et pour les sportifs, c'est quoi la vie d'après ? La vie après les médailles ?__ La vie après les podiums et les exploits sportifs. Lire, dans L'OBS , le papier de Gurvan Le Guellec sur « la seconde vie des champions » . Une seconde vie dans la pub et les médias pour le nageur Alain Bernard, devenu VRP pour une demi-douzaine de marques et consultant sur Eurosports. Seconde vie réussie aussi pour le skieur Edgard Gropiron, devenu consultant pour de nombreuses entreprises, recordman toute catégories des séminaires pour cadres, auxquels il livre ses conseils pour être plus performant. Mais pour d'autres, le retour sur terre est brutal. L'ancien outsider d'Edgard Gropiron par exemple, Olivier Allamand : pour lui, pas de séminaire : il loue des skis dans une station. Quant au copain d'Alain Bernard, Hugues Duboscq, trois fois médaillé de bronze aux JO, il est désormais homme-grenouille dans le port du Havre. Différence de traitement, différence de parcours. Et même pour les légendes, la reconversion n'est pas évidente. Que devient, par exemple, Marie-Jo Pérec ? Elle avait un projet de résidence hôtelière en Guadeloupe, mais elle a dû y renoncer. Et désormais, elle inaugure des stades et court avec Daisy et Pluto pour le semi-marathon de Disneyland. Et sinon ? « Je vis à fond ma vie de maman » , confie-t-elle sans se plaindre. Que devient Ladji Doucouré, champion du monde 2005 du 110 mètres haies ? Il a démissionné du boulot qu'il avait à la mairie de Sarcelles. « Toute la journée , dit-il, je remplissais des tableaux Exel au service comptabilité. Ça manquait franchement de respect. » Pour lui, seconde vie compliquée, comme pour cette ancienne championne du monde de judo, qui n'arrive même pas à payer ses factures d'électricité. « Pour beaucoup, la retraite sportive tient du traumatisme » , commente un universitaire qui s'est penché sur le sujet. « La plupart des athlètes sont sous-diplômés, et leur entrée sur le marché de l'emploi coïncide avec une totale remise en question de leur identité. » Il arrive cependant que certains trouvent leur voie au hasard des rencontres. Ainsi, le gymnaste Benoît Caranobe, tout premier médaillé olympique français dans la discipline, lequel a longtemps espéré que sa fédération le sollicite pour transmettre son savoir. Mais on ne l'a jamais appelé. Dorénavant, il est danseur. Danseur de cancan. Costume bleu pervenche et gilet à paillettes, il est soliste remplaçant sur la scène du Moulin-Rouge.

Les journaux reviennent également sur la victoire du XV de France, hier face à l'Irlande, dans le tournoi des Six Nations. Victoire à l'arrachée ou victoire « sur le fil » , ainsi que le titre LE COURRIER DE L'OUEST : 10 à 9, mais pour LA DEPÊCHE DU DIMANCHE , ce succès signe bien le retour des Bleus : « La fierté retrouvée » , lance à sa Une le quotidien, pointant la réussite du nouveau sélectionneur Guy Novès. A ce sujet, si vous voulez en savoir plus sur le monsieur, récit de son parcours haut en couleur à lire ce mois-ci dans TAMPON , l'excellent hors-série du magazine SO FOOT – portrait d'un homme qui a passé sa vie à galoper, et qui n'a jamais hésité à castagner, pas toujours au sens figuré. Et puis, même si la presse ne s'en fait pas l'écho, on soulignera par ailleurs l'autre victoire d'hier dans le tournoi des Six Nations : celle du XV de France féminin, là également contre l'Irlande : 18 à 6 et il s'agit, cette fois, d'une large victoire.

Il est « l'homme aux mille vies » , titre LE PARISIEN ... Portrait de Kad Merad, ex-rugbyman et ex-batteur, et ex-animateur radio. Acteur reconnu sur le tard, il tient aujourd'hui le premier rôle de la série politique "Baron Noir" sur Canal+.

Elle, on la verra très bientôt dans Sky , nouveau film de Fabienne Berthaud, et pour assurer la promo, elle s'affiche en petite culotte dans les colonnes de GQ. Elle, c'est l'actrice Diane Kruger, qui met à mal, pour notre bien, son image de beauté glaciale. « Froide, moi ? Jamais ! » dit-elle. C'est, de toute évidence, le papier le plus instructif de ce magazine. Et les photos sont comme une invitation à l'amour…

L'amour qui fait aussi là Une, en ce jour de Saint-Valentin. L'amour sous toutes les coutures. « L'amour après 70 ans » : c'est à lire dans NORD ECLAIR . « Trouver l'amour sur internet » : c'est à lire dans L'ARDENNAIS . Mais l'angle le plus audacieux se trouve dans les pages de L'ECLAIR qui, sur la base du dernier recensement de l'INSEE, propose une cartographie des célibataires du Béarn. Très pratique pour ceux qui recherchent l'âme sœur.

Et puis, pour finir, deux histoires de jumelles dans les journaux. Tout d'abord l'histoire de Paulette et Simone, qui viennent de fêter leur 104 ans – soit 208 ans à elles deux. Elles vivent dans une maison de retraite du Loir-et-Cher et deux quotidiens relatent leur histoire ce matin : L'EST ECLAIR et LIBERATION CHAMPAGNE . Cheveux longs, queues de cheval, fines lunettes dorées sur le nez. Paulette fut coiffeuse, Simone couturière, et elles sont vraisemblablement les jumelles les plus vieilles de France ! Le secret de leur longévité ? « Une vie simple » , disent-elle. Pas d'excès, pas d'alcool et énormément de vélo.

Enfin, l'autre histoire est à lire dans MARIE CLAIRE , sous la plume de Catherine Durand. Récit bouleversant de l'amitié qui lie l'ancienne ministre Simone Veil, et la cinéaste au caractère flamboyant Marceline Loridan-Ivens. Une centriste et une femme de gauche qui se sont rencontrées, en avril 44, dans le convoi 71 qui les conduisait l'une et l'autre en déportation à Auschwitz. Elles avaient 15 et 16 ans, elles étaient deux ados rebelles et la cinéaste qui raconte dans le mensuel son affection pour Simone Veil, sa « jumelle contradictoire » . Elle raconte le camp, et leur combat pour survivre. « On avait faim ensemble, on avait soif ensemble, mais on chantait ensemble. » Et elles en sont revenues, puis, malgré leurs nombreux désaccords politiques, elles ne se sont jamais quittées. Mais aujourd'hui, dit-elle, la mémoire de Simone s'efface. « Quand je vais la voir, elle me prend dans ses bras, elle a besoin de beaucoup de tendresse. » L'amitié, parfois, semble plus forte que l'amour. Et ces deux femmes, assurément, auront eu de multiples vies.

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