Peut-on rire de tout ? La question est vieille comme le monde et elle suscite parfois des débats houleux.

« Oui, on doit rire de tout », avancent fièrement certains. « Mais pas avec n’importe qui », précisent d’autres en pensant paraphraser Desproges. A l’inverse, il en est qui pensent que « Non, on ne peut pas, absolument pas rire tout ». On ne peut pas rire de la mort, on ne peut pas rire du terrorisme, on ne peut pas rire non plus de la religion. Et rire des terroristes qui sèment la mort au nom, prétendument, de la religion : grand Dieu, c’est un blasphème !

Eh bien, c’est précisément le débat qui agite actuellement le royaume britannique, ainsi que le raconte Sonia Delesalle-Stolper dans LIBERATION ce matin. Au centre du débat : une parodie télévisée qui met en scène des épouses de djihadistes du groupe Etat Islamique. Un sketch de trois minutes, diffusé la semaine dernière dans l’émission Revolting et qui a provoqué des centaines de milliers de réactions outragées.

Voilà ce que montrait la séquence : des femmes qui s’ennuient. Leurs journées s’écoulent lentement à attendre le retour de leur héros, sans beaucoup de distraction. Heureusement qu’il y a les copines, pour partager les commérages, pour partager les essayages des dernières tenues à la mode et puis pour poster des photos sur le réseau Instagram. Zaynab porte très bien la veste à explosifs. « C’est Ahmed qui m’a fait la surprise hier », raconte-t-elle, avant d’expliquer qu’elle a été veuve cinq fois. « En fait, non : désormais six fois », rectifie-t-elle alors que la pièce où elle se trouve est secouée par un bombardement tout proche. Dans la suite du sketch, les femmes de Daech s’inquiètent de ce qu’elles mettront pour la prochaine décapitation prévue. Et, ensuite, elles comparent la longueur de leurs chaînes. « La mienne fait 3 mètres, je peux presque sortir de la maison », se réjouit l’une d’elle sérieusement. Puis on la voit tirer très violemment sur son attache et arracher du mur la cuisinière à laquelle elle était reliée.

Peut-on rire des Daechperate Housewives ?

Eh bien non, apparemment non, si l’on en juge par la polémique provoquée. « Mais si, bien sûr », ont cependant rétorqué les deux créateurs de l’émission. Sur Twitter, ils ont même reçu des messages de soutien – celui, notamment, de l’acteur britannique Ali Shahalom, originaire du Bangladesh et accessoirement musulman, qui a jugé « le sketch très drôle et pas le moins du monde offensant ». Après tout, a-t-il ajouté : « la finalité ultime d’une satire, c’est d’exposer la stupidité ». Montrer la bêtise, se moquer des idiots : c’est le principe de cette émission.

Mais à la lecture des journaux, on peut cependant faire ce constat : il y tout de même certains sujets qui ne donnent pas envie de rigoler

Par exemple la Une de LA CROIX ce matin : « Haïti veut rester debout ». Il y a sept ans, le 12 janvier 2010, un terrible séisme faisait 230.000 morts, 300.000 blessés, un million et demi de sans-abris. Il y a trois mois, le 4 octobre 2016, un ouragan détruisait tout le sud-ouest de l'île, laissant derrière lui plus d'un millier de morts et, dans le dénuement total, environ un million 300.000 habitants. Entre deux catastrophes naturelles, les Haïtiens n'ont guère le temps de souffler. Dès lors, « comment se relève-t-on d'une telle accumulation de malheurs ? », s'interroge le journal. Compliqué, impossible… Parfois, on ne s'en relève pas.

Autre pays, plus grand pays à la Une de LIBÉRATION : un dossier de cinq pages sur « la grande percée » iranienne.

Désormais incontournable en Irak comme en Syrie, la République islamique ne cache plus son ambition de devenir l'acteur clé de la région : un acteur à la fois militaire et politique. Mais si l'Iran progresse sur la scène internationale, fort de ses relations apaisées avec les Occidentaux, la situation ne s'améliore pas du tout pour les droits de l'Homme. C’est même de pire en pire : augmentation du nombre des exécutions en Iran, climat de plus en plus tendu pour les partis d'opposition en Iran. Et chaque jour, en Iran, les droits des femmes sont bafoué.

Rien non plus de marrant dans ce que décrit Olivier Bertrand, grand reporter du site LES JOURS. Olivier Bertrand, qui fut arrêté, puis expulsé de Turquie cet hiver, et qui nous raconte la violence de la police turque. Le pouvoir a fait sauter tous les verrous qui protégeaient les prisonniers et, depuis quelques mois, c’est le retour de la torture, en toute légalité. Torturer ne tient plus de la bavure.

Le récit d’une bavure est à lire, justement, sur le site de JEUNE AFRIQUE. « La responsabilité de l’armée française dans la mort d’un enfant au Mali se confirme » : c’est le titre du papier de Rémi Carayol, qui nous décrit, par le menu, ce qui s’est semble-t-il passé.

Le 30 novembre, dans les environs de Tigabatene, à l’extrême-nord du pays, Issoug Ag Mohamed avait été chargé par ses parents de rassembler les ânes pour aller chercher de l’eau. Le même jour, des nomades, dont des proches du garçon, voient deux hélicoptères de l’armée française – des hélicoptères de l’opération Barkhane – passer au-dessus de leur campement, avant d’entendre des tirs au loin. Puis le calme revient. Mais quelques heures plus tard, un hélicoptère français les survole à nouveau. Ils le voient se poser sur les lieux du raid mené dans la matinée, et ils observent des soldats en descendre et s’affairer quelques minutes durant, sans voir précisément ce qu’ils font, avant de repartir. Le lendemain, informés de la disparition de l’enfant de 10 ans, les habitants de la zone se rendent sur place. Ils y découvrent des fragments d’os et de chair, de nombreux impacts de balles et une tombe dans laquelle un corps, celui d’Issouf, a été enterré à la va-vite. Une vidéo a été tournée par un parent de la victime deux jours après le drame. Elle montre la tombe, des traces de pas, des trous plus ou moins gros, certainement creusés par l’impact des balles. L’homme qui filme commente : « Un enfant de 10 ans est mort. Il a été tué par un hélicoptère de Barkhane. Peut-on nous expliquer ce qui justifie ce meurtre dans la loi ? Barkhane a tué l’enfant et on nous a caché son acte. »

Ce papier de JEUNE AFRIQUE a été mis en ligne hier. Il précisait que le ministère français de la Défense était, sur cette affaire malienne, muré pour l’heure dans le silence. Mais, dans la journée, l’armée française a reconnu avoir tué, le 30 novembre au Mali, je cite : « un guetteur qui s’est avéré être un mineur ». Pour le ministère, Issouf était donc d’un « guetteur », un « mineur » agissant pour le compte d’un groupe armé terroriste. Et pourtant, d’après sa famille, il était juste un gardien d’âne. Un garçon de dix ans. Dès lors, s’agit-il d’une bavure ? Une enquête est en cours.

Cela dit, cette histoire pourrait ne pas arranger l’image de l’Hexagone chez les jeunes Maliens

Lire, à ce propos, l’intéressante enquête publiée dans LA TRIBUNE : enquête sur cette France qui perd de plus en plus la cote chez les Africains. Et surtout, donc, chez les plus jeunes : un sentiment anti-français qui prend de plus en plus d’ampleur… « Le sommet Afrique-France de Bamako ce week-end va-t-il inverser la tendance ? », s’interroge l’hebdomadaire. Hier, François Hollande est arrivé sur place. Et avant le sommet, il est allé féliciter les 1.600 militaires français actuellement au Mali – les membres de l’opération évoquée plus haut, l’opération Barkhane.

Dans la presse régionale, c'est la météo qui fait la Une

« La région secouée par les intempéries », titre ainsi PARIS NORMANDIE. Des vents très violents, de très sérieux dégâts. Et même une victime : « Une mère de famille tuée par un cyprès », précise MIDI LIBRE, tandis que L'ARDENNAIS évoque « un ciel qui s'acharne ».

Tous les journaux reviennent sur la première sortie dans l'espace de Thomas Pesquet hier.

Durant près de six heures, l'astronaute français a réalisé des travaux de modernisation du système électrique de l'avant-poste orbital. « Pesquet, le marcheur de l'espace », titre L'INDEPENDANT. « Pesquet, le dépanneur virtuose », titre LA NOUVELLE REPUBLIQUE.

Enfin, c’est la politique française qui fait la Une du FIGARO

« Après les critiques, François Fillon veut rassembler la droite ». Les membres du parti Les Républicains se retrouvent ce samedi pour leur conseil national, au cours duquel François Fillon sera officiellement investi candidat pour la prochaine présidentielle. Après les attaques du FN, les attaques de la gauche, mais aussi les critiques de certains de son propre camp, qui le pressent de rendre son projet moins "radical" et plus "social", l'ancien Premier ministre va tenter de mobiliser les troupes. Du reste, on retrouve sa trombine également dans GALA : « Exclusif : François Fillon : les images d’une jeunesse révoltée ! » Une jeunesse révoltée, des images exclusives. J’avoue que j’ai tout de suite ouvert, oui, je suis allé regarder. Et là, j’ai donc vu les images de sa jeunesse révoltée. On le voir le jour de son mariage et il a un verre dans la main. C’est vraisemblablement de l’alcool ! Quelle jeunesse ! Quelle révolte ! Oui, sans doute, on peut rire de tout.

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