Ce matin, on part à la conquête de la Lune..

"Une anomalie plantée au milieu d'un paysage normal, un mythe rien que par le décor. La première partie du Ventoux s'apparente à un col ordinaire, assez difficile, ensuite quand tu arrives au chalet Reynard, tu entres dans ce paysage lunaire."

Les mots sont de l'ex-cycliste Jean-François Bernard dans le Parisien Aujourd'hui en France.

la Grande Boucle s'attaque ce dimanche à une légende, le Mont Ventoux, presque 21 kilomètres de souffrance, d'enfer. "Piège en altitude", titre l'Equipe. Le Mont Ventoux et ses 1912 m, les coureurs du Tour ne l'ont gravi que 14 fois depuis 1951, rappelle La Provence, ce qui souligne le caractère mystique et terrifiant de cette montagne, affublée de surnoms à travers les âges qui ajoutent à la dramaturgie : le "Mont Chauve", "Golgotha" ou encore "la Montagne des maléfices".

Sur ces pentes, poursuit La Provence, "le cycliste se retrouve tout seul, face à ses limites". Les plus grands y ont fait des étincelles : Poulidor en 65, Merckx en 70, Jean-François Bernard en 87, mais on ne compte plus également les tragédies qui s'y sont jouées.

Jean Malléjac qui s'écroule subitement à 10 kilomètres du sommet, c'était en 1955, et le même jour, le Suisse Ferdi Kübler qui pose le pied à terre, dégoûté, rincé, il décide d'abandonner le vélo. Maudit Ventoux ! Même le grand Merckx y a fait un malaise...

Autant d'histoires qui ont inspiré cette phrase au journaliste et romancier Antoine Blondin : "Nous avons vu des coureurs raisonnables confiner à la folie, certains redescendre les lacets, alors qu'ils croyaient les monter."

L'Australien Cadel Evans confirme dans la Voix du Nord : "Les 6 derniers kilomètres, c'est là que la torture commence",

là où, ajoute le JDD, "les gouttes de sueur s'évaporent avant même de toucher le sol lunaire."

Bref, on comprend Richard Virenque : "Quand on passe là-haut, qu'on gagne ou pas, on a le sentiment d'avoir accompli quelque chose", raconte-t-il dans le Huffington Post. "Le mont Ventoux, ce sont les Champs Elysées des grimpeurs." Richard Virenque, dernier français à s'être imposé au sommet en 2002 ; des airs de rédemption, c'était un an après la fin de sa suspension pour dopage. Dramaturgie là encore ! De quoi attirer de nombreux spectateurs ; ils seront plusieurs centaines de milliers à encourager les "forçats de la route". Dispositif de sécurité impressionnant, détaillé toujours par le Huffington Post : 419 gendarmes et 283 pompiers mobilisés.

Autre paysage lunaire, on prend la direction de la Jordanie.

Nous sommes à quelques kilomètres de la Syrie. Désert jordanien. Au milieu, un camp d'entraînement militaire de 2.500 hectares. Il accueille des soldats d'élite du monde entier. Ici, on les forme à l'antiterrorisme, avec en point d'orgue, des J"eux Olympiques militaires" où s'affrontent 18 pays. Reportage à lire cette semaine dans "M", le magazine du Monde. Louise Couvelaire a assisté à cette "Warrior Competition" qui a eu lieu en mars dernier pendant 5 jours, et où les épreuves s'intitulaient "prise d'otages" ou encore "détournement d'avions". La règle pour les participants ? Eliminer en un temps record les terroristes, signalés par des ballons rouges, sans blesser de passagers, signalés par des ballons blancs.

Ici, on joue à la guerre, explique la journaliste... 300 soldats parmi les meilleurs, des Français, des Danois, des Chinois, des Malaisiens. Ce camp hors norme, financé par les Etats-Unis, c'est "l'Euro Disney des forces spéciales", résume un membre de l'armée de l'air française, qui ajoute : "Avant l'Afghanistan, nous aurions rêvé de venir nous entraîner ici".

A chaque pays, à chaque armée, ses enjeux. Pour la France par exemple, cette compétition, "c'est une occasion unique de former un esprit de corps des forces spéciales", assure un responsable.

Enjeu tout autre pour les Libanais ou pour les Irakiens : montrer ce qu'ils savent faire, "montrer à tous qu'ils ont la force de se battre seuls".

Alors pas question de plaisanter, la pression est énorme pour ces "JO militaires", les rivalités souvent exacerbées.

Ainsi personne ne parle aux Chinois, explique la journaliste, et les Chinois ne parlent à personne. Ils sont là pour gagner, et on murmure que s'ils échouent, leurs salaires sont confisqués pendant 6 mois ! Cette année, ils sont repartis deuxième, derrière les Etats-Unis...

Plus proche de nous, le traditionnel défilé militaire du 14 juillet sur les Champs-Elysées.

Avec une armée... au pain sec !

"Faire mieux avec moins", résume les Dernières nouvelles d'Alsace, "L'armée a des bleus à l'âme" , renchérit Sud Ouest.

Sur les Champs Elysées, cette année, il y aura un tiers de véhicules motorisés et 10 % d'aéronefs en moins.

Normal, il s'agit de faire "10 % d'économies par rapport à l'an passé" , explique le chef d'Etat-major des armées, l'amiral Guillaud, dans le Parisien.

Parole de soldats dépités dans Libé : "Cela fait trente ans que je suis militaire et je n'ai jamais connu un climat aussi délétère", confie un haut gradé.

Entre 2008 et 2014, 54.000 emplois auront été supprimés et ce n'est sans doute pas fini... "D'ici à 2018, les capacités de l'armée auront été réduites de moitié", estime le général Vincent Desportes, professeur à HEC, interview à lire dans le Journal du dimanche."Il est facile, selon lui, de couper des budgets car c'est un corps social qui ne peut pas manifester".

En attendant, "notre défense se dégrade" , regrette Vincent Desportes

L'armée déprimée mais l'armée... plébiscitée ! Sondage Ifop, toujours dans le JDD. Oui, les Français font confiance aux millitiares, à 91 %, bien plus qu'à la police ou à la justice. Et ils sont 67 % à penser qu'il ne faut pas baisser leur budget...

"Les militaires, ces héros !" , titre ainsi La Provence en forme d'encouragement. De quoi mettre un peu de baume au coeur à ces soldats qui ont "des bleus à l'arme".

Question d'ailleurs : sommes-nous trop pessimistes, nous les Français ? Eh bien oui ! Et c'est le New York Times qui le dit. L'un de ses éditorialistes s'est penché sur la question, son article est à retrouver sur le site internet de Courrier International.

Il n'y a pas de malaise français, c'est dans la tête, s'insurge Roger Cohen, qui tente de démonter le discours général sur la morosité de l'Hexagone.

Certes, écrit-il, "la France connaît un fort taux de chômage dans une zone euro déprimée. (...) Certes elle est, ces temps-ci, plus une vassale qu'une partenaire de l'Allemagne. (...) N'empêche, la morosité n'est qu'un petit travers dans un pays où la médecine est superbe, où l'éducation fonctionne, dont l'armée fait bien son boulot au Mali, où les familles sont solides..."

Mais c'est comme ça, conclut Roger Cohen, la morosité est incurable, les Français y tiennent trop pour s'en défaire.

Selon lui,"le malaise est à la France ce que le dynamisme est à l'Amérique : un emblème arboré avec fierté !"

© Gabriel Pereira

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