Bonjour à tous, et vivement demain, après ce début de week-end à rayer du calendrier. Je ne sais ce qu’il en fut pour vous à titre privé, mais pour la France et pour l’Elysée ce vendredi 13 de crotte est à oublier. « Les bleus KO et battus quatre à un hier soir par les Néerlandais. Il ne reste plus qu’à prier », titre ce matin l’EQUIPE. Tandis que France SOIR parle d’humiliation, le DAUPHINE LIBERE de déroute, le REPUBLICAIN LORRAIN de râclée et que la PROVENCE ose même titrer sur 5 colonnes à la une : « Pauvre France ». Et s’il n’y avait que ça. Mais il y a aussi ce que Philippe Waucampt, mon confrère messin, appelle l’Euro-baffe du peuple irlandais administrée à 490 millions d’Européens. Et pourtant soupire Hervé Cannet dans la NOUVELLE REPUBLIQUE DU CENTRE, un vendredi 13 aurait du porter chance au traité de Lisbonne. D’autant que le trèfle porte- bonheur est l’emblème de la verte Erin. Et bien non, le mini-traité tant vanté par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel n’a pas résisté au référendum irlandais, puisque le Non l’a emporté à 53 %. Est-ce que c’est grave docteur, demande le PARISIEN ? « C’est grave répond OUEST FRANCE, le Non irlandais plombe le traité européen. « Il met l’Europe dans l’impasse », titre de son côté le JOURNAL DU CENTRE. Et tandis que le journal l’ALSACE, le FIGARO et NORD ECLAIR s’inquiètent de ce qu’ils appellent une nouvelle crise de l’Europe, LIBERATION titre façon sport : « Irlande un, Europe zéro ». Et l’HUMANITE applaudit sur un merci au peuple irlandais. Explication du quotidien communiste, farouche partisan du Non au traité de Lisbonne jugé libéral. Elle est signée Claude Cabanes. «L’Europe a décidément un problème avec le peuple, ou plutôt avec les peuples. Regardez-vous, dit-il aux commissaires européens qu’il juge sans visage, sans voix, aveugles et sourds. Vous êtes responsables du grand chambardement européen que viennent de provoquer les Irlandais. Le vote populaire secoue les institutions, vous obligeant à une révision déchirante de tous vos projets. Voilà ce que c’est de s’exprimer par de brefs communiqués de style militaire, inspirés par le catéchisme le moins social et le plus libéral". Pierre Rousselin dans le FIGARO n’est pas tendre lui non plus pour les dirigeants européens. « Ils n’ont guère appris, écrit-il, la leçon pourtant de la crise a été ouverte, il y a trois ans par les référendums en France et aux Pays-Bas ». Texte constitutionnel ou traité réformateur, le résultat est le même, selon mon confrère. Alors que les Irlandais sont pro-européens, il s’est trouvé hier une majorité pour rejeter une réforme jugée nécessaire par l’ensemble des dirigeants des 27. Et pourquoi ça, insiste l’éditorialiste du FIGARO aujourd’hui. Elémentaire mon cher Watson. Parce qu’en Irlande comme en France, comme aux Pays-Bas et sans doute ailleurs, il suffit de présenter un texte aux élections pour que l’addition des mécontents dépasse le nombre des gens assez motivés pour aller voter en faveur d’un traité déjà approuvé par leurs représentants élus. Et l’éditorialiste du FIGARO de conclure. « Ne baissons pas les bras, l’Europe s’en sortira, si elle dédramatise le Non irlandais et garde le cap sur les priorités de la politique européenne. Beau défi d’ailleurs pour la Présidence française ». Didier Pourquery dans LIBERATION renchérit en évoquant celles qu’il appelle « les pleureuses ». « A chaque crise que traverse l’Europe, écrit-il, c’est toujours la même comédie. Les pleureuses, effondrées, tristes qui vous annoncent l’apocalypse et l’Europe au bord du gouffre. Celles-là par leurs larmes et leurs cris d’effroi, veulent peut-être forcer la solution. Et en face vous avez le camp des brutaux qui considèrent que l’Europe toute couturée de cicatrices, mais si souvent raccommodée peut avancer, vaille que vaille. L’ennui, ajoute Pourquery, c’est que cette union-là qui avançait jusqu’ici par des finesses diplomatiques ou par des coups de menton volontariste est devenue obèse. A 27, il faut trouver autre chose, peut-être plus de démocratie et de pédagogie. Bref, il va falloir changer de stratégie et de pédagogie. Ce sera le boulot de la présidence française, face à des Européens qui sentent la crise monter, qui se méfient des conférences au sommet et veulent qu’on les écoute désormais. A la France, conclut l’éditorialiste de LIBERATION, à la France si souvent moteur de la construction européenne par le passé de jouer. Sans pleurnicher, ni brutaliser. Je retiens le conseil de Didier Pourquery et pour adoucir ce samedi le réveil de Nicolas Sarkozy, j’accablerai les Irlandais d’un aphorisme inspiré de Woody Allen : « La réponse est Non… mais quelle était la question, ». Et puis d’une chanson douce, modératrice, au climat aussi apaisant que le bocage normand : « Un oranger sur le sol irlandais On ne le verra jamais Un jour de neige embaumé de lilas Jamais on ne le verra. Qu’est-ce que ça peut faire ? Qu’est-ce que ça peut faire ? Tu dors auprès de moi Près de la rivière, Ou notre chaumière Bat comme un cœur plein de joie ». Et qu’on ne médise pas pourtant comme le suggère le POINT, que Nicolas Sarkozy contrôle les médias. C’est librement et sans injonction de l’Elysée que j’ai mis aujourd’hui un peu de la tendresse de Bourvil, dans la brutalité de l’actualité européenne. D’ailleurs, je ne suis pas seul. Le PARISIEN consacre deux pleines pages ce matin à l’album de Carla Bruni-Sarkozy. On a aimé son nouveau disque, écrit mon confrère Sébastien Catroux, qui a écouté le CD avant sa sortie, le 21 juillet. Vous allez voir, ajoute-t-il, ça va faire du bruit, car on n’a pas fini de parler d’un album de chansons d’amour passionnées. 14 chansons en effet, 42 minutes et des écoutes pré-promotionnelles groupées, déjà organisées par Dominique Blanc-Francard. Face à ce bonheur annoncé pour le mois de juillet, les malheurs de PPDA et les dégâts provoqués dans le microcosme par l’icône de TF1, en colère, comme le soulignait en très gros, sur une très grande et très belle photo de Poivre d’Arvor hier matin dans le FIGARO. Je ne sais si vous avez vu hier soir, Poivre sur France Télévision, dans l’émission de Guillaume Durand et Alain Genestar, l’exclu de Paris match, au Grand Journal de Denisot sur Canal Plus. Ca flinguait dur, et en présence dites donc, de Jean-Louis Debré, le Président du Conseil Constitutionnel qui rigolait, qui rigolait à chaque fois qu’on parlait de contrôle de médias. Il faut dire qu’évidemment on évoquait sur Canal Plus en particulier, la main mise du pouvoir sur les médias français ! Chacun sait que c’est tout nouveau et ça vient de sortir. Trois lectures à vous proposer sur ce sujet pour enrichir votre week-end. Bruno Frappat dans la CROIX, François Caviglioli dans le NOUVEL OBSERVATEUR et Guy Bedos dans la revue trimestrielle MEDIAS. Bruno Frappat commence comme ça : « Patrick Poivre d’Arvor est-il trop vieux. Il répond non. Disons qu’il paie. La figure principale de la chaîne TF1 paie pour les tremblements et l’effroi que cette chaine-là éprouve face à son avenir. PPDA a illustré l’âge d’or de TF1. Mais aujourd’hui le colosse médiatique à fort à faire, il a mangé son pain blanc. Il vacille sur ses bases. Il est concurrencé par la TNT, le Web et tout ce qu’on voudra. Et Bruno Frappat conclut. «Chacun aura dans quelques jours sa petite chaîne, bien à soi. On pourra regarder des vieux JT avec Patrick Poivre d’Arvor aux manettes et puis même se dire, quand même il connaissait bien son métier le bougre. Comment s’appelait déjà les gens qui l’on viré ». Il y a François Caviglioli dans le NOUVEL OBSERVATEUR, c’est plus joli. Lui il appelle ça «nos années PPDA ». Il dit : « Patrick Poivre d’Arvor c’était notre jeune homme. C’était notre jeune homme lorsqu’il est apparu à la télé en 76. Et il conclut ainsi. Les Français lui ont toujours tout passé, ils ne l’ont pas vu vieillir. Il sera resté jusqu’au bout leur petit dernier . S’ils découvrent aujourd’hui ses bajoues et ses rides, c’est qu’ils ont changé. Ils se lèvent désormais très tôt les Français pour aller à Rungis. Ils n’ont plus de temps à perdre. Ils ne veulent plus de fils, mais ils veulent des filles. Elles sont plus raisonnables, elles ne font pas de grosses bêtises ». Et Guy Bedos, c’est dans MEDIAS. Trois pensées de Guy sur notre petit monde. D’abord celle-ci. « Homme politique face à la presse. Ce n’est pas en crachant dans les miroirs que l’on guerit de l’eczéma ». Et puis ça : « Il y a des journalistes qui ont appris leur métier à l’école hôtelière. Ils posent des questions comme on passe les plats ». Je terminerai sur celle-là qui est peut-être la plus belle. « Je croirai vraiment, dit Guy Bedos, à la liberté de la presse, quand un journaliste pourra écrire vraiment ce qu’il pense vraiment de son journal, dans son journal ».

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