Une « bourde »…

Il aurait pu parler d'une ânerie, d'une bêtise, d'une bévue, d'une boulette, ou d'une faute... Il aurait pu parler d'une gaffe, d'une imbécilité, d'un impair ou d'une maladresse... Mais non, Manuel Valls a choisi d'utiliser le mot "bourde". Son aller-retour Poitiers-Berlin, afin de soutenir son équipe de cœur, le FC Barcelone : pour lui, c'était donc une "bourde". Il emploie le mot deux fois dans l'interview qu'il a donnée au JOURNAL DU DIMANCHE... "J'ai pu donner l'impression aux Français que je ne me consacrais pas entièrement à eux. Je le regrette. Ce fut une erreur, une bourde..." Et plus loin, en tentant malgré tout de justifier la présence de deux de ses enfants dans un avion de la République : "Comme tous les pères, surtout ceux qui sont souvent absents, j'aime passer du temps avec mes fils. Mais je suis Premier ministre, je dois être irréprochable. Je comprends que les Français qui n'arrivent pas à boucler leurs fins de mois puissent avoir été choqués par cette désinvolture. Il y a eu une bourde. Je ne dois pas en commettre une deuxième."

Manuel Valls fait ainsi amende honorable, et c'est la première fois, note Cécile Amar, à qui il s'est confié. Mais il y avait urgence : vendredi, un sondage révélait que pour deux Français sur trois, ce voyage à Berlin était une chose "grave". Et 7 sur 10 affirmaient que l'image du chef du gouvernement s'était détériorée...

Cependant, le plus grave, de l'avis du philosophe Marcel Gauchet, c'est que Manuel Valls ait pu penser que cet aller-retour allait passer inaperçu. "C'était, dit-il, prendre les gens pour des imbéciles. Surtout venant d'un homme qui prétend incarner des valeurs morales. Il y a, poursuit-il, une vieille règle en politique : quand on joue la vertu, il faut être vertueux."

Mea culpa, donc, ce matin, dans les colonnes du JDD... Avec, d'ailleurs, un autre sondage, très différent du précédant... Diriez-vous que son déplacement polémique va gêner son action dans le gouvernement ? Près de 60% des sondés répondent non. Et ils sont davantage encore à penser que Manuel Valls doit continuer à jouer un rôle important à l'avenir. D'où ce titre à la Une : "Bourde avouée et déjà pardonnée..."

Du reste, même François Hollande semble avoir pardonné. Il le dit, ce matin, dans SUD-OUEST. Pour lui, "la polémique est close", Valls a toute sa confiance et "c'est un bon Premier ministre". Une interview dans laquelle le Président de la République dit aussi son opposition à une réorientation du pacte de responsabilité vers l'investissement. "Ce pacte, dit-il, doit être respecté. C'est la parole de l'Etat qui est en cause. Et puis il fait cette annonce - une confirmation : "le prélèvement à la source de l'impôt sur le revenu sera engagé dès 2016, pour être pleinement appliqué en 2018"... Interview dans SUD-OUEST, car aujourd'hui François Hollande inaugure à Bordeaux le salon Vinexpo...

Hier, il était aux 24 heures du Mans... Il s'est fait copieusement sifflé. Cette fois, et c'est une première depuis la création du salon, il ira donc, en pleine controverse sur la loi Evin, à la rencontre des viticulteurs... Et LE PARISIEN en profite pour nous raconter la petite histoire du vin à l'Elysée. Un titre en forme de question : "Un vin de verre de vin, monsieur le président ?" C'est Eric Hacquemand qui signe le papier... Récit des relations de nos chefs de l'Etat avec les bonnes bouteilles... Pas de quoi être très fier, car aucun locataire de l'Elysée ne s'est révélé grand connaisseur. Mitterrand buvait peu. Sarkozy ne buvait pas. Quant à Hollande, lui, il aime tout, explique la sommelière du palais présidentiel. Le rouge, le blanc, le rosé... Comme s'il cherchait le consensus jusque dans son verre. Enfin, du temps de la présidence Chirac, qui lui, aimait surtout la bière, c'est Bernadette qui s'occupait de commander les bouteilles. Et les soirs de dîner d'Etat, le sommelier de l'Elysée faisait des fiches à son mari, détaillant les grands crus servis, et ce, afin qu'avec ses hôtes, Jacques Chirac évite de commettre des bourdes.

Toujours au rayon politique, le JDD nous apprend que Manuel Valls devrait de nouveau faire usage du 49/3 pour faire passer la loi Macron et qu'il pourrait annoncer, au début de la semaine, des augmentations pour les fonctionnaires... Vous lirez aussi que Nicolas Sarkozy veut relancer le débat autour du "droit du sol"... Dans le Monde, vous lirez que Cécile Duflot se prépare activement pour 2017... Sur le site du POINT, vous lirez que François Hollande a dépassé le million de followers sur Twitter ... On a les records qu'on peut... Et dans LE PARISIEN, vous lirez que Jean-Pierre Chevènement vient de claquer la porte du MRC, son parti... Mais il y a plus grave encore, et c'est le titre à la Une : la défiance des Français vis-à-vis des partis...

"Partis politiques, réveillez-vous !", lance ainsi le quotidien... Avec, là encore, un sondage. Sondage accablant, qui montre une vraie détestation des partis politiques... Ils ne sont jugés ni honnête, ni proche des gens, ni apte à proposer des solutions... C'est d'ailleurs également le sujet qui fait la Une de MARIANNE... Squelette de dinosaure sur fond jaune à la Une de l'hebdomadaire : référence cinématographique, c'est « Politic Park » ou pourquoi les partis sont maintenant dépassés. Le congrès de l'ex-UMP comme celui du PS en ont fait la démonstration. On y a vu plus de querelles de personnes que de débats d'idées. Des fonctionnements archaïques qui sonnent la défaite de la pensée et mettent la vie démocratique en danger.

Mais la politique, est-ce que c'était mieux avant ? « Oui, c'était mieux avant ! » , affirme Guy Konopnicki dans les colonnes de MARIANNE. C'était mieux, dit-il, parce que« les discours n'étaient pas ponctués de petites phrases » uniquement destinées à faire les titres des journaux. C'était mieux parce que « les rassemblements n'étaient pas mis en scène pour les caméras de la télévision » . C'était mieux, en somme, parce que la politique ne se résumait pas à un show médiatique. C'était mieux parce qu'on débattait, parce qu'on luttait pour des idées. Du reste, écrit Konopnicki, les partis comme le personnel politique étaient, eux-aussi, d'un tout autre niveau. Loin des plans de carrière des ambitieux d'aujourd'hui. A droite, les barons gaullistes avaient tous servi la France libre – les Messmer, les Chaban-Delmas, les Sanguinetti. Et à gauche, le PC, le parti communiste éduquait les masses ouvrières. On lisait, on se cultivait, on apprenait à réfléchir. Et, peut-être, on faisait moins de bourdes...

Dans la presse, ce matin, il est aussi question des grosses bourdes des Bleus... Les footballeurs français battus 1 à 0 par l'Albanie - deuxième défaite défaite en une semaine. "Et surtout, bonne vacances !", ironise L'EQUIPE, soulignant l'état "désolant" des joueurs de Didier Deschamps, à seulement un an de l'euro... Les footballeuses françaises battues 2-0 par la Colombie dans la Coupe du monde féminine qui se dispute au Canada... Le PARISIEN parle d'une "gifle", et souligne que le deuxième but de l'équipe colombienne n'est dû qu'à une "boulette" d'une joueuse tricolore... Le mot « bourde » aurait sans doute convenu également.

Ça, c'est donc pour le foot côté « compétition ». Le côté noble, dirons-nous... Et pour mieux comprendre le côté plus sombre du football mondial – le côté « affaires, pots-de-vin, malversations », je vous conseille la lecture du récit de François Thomazeau, récit illustré par la plume de Nicoby dans le dernier numéro de LA REVUE DESSINÉE, excellente revue qui montre que le journalisme peut se décliner avec des bulles et des croquis. En l'occurrence, Thomazeau revient aux origines du mal – les origines du sport-business. Au départ, il y a une histoire familiale. L'histoire de deux frères : les Allemands Adolf et Rudolf Dassler, deux fabricants de chaussures qui vont s'engager dans une guerre commerciale sans merci, le premier – Adolf – créant la marque Addidas, le second – Rudolf – créant la marque Puma . Dans les années 50, leurs fils prennent le relais : Armin Dassler dirige Puma, Horst Dassler dirige Addidas. Et c'est lui, ce génie, qui va comprendre l'intérêt des rendez-vous sportifs pour faire fructifier ses affaires. Avec une poignée de fidèles, c'est lui, donc, Horst Dassler, qui va inventer le sponsoring des équipementiers, manœuvrant pour que les athlètes fassent la promotion des chaussures aux trois bandes. C'est lui le créateur du marketing sportif et du juteux marché des droits audiovisuels. Des années durant, Horst Dassler va imposer sa loi dans le milieu, et imposer ses hommes à la tête des grandes fédérations internationale : notamment le CIO,, mais aussi la FIFA, aujourd'hui dans le collimateur de la justice mondiale. C'est à Dassler que Sepp Blatter doit son entrée dans les instances dirigeantes de la FIFA. Corruption, petits arrangements, et l'argent sale qui coule à flot... Addidas : le symbole d'un capitalisme cynique. C'est « L'empire du jeu » . La saga Dassler. Et c'est donc à lire dans LA REVUE DESSINÉE.

Trois autres conseils de lecture. Tout d'abord dans LE MONDE : reportage sidérant d'Annick Cojean sur les millions de fillettes mariées de force chaque année à travers la planète. 15 millions chaque année. Parfois dès l’âge de 8 ans, et c’est une barbarie.

Ensuite, dans SOCIETY : portrait de Pablo Iglesias qui pourrait bientôt présider aux destinées de l'Espagne. Qu'y a-t-il derrière son catogan ? On apprend s’inspire beaucoup, pour la gestuelle notamment, d’un certain Barak Obama.

Enfin, dans MARIANNE, une histoire qui révèle que les chirurgiens sont parfois vraiment tête-en-l'air. C'est le constat qu'a pu faire cette jeune femme jordanienne, qui se plaignait de douleurs au ventre et de tremblements bizarres, quelques jours après son accouchement par césarienne. Les médecins lui ont fait passer une radio et dans son ventre, ils ont trouvé... un téléphone portable, téléphone oublié, donc, par le chirurgien qui l'avait accouchée. L'appareil était, semble-t-il, resté en mode vibreur. Et là, évidemment, on peut parler d'une sacrée bourde.

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