Par Lionel Thompson

"J'ai une sympathie politique pour la Corée du Nord". De qui peut bien être cette confidence surprenante ? De Claude Lanzmann, le réalisateur de Shoah avec lequel s'est entretenu Aude Lancelin pour le JDD. "Qui d'autre que lui pourrait bien déclarer une chose pareille avec aplomb sans redouter la mise au ban ?" s'interroge la journaliste.

Lanzmann qui, à 91 ans, et malgré la douleur d'avoir perdu récemment son jeune et unique fils, continue son travail de réalisateur. Il sort un film, "Napalm", qui sera présenté au Festival de Cannes. Un film où il revient sur un coup de foudre passé, en 1958, pour une jeune femme lors d'un voyage en Corée du Nord.

La Corée du Nord donc, pour laquelle le réalisateur explique sa relative bienveillance par son passé de lutte contre la guerre de Corée, dans les années 50. Comme Jean-Paul Sartre, rappelle-t-il.

"C'était une guerre dégueulasse, de destruction massive. Les américains y ont déversé plus de 3 millions de litres de Napalm. Il y a eu là-bas des millions de victimes civiles". Ajoute l'auteur de Shoah.

Une liberté d'esprit et un certain plaisir, sans doute, à prendre le contrepied de ses contemporains. Alors que l'entretien s'est déroulé dans l'entre-deux tours de la présidentielle, Lanzmann confie: "la situation de la France ne me parait pas pré-hitlérienne, il y a des institutions solides. Ils jouent à se faire peur, moi je n'ai jamais eu peur du Front National. Marine Le Pen n'a pas la moindre chance de gagner". La suite lui a plutôt donné raison, jusque-là au moins.

Claude Lanzmann qui a malgré tout voté Macron, dès le premier tour, "plutôt par méfiance à l'égard de la gauche", souligne Aude Lancelin. C'est à lire dans le JDD.

Emmanuel Macron continue à faire la Une des journaux avec la passation de pouvoir aujourd'hui

Si vous étiez en Patagonie ces dernières semaines et que vous n'avez rien vu, rien lu, rien entendu. Rassurer-vous, vous pouvez vous rattraper pour tout savoir sur le nouveau président français qui monopolise les gros titres.

"Une autre histoire commence", titre ainsi le Parisien, qui détaille en page intérieure le déroulement de cette journée de passation de pouvoir. Et revient sur les relations particulière entre Emmanuel Macron et François Hollande sous le titre "Ils se sont tant aimés, et tant déçus". Le Parisien qui n'oublie pas la petite touche people en consacrant à nouveau un article à Brigitte Macron, qui selon le quotidien parisien "continuera à jouer un rôle clé au côté du nouveau chef de l'Etat" (même si on ne saisit pas bien de quel rôle il s'agit exactement)

Un peu plus sur le fond. Le JDD insiste lui sur le chamboulement du paysage politique que veut provoquer Emmanuel Macron. "Le dynamiteur" titre carrément en Une l'hebdomadaire, un titre un peu Tonton flingueur, l'un des films fétiche, paraît-il, du nouveau président. En page intérieure, c'est "Macron, l'onde de choc". Le JDD qui souligne qu'il est rare de ne pas avoir d'indication plus précise sur l'identité du futur premier ministre une semaine après l'élection.

Au petit jeu des pronostics, l'hebdomadaire parie tout de même, comme le Parisien d'ailleurs, sur Edouard Philippe, proche d'Alain Juppé et député-maire Les Républicains de la ville du Havre.

Le JDD qui rappelle qu'il n'y a pas que sur le plan politique qu'Emmanuel Macron souhaite "disperser et ventiler façon puzzle". L'hebdomadaire rappelle que le nouveau chef de l'Etat entend "renouveler ou confirmer dans les 6 premiers mois les 250 directeurs d'administrations afin de s'assurer de leur loyauté". Un "spoil system" à la mode américaine, souligne les auteurs de l'article.

Le JDD qui rappelle enfin qu'en matière sociale, Emmanuel Macron veut également aller vite et fort, avec notamment une nouvelle réforme du code du travail par ordonnance. Attention, prévient toutefois l'hebdomadaire. Les syndicats hier désunis, le sont beaucoup moins aujourd'hui.

Erik Emptaz, dans le Canard Enchaîné cette semaine, rappelait d'ailleurs lui aussi quelques réalités qui pourrait amener le nouveau président à tempérer quelque peu ses ardeurs. "Chacun sait, et lui le premier, qu'une bonne partie de ses électeurs, de droite, de gauche ou d'ailleurs n'ont pas voté pour son programme et ses idées. Mais contre le populisme, la xénophobie ou l'impéritie de Marine Le Pen" estime l'éditorialiste, avant de conclure "Ce n'est pas gagné d'avance".

Dans les hebdos de gauche cette semaine, plutôt que de titrer sur Emmanuel Macron ou la passation de pouvoir, certains préfèrent d'ailleurs se concentrer sur la prochaine bataille, celle des législatives à venir. "Et maintenant, le troisième tour!" titre Politis. Mais la gauche se présente très divisée. Ce que déplore l'Humanité Dimanche dans un article consacré à ces législatives qui souligne que "si, pour la première fois depuis 1969, la gauche de transformation sociale est majoritaire à gauche, elle risque de dilapider ce capital". Et l'auteur ajoute que "des candidatures uniques à gauche pourraient permettre l'élection de près de 200 députés mais les divergences de fond entre le PS et le reste de la gauche rendent cette hypothèse peu probable". On pourrait ajouter qu'il n'y a pas qu'entre le PS et le reste de la gauche qu'il y a mésentente mais aussi entre le PCF et la France Insoumise.

Plus anecdotique et pour en revenir à la passation de pouvoir elle-même. Le Huffington Post donne aujourd'hui sur son site la parole à Pierre Servant, spécialiste des questions de Défense, qui défait le mythe des fameux codes nucléaires qu'un président sortant est sensé confier à son successeur. Ses codes ont bien existé. De Gaulle les avait même glissé dans sa montre de peur de les perdre. Et Mitterrand, ce grand distrait, les aurait bel et bien perdu dit la légende, en envoyant au pressing la veste qu'il portait le jour de sa passation de pouvoir avec Valéry Giscard d'Estaing. Veste dans la poche de laquelle il avait glissé le papier sur lequel étaient noté les codes, rappelle l'article, c'est ballot.

Mais Pierre Servent rappelle quelques réalités moins folkloriques : contrairement à ce que l'on pourrait croire, il ne s'agit pas d'un code pour déclencher le feu nucléaire. C'est en réalité un code qui permet d'identifier le président comme le chef des armées au cas où il devrait donner l'ordre de le faire". Et puis aujourd'hui, les moyens de communication et d'identification sont modernes et des dispositifs biométriques et de reconnaissance vocale ont remplacé ces codes. Fini donc le code sur un bout de papier qui part au pressing. Et ce n'est même pas le chef de l'Etat sortant qui les confie à son successeur. C'est en réalité lors d'un autre entretien, entre le nouveau président de la République et son chef d'état major particulier, que le chef de l'Etat est briefé sur les procédures. "Cette rencontre a lieu dans le PC Jupiter, le coeur du commandement militaire situé sous l'Elysée", explique Pierre Servant.

Et le président sortant, lui, que devient-il. C'est Le Monde qui s'en préoccupe dans son édition du weekend en revenant sur "La semaine qui a bouleversé la vie politique", son titre de Une.

En page intérieure, la journaliste Laurence Geai a suivi la dernière semaine de François Hollande et en tire un long article. "Fin de saison à l'Elysée", où elle décrit un homme un peu désabusé, qui a assisté au triomphe de son ancien conseiller en spectateur. "Etes-vous d'humeur crépusculaire?" lui demande la journaliste. "Non, mais pas badine non plus" lui répond celui qui n'est plus président que pour quelques jours. François Hollande cache son spleen derrière ses blagues. Mais au travers de cet article transparaît le vertige face au vide qui attend cet homme pour qui la politique était tout jusque-là. Comment imagine-t-il d'ailleurs cela venir. "Personne ne vous demande d'arrêter", explique le désormais ex-chef de l'Etat. Et d'ajouter: "moi je ne l'ai pas dit car je ne le ferai pas. Dire qu'on arrête alors qu'on arrête pas c'est le pire". On peut donc s'attendre à voir François Hollande continuer à intervenir dans le débat politique.

Un autre événement préoccupe les journaux ce matin, la cyberattaque qui a frappé des dizaines de pays dont la France hier

Oui, le Courrier Picard par exemple a choisi de consacrer sa Une à cette attaque informatique. Une Une en mode "Matrix". Lignes verticales de chiffres verts sur écran noir et un titre "Cyberattaque mondiale" qui rappelle l'aspect inquiétant de cette attaque sans précédent. Le quotidien Picard qui propose un décryptage de ces logiciels malveillants.

Le journal l'Union qui titre "Au coeur d'une cyberattaque", propose lui aussi d'expliquer "comment ces logiciels malveillants fonctionnent".

L'attaque également en Une du Monde. Sous le titre "Une cyberattaque frappe la planète", le quotidien du soir explique que le logiciel malveillant qui a frappé hier exploite une faille des systèmes Windows que les services secrets américains, la NSA, avaient repérée depuis longtemps mais sans la rendre publique. "Une pratique dénoncée par de nombreux experts en sécurité informatique", rappelle Le Monde. Qui reprend un tweet publié hier par le lanceur d'alerte Edward Snowden à propos de cette cyberattaque: "Si la NSA avait révélé l'existence de cette faille de sécurité lorsqu'ils l'ont découverte, tout cela ne serait pas arrivé".

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