Bonjour à tous… « J’en ai tant vu qui s’en allèrent Ils ne demandaient que du feu Ils se contentaient de si peu Ils avaient si peu de colère… J’entends leurs pas, j’entends leurs voix Qui disent des choses banales Comme on en lit sur le journal Comme on en dit le soir chez soi". La presse elle aussi en a tant vu qui s’en allèrent, qu’à l’annonce de leur disparition elle essaie de rattraper le temps perdu. Temps perdu à les oublier… quand ils vivaient là, à côté. Dernière page du journal, premier titre des radios et rétrospectives à foison de toutes les télévisions. Voilà pourquoi nous frissonnons à l’unisson quand meurent Jacques Brel, Léo Ferré, Montand, Gainsbourg, Bécaud et Jean Ferrat, qui chantait si bien « les yeux d’Elsa », « Que serais-je sans toi » et « la Femme avenir de l’homme » ! « Que ses chansons étaient belles » proclame en manchette ce matin le PARISIEN sur une photo-couleur magnifique du chanteur engagé, épris de liberté. Portrait émouvant également d’un Ferrat au beau visage, déambulant moustache au vent, en première page du JOURNAL du DIMANCHE. Trois pages du quotidien dominical pour rappeler à qui l’aurait oublié, que Jean Ferrat, compagnon de route du PCF, était un homme fidèle, qui chantait Rouge, mais pas seulement. C’était un dissident, écrit Claude Askolovitch, interdit de télévision quelquefois, mais populaire toujours, au point de rester, malgré une retraite volontaire, dans le cœur de son public. Ses publics, puisque dans les témoignages admiratifs que publie la presse aujourd’hui, Juliette Gréco, Isabelle Aubret, Marie-George Buffet, Michel Drucker disent la même chose que Nicolas Sarkozy, Martine Aubry et Frédéric Mitterrand. Ferrat était simple et grand, qu’il chante la résistance, la nature ou l’amour. Du coup, le Kiosque hexagonal résonne comme une chambre d’écho, avec les mêmes mots et les mêmes jolies photos, pour saluer la disparition du chanteur engagé. « Adieu camarade », titre sobrement l’INDEPENDANT catalan. A Roubaix, le journal NORD-ECLAIR, qui doit se souvenir du communisme tricolore qu’incarnait Georges Marchais et plus encore Roland Leroy, soupire : « Ferrat ne chantera plus la France ». Lui disait « Ma France », en affirmant qu’elle répondait à Robespierre, à Hugo, Eluard et Picasso, mais pas aux usurpateurs, ennemis des travailleurs, du coup, la chanson fut interdite longtemps sur certaines chaînes de radio. Une autre aussi, qui blasonnait un peu trop le sexe féminin et la semence répandue sur les rousseurs de la toison. Mais peu importe, ce matin Jean Ferrat est au Panthéon de la chanson, avec ses 200 titres, dont « la Môme », dont Claude Askolovitch nous dit dans son éditorial du JOURNAL du DIMANCHE qu’elle cultive un certain érotisme prolétarien. « Ma môme, elle joue pas les starlettes Elle met pas des lunettes de soleil Elle pose pas pour les magazines Elle travaille en usine A Créteil… » Et voilà pourquoi, dit Juliette Gréco au PARISIEN, Jean Ferrat était la voix des vrais gens. Voilà pourquoi, il a servi ceux qu’il aimait, le peuple, les gens normaux qui n’ont rien d’autre que l’espoir et le travail. Et qui parfois, perdent les deux. Que serais-je sans toi… et que serons-nous sans lui, s’inquiète le COURRIER PICARD. « Il est mort le poète », titre à Mulhouse le journal l’ALSACE. « Son cri s’est envolé à jamais », s’écrit le MAINE LIBRE à Angers. Tandis qu’en Bretagne, OUEST-France affirme que la Montagne est triste. Aussi triste que l’Ardèche, la petite patrie où le chanteur s’est éteint hier. La MONTAGNE de Clermont-Ferrand, regrette déjà de son côté, la voix chaude très reconnaissable du chanteur-militant, au-dessous d’un titre étrange : « Jean Ferrat passe derrière la montagne ». Le PARISIEN préfère expliquer sur deux pleines pages, que Jean Tennenbaum, dit Jean Ferrat, voulait déplacer les montagnes. Et mon confrère d’illustrer son propos d’un dessin de Ranson, où l’on voit le fou d’Elsa arriver au ciel avec sa guitare et se trouver face à Saint-Pierre qui lui dit : « Quand on arrive ici, c’est toujours la première fois ». M’en voudrez-vous beaucoup, si je vous dit la-dessus que le MONDE daté dimanche-lundi accorde une large place à la pédophilie, conséquence ou pas, du célibat des prêtres, sacralisé à Lutran au XIIème siècle ? J’arrête là. Mieux vaut conclure avec Philippe Meyer, qui fait entendre sur France Inter, les grandes voix des chanteurs populaires, sans attendre qu’ils soient morts pour les ensevelir sous des montagnes. Aussi, hier dans « la prochaine fois je vous le chanterai », un peu avant treize heures, on entendait Ferrat s’adresser aux jeunes générations dans « l’Idole à papa ». « Y avait deux clans dans la famille Du temps où j'étais un mouflet Tino Rossi faisait pâmer les filles Et tous les garçons rigolaient Et je me dis qu'aujourd'hui même C'est peut-être pareil pour moi Les unes rêvent en murmurant "Je t'aime" Les autres ricanent tout bas Tu peux m'ouvrir cent fois les bras C'est toujours la première fois Tu peux m'ouvrir cent fois les bras C'est toujours la première fois Evidemment, après trente ans passés A écouter "Marinella" Même en ayant d'la suite dans les idées On n'se bat plus comme chien et chat On dit plutôt dans un sourire "Il était pas si mal que ça Depuis le temps que nous entendons pire" En sera-t-il pareil pour moi ? Pourtant, que la montagne est belle Comment peut-on s'imaginer En voyant un vol d'hirondelles Que l'automne vient d'arriver? Oui dans trente ans du train où vont les choses Dieu sait c'qu'il adviendra de moi Mais s'il me reste à la bouche une rose Qui jette encore un peu d'éclat Quand de jeunes contestataires Mettront leurs grands pieds dans mon plat Je leur dirai "Tino, que je suis fier D'être encore l'idole à Papa" Faut-il pleurer, faut-il en rire Fait-il envie ou bien pitié Je n'ai pas le cœur à le dire On ne voit pas le temps passer ».

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