« Bonjour tristesse. Tu es inscrite dans les lignes du plafond. Tu es inscrite dans les lieux que j’aime. Tu n’es pas tout à fait la misère Car les lèvres les plus pauvres te dénoncent, Par un sourire (…) Comme un monstre sans corps Tête désappointée. Tristesse beau visage. » 14 à 9. La France battue par l’Angleterre en demi-finale de la coupe du monde de Rugby hier… et ce matin, en première page de L’EQUIPE, du MIDI LIBRE, des DERNIERES NOUVELLES D’ALSACE, du PARISIEN, du COURRIER PICARD, les pleurs de Sébastien Chabal. Pleurs qui renvoient au roman de Françoise Sagan, et au poème de Paul Eluard. Et ce poème, à l’image de ce que tous les Français ressentent aujourd’hui, est intitulé « A peine défigurée » et tiré du recueil « La vie immédiate » paru à la veille du Front Populaire. 1936… Si Eluard n’était pas encore promis aux anthologies, la rue fredonnait avec Jean Sablon, une chanson que l’on peut reprendre aujourd’hui : « Il ne faut pas briser un rêve. Même s’il vous semble un peu fou. » Et il l’était, avec ces diables d’anglais qui ont bien retenu la leçon de Churchill et ne renoncent jamais. Michel Dalboni, dans son éditorial de L’EQUIPE, soupire sur ce thème : « Ainsi donc, écrit-il, l’histoire est finie. Certes, il y aura encore un match, pour la troisième place. Mais on s’en moque un peu. Seule la victoire est belle, surtout quand elle est acquise sur nos étranges voisins. » Hélas… les hommes de Bernard Laporte ont échoué à trois mètres de la ligne anglaise, au terme d’une action qui aurait pu plier la rencontre. « Voilà qui résume l’aventure, conclut l’éditorialiste du quotidien du sport. Les funambules finissent toujours par tomber. Hier, les Bleus ont transformé d’entrée en marathon de la douleur, ce qui devait être un sprint glorieux. Peut-être manquaient-ils de force mentale et physique, face à l’Angleterre, modèle (non pas de jeu) mais de rigueur, d’abnégation et de certitudes. Peut-être avons-nous eu tort de vouloir jouer au pied, à l’anglaise contre les Anglais. Peut-être aurions-nous dû puiser notre inspiration dans nos propres racines. C’est finalement la grande leçon d’hier. Les Anglais ont vaincu parce qu’ils n’ont jamais renoncé à être Anglais. » « C’est rageant ! Quelle désillusion » s’écrie LE PARISIEN AUJOURDHUI EN France, en s’interrogeant lui aussi sur les choix et la stratégie de Bernard Laporte. Et LE PARISIEN qui note les joueurs, comme il l’avait fait l’autre jour après la victoire des Bleus sur les All Black. Colle un 2 sur 10 à Bernard Laporte, futur secrétaire d’Etat aux Sports. 2 pour son coaching… mais 6 à Bonnaire, 6 à Betsen et 5,5 à Dussautoir, Heymans et Clerc. Dans le même quotidien, Mathieu le Chevalier choisit de persiffler en évoquant les coulisses du match, où sont très présents les membres du gouvernement : « Ils sont, écrit-il, nombreux ou pas, selon les matchs et les circonstances. Hier, ils étaient une dizaine. Et Bernard Laporte s’est senti soutenu au début par ses futurs collègues de travail. » Mais voici la suite du propos de mon confrère du PARISIEN : « Au fil des minutes, François Fillon, le Premier ministre, s’assure que Pénélope, son épouse qui est d’origine galloise, ne manifeste pas son soutien à l’Angleterre. Xavier Darcos, ministre de l’Education nationale, Hervé Morin, celui de la Défense, Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée, comme Henri Guaino, la plume du président, sont stoïques tant que le score reste serré. En haut à gauche du carré VIP, Ségolène Royal et Jean-Paul Huchon, président socialiste de la région Ile-de-France, s’amusent du show du gouvernement. » ...

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