Bonjour à tous et merci au journal Le Monde qui offre gratuitement à ses lecteurs, cette semaine, le tome 1 de la Comédie Humaine ! Dans cet ouvrage, publié aux éditions Garnier, « "Le Père Goriot », « le Colonel Chabert » bien sûr, que tout le monde a lu au lycée ou découvert à la télé, mais également une nouvelle de 25 pages intitulée : « La messe de l’Athée ». Balzac a écrit cette Scène de la vie privée en 1836, mais la lire aujourd’hui renvoie à la plus brûlante des actualités. Et au centre du débat passionné entre la foi et la raison. Je résume cette messe de l’Athée, qui n’a rien à voir avec la messe géante célébrée hier par le Pape aux Invalides, ni à celle qui sera dite à Lourdes tout à l’heure, devant 120.000 pèlerins français, espagnols, portugais et italiens. Balzac raconte comment un chirurgien de l’Hôtel Dieu de Paris, qui ne croyait à rien, sinon aux vertus de la médecine, fut surpris un jour à suivre la messe à Saint Sulpice. Etonnement des indiscrets de voir ce laïc, d’avant la séparation de l’Eglise et de l’Etat, recueilli face à des prêtres dont il dénonçait volontiers la farce et les mômeries. Enquête réalisée, on s’aperçut que le chirurgien en question répondait à la promesse qu’il avait faite à un pauvre diable, sans famille, qui l’avait secouru lorsqu’il était étudiant pauvre, chassé de son logis, rue des Quatre-Vents. Lui, le démuni, avait été aidé par un indigent aussi pauvre que lui, mais charitable. D’où cette jolie conclusion signée par un Balzac de 37 ans, que l’on pourrait remettre dans la bouche des politiques qui s’expriment sur la visite en France de Benoit XVI dans les journaux dominicaux. Mon bienfaiteur avait la foi du charbonnier. Il aimait la Sainte Vierge comme il eut aimé sa femme. Catholique ardent, il ne m’avait jamais dit un mot sur son irréligion. Quand il fut en danger, il me pria de ne rien ménager, pour qu’il eu les secours de l’Eglise. Je fis dire tous les jours la messe pour lui. Il craignait de ne pas avoir vécu assez sainement. Le pauvre homme ! Il travaillait du matin au soir. A qui donc appartiendrait le Paradis, s’il y a un Paradis. Sa mort fut digne. Son enterrement ne fut suivi que par moi. Il croyait. Il avait une conviction religieuse, avais-je le droit de la discuter. J’ai donné à Saint Sulpice la somme nécessaire, pour y faire dire 4 messes par an. J’y vais en son nom et récite pour lui, malgré mes doutes, les prières voulues. « Mon Dieu, s’il est une sphère où tu mettes après leur mort ceux qui ont été parfaits, penses à lui. Et s’il y a quelque chose à souffrir pour lui, donne-moi ses souffrances, afin de le faire entrer plus vite dans ce qu’on appelle le Paradis ». Balzac. La Comédie Humaine. Page 424 du classique Garnier, que l’on vous remet gratos, avec LE Monde daté dimanche-lundi. Un quotidien qui titre sur Benoit XVI, mettant les jeunes en garde contre les pseudo-sagesses ! En page 17, deux documents à lire et méditer, que l’on croit au ciel ou que l’on n’y croit pas. Le premier, reprend le discours de Nicolas Sarkozy et son point de vue réaffirmé sur la laïcité positive : « J’en appelle à une laïcité qui respecte, une laïcité qui rassemble, une laïcité qui dialogue et pas une laïcité qui exclut ou qui dénonce ». Le second document publié par Le Monde, reprend la réponse de Benoit XVI au Président de la République et détache en titre cette phrase, qui pourrait inquiéter le chirurgien positiviste athée de Balzac : « Une culture purement positiviste serait la capitulation de la raison ». Bigre, penseront les intellectuels, agnostiques, athées, contempteurs de la lettre aux instituteurs du très laïc Jules Ferry. Bigre diront avec eux les lecteurs de Charlie Hebdo, qui titre cette semaine : « Dieu n’existe pas », sur un dessin de Charb montrant Benoit XVI déclarant dans une bulle : « Je m’en doutais». Moins iconoclaste, vous lirez dans le Journal du Dimanche, sous la plume de Christian de Villeneuve, ce constat : « Il se passe quelque chose en France ce week-end. Personne ne savait quel accueil recevrait Benoit XVI. Les autorités catholiques redoutaient même un bide dans ce pays où certains pensaient opportun de relancer une énième polémique autour de la laïcité ». Et Villeneuve de s’ébaudir : « Pas un bide, un triomphe d’un Pape anti-star. Un triomphe peut-être du à sa sobriété, sa rigueur, sa profondeur, qui ont séduit les jeunes ». Frédéric Mitterrand avance dans le même journal une autre explication : « Benoit XVI, dit-il, impressionne parce qu’il s’adresse autant à l’intelligence qu’à la raison ». Le Pape est dans son rôle renchérit le socialiste Manuel Vals, avant de juger intéressant le propos de Benoit XVI sur la séparation du politique et du religieux. Et le même Manuel Vals réserve ses flèches à Nicolas Sarkozy qui aurait selon lui, dénaturé sa fonction. Le député en appelle à Aristide Briand, lequel a porté la fameuse loi de 1905 qui disait que « l’Etat n’est ni religieux, ni irréligieux, il est areligieux ». A l’inverse, Nicolas Sarkozy s’inscrit dans la lignée de Napoléon – ce qui n’a rien de rassurant – pour qui « il n’y a pas d’Etat sans religion et il n’y a pas de religion sans Etat ». Tout le contraire de la tradition française laïque et républicaine. En France, croire en Dieu n’est pas obligatoire. Sous le titre : « Benoit XVI, le Pape théologien », Alain Duhamel relève : « Jean-Paul II s’adressait au monde et à l’ensemble de la société. Benoit XVI parle d’abord aux catholiques, en les regardant comme une minorité menacée par l’évolution de la société. C’est pour cela qu’il plaide en faveur d’une laïcité différente offrant plus de place aux religions dans l’espace public. Nicolas Sarkozy y est prêt mais la France laïque regimbe. Benoit XVI aura, certes, rencontré des foules imposantes, à Paris comme à Lourdes. Il ne s’illusionne pourtant pas. En dehors des cérémonies pontificales et des grands pèlerinages, la pratique religieuse catholique française ne cesse de reculer, 7 à 8 % tout au plus, contre la moitié de la population à la Libération. Moins de prêtres, moins de fidèles, moins d’obéissance à des règles qui paraissent chaque année plus désuètes. Le pape aime la France, mais redoute les Français ». Quant à Michèle Stouvenot, elle souligne dans sa chronique le succès de Bernard Tapie devant la Commission d’enquêtes des députés et le compare à celui du pape devant les centaines de milliers de fidèles rassemblés : « Soyons justes. Bernard Tapie terrasse les Français. Benoit XVI fait mieux : il les met à genoux. Il n’y avait qu’à voir la foule d’athées, impies ou simples pêcheurs se pressant pour lui. Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac, ces ennemis de quarante ans, réunis sur un même banc de prières. Nicoletta et Catherine Millet, l’auteur de « La vie sexuelle de Catherine M. » et autres « Jour de Souffrance », mains jointes, au couvent. Tout le gouvernement au garde-à-vous, mené par Michèle Alliot-Marie, ministre des Cultes, en garde à vue à l’UMP. Voix douce à la Carla Bruni, mots mesurés, formules denses, il faut le confesser, le Saint-Père a été parfait. C’est bien simple. Adoubés par Benoit XVI, dans son tailleurs gris souris couventine, yeux baissés, genoux serrés, Carla ressemblait une petite fille modèle ».

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