Bonjour à tous… « Le départ de Ben Ali ». « La chute de Ben Ali ». « La fuite de Ben Ali »… Les quotidiens semblent hésiter ce matin à caractériser la fin de 23 ans d’un règne sans partage du Président tunisien. Pour PARIS NORMANDIE, la PROVENCE, l’ALSACE et le REPUBLICAIN LORRAIN, c’est le peuple tunisien, qui au terme d’un mois de manifestations, a chassé celui que Laurent Joffrin appelle « un lâche, un pleutre, un flic, un grotesque successeur du grand Bourguiba ». Et l’éditorialiste de LIBERATION de poursuivre en évoquant des insurgés « glorieux », qui lui signifiant son congé, l’ont contraint à partir « la queue basse ». « Ce régime était en toc », ajoute-t-il, « et tous ceux qui l’ont tenu à bout de bras au nom d’une realpolitik des imbéciles doivent maintenant expliquer pourquoi celui qu’ils tenaient pour un rempart solide contre les Islamistes est tombé comme un château de cartes ». Au passage, l’éditorialiste de LIBERATION retrouve dans ce que certaines éditorialistes appellent « la révolution des jasmins », un « parfum de 1830 ». Ce sont, écrit-il, des gavroches qui ont renversé dans cette révolution à la française au cœur du Maghreb, un Charles X aux cheveux teints qui monte en avion, comme jadis, on fuyait en calèche. C’est dire, conclut Joffrin, que le monde arabe n’est pas forcément condamné au sinistre face à face entre fanatisme islamiste et dictature corrompue. Dans la REPUBLIQUE des PYRENEES, Jean-Michel Helvig fait un pas de plus et n’attend pas, pour souligner que la révolution tunisienne s’est faite sans la France officielle. Paris, écrit-il, a raté le coche, et c’est la honte. Sentiment identique de Jacques Camus dans la REPUBLIQUE du CENTRE. « Les Tunisiens », écrit-il, « ne doivent qu’à eux-mêmes leur victoire, sur un régime tyrannique. Ils l’ont obtenue dans le sang, sous le regard incroyablement neutre de la France. La France, qui se dit aujourd’hui aux côtés du peuple tunisien, s’est montrée complaisante pendant 23 ans. Mieux aurait valu mettre en garde notre ami Ben Ali avant qu’il ne soit trop tard. Bref, conclut Jacques Camus, voilà qui devrait valoir, aujourd’hui, pour nos relations avec d’autres. En attendant, nous devrions avoir honte de nos 23 longues années de silence. L’HUMANITE se réjouit elle aussi, de la capitulation de Ben Ali en rase campagne. Pour le quotidien communiste, ce matin, la Tunisie a brisé ses chaînes, la brèche est ouverte et l’Etat d’urgence ne changera rien. Le FIGARO reconnaît lui aussi que c’est la rue qui a chassé Ben Ali, au terme d’un mouvement de revendications sociales, qui s’est transformé face à la répression policière, en révolte politique. Voilà ce qu’écrit mon confrère Pierre Rousselin, dans son éditorial, avant de s’inquiéter d’une transition délicate, sous la houlette du Premier Ministre Mohammed Ghannouchi, chargé d’assurer la continuité de l’Etat. Il va falloir, poursuit Rousselin, beaucoup de sang-froid au successeur du Président déchu, pour rétablir le calme dans les rues et ramener le débat à la sphère politique. Et l’éditorialiste du FIGARO de rappeler qu’en Tunisie, l’opposition a été laminée et ne dispose guère de relais, pour canaliser une opinion publique habituée à devoir se taire. C’est pourquoi, conclut Rousselin, pour beaucoup de pays, placés dans une situation comparable, avec des régimes autoritaires en bout de course, la transition qui s’amorce en Tunisie, aura valeur de test. A lire aussi dans le FIGARO, deux pages, signées Yves Thréard et François Hautel, sur Ben Ali, autocrate austère et sur Mohammed Ghannouchi, son Premier Ministre, devenu Président intérimaire. Et mes confrères de citer en encadré la petite phrase prononcée hier par Monsieur Ghannouchi, qui fut onze ans durant, le Premier Ministre de Ben Ali… « Je m’engage à respecter la Constitution et à mettre en œuvre toutes les réformes sociales et politiques, qui ont été annoncées, en collaboration avec les partis politiques et les composantes de la société civile ». « Ce n’est pas gagné ! » déclare au PARISIEN, Ahlem Belhadj, ancienne Présidente de l’Association tunisienne des femmes démocrates. Tandis que dans le même quotidien, Pascal Boniface, directeur de l’Institut des Relations Internationales, évoque une contagion possible de la révolution des jasmins, en Algérie et au Maroc. Selon lui, c’est un signal d’alerte, qui vient de s’allumer en Tunisie, pour ses deux voisins. Le PARISIEN, comme le JOURNAL du DIMANCHE, et certains quotidiens régionaux, veulent croire à une révolution douce, à de nouvelles élites, susceptibles d’émerger au Maghreb, comme ce fut le cas au Portugal… lors de la révolution des œillets, et en Europe aussi, dans les dernières années du XXème siècle. Les mêmes journaux du week-end tentent d’expliquer ce qu’ils appellent « les embarras de l’Elysée ». Des embarras marqués par le refus d’accueillir sur le sol français, le Président tunisien en fuite, comme on le fit autrefois pour Duvalier ! Ben Ali repoussé par Paris, refusé par l’Italie, a trouvé refuge à Djeddah, en Arabie Saoudite. Mais l’histoire est ainsi faite, que les tyranneaux déchus n’intéressent plus, les opinions publiques et les politiques qui se disaient leurs amis. La Télévision peut toujours passer en boucle, les images de François Mitterrand, de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy avec l’ami de la France, l’ami Ben Ali… Pour lui, c’est fini. Ce que marque LIBERATION aujourd’hui, avec la photo d’une manifestante tunisienne, porteuse d’une pancarte, sur laquelle on peut lire. Ben Ali, dégage ! On parle ainsi, à l’heure d’Internet et des réseaux sociaux. Mais j’ai entendu cette semaine à Paris, les mêmes mots, dans la bouche d’amis tunisiens que j’interrogeai sur la situation mouvante de leur pays. « Ce qu’on veut », m’ont-ils dit, « c’est que ce mafieux, ce corrompu, se casse ! ». C’est fait. Reste, ce qui sera peut-être, la photo symbolique, sinon historique, de la première révolution démocratique d’un pays arabe. Vous le trouverez, dans l’hebdomadaire chrétien illustré, la VIE, paru avant-hier, 13 janvier. Et je ne peux hélas, vous la montrer. Je la décrirai donc, avec sa légende. C’est une photo de propagande, prise le 28 décembre dernier, par les services officiels tunisiens. Dans son éditorial du NOUVEL OBSERVATEUR, Jean Daniel titre « Le Maghreb, c’est nous ». « Le Maghreb est un appendice de l’Europe. Le Maroc s’est arrimé à l’Espagne et, d’une certaine façon, la Tunisie à l’Italie. Quant à l’Algérie, elle était hier encore à tous les titres notre passé, et si elle n’est plus aujourd’hui l’Algérie française, il y a une multitude de petites France algériennes dans l’Hexagone. Fait nouveau : les Maghrébins ne disent pas « nous venons en France », mais « nous allons retrouver notre famille qui se trouve dans telle province française ».

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