Bonjour à tous… « Il faut que tout change… pour que rien ne change… »… Chacun se souvient de ce mot du Guépard, revisité hier soir à Cannes avec Alain Delon et Claudia Cardinale. Mais on a oublié la suite du chef d’œuvre de Lampedusa porté en 1963 par Luchino Visconti, au cinéma. Et la suite la voici, bonne à méditer aujourd’hui. « … Nous fûmes les guépards et les lions… Ceux qui nous remplaceront seront les chacals et les hyènes… Mais tous, guépards, chacals, moutons, nous continuerons à nous considérer comme le sel de la terre ! ». Et vive les affaires, vive les opportunistes, vive le Roi quel qu’il soit et vive les vainqueurs qu’ils soient révolutionnaires ou conservateurs… Il faut que tout change pour que rien ne change… La presse ce week-end : de musées ouverts, de festivals et de rendez-vous sportifs très courus, voit les bourses rechuter, l’euro malmené, l’or grimper et se divise sur deux problèmes de société ! Faut-il interdire ou autoriser les apéritifs géants, et convient-il du fait de la crise, de demander aux gouvernants de donner l’exemple, en réduisant le montant de leur traitement ! Le JOURNAL du DIMANCHE fait sa manchette sur cette dernière question posée à huit personnalités du gouvernement de François Fillon. Sont-elles prêtes à gagner moins, comme le sont en Angleterre les nouveaux ministres de David Cameron ? D’accord pour donner l’exemple de la réduction de son train de vie : Christine Lagarde, Nathalie Kosciusko-Morizet, Rama Yade, Valérie Pécresse et Bruno Le Maire, le ministre de l’agriculture. Pas d’accord en revanche Messieurs Woerth, Tron et Baroin… « Il n’y a pas de raison de baisser le salaire des ministres en France, explique Georges Tron, le secrétaire d’Etat à la fonction publique, puisque le traitement des fonctionnaires ne baisse pas ». Le jeune ministre du budget, François Baroin, partage le même avis et déclare que les ministres français sont moins payés que leurs collègues étrangers et il ajoute, in fine, qu’il se méfie des décisions démagogiques. » Tout cela figure en page 3 du JOURNAL du DIMANCHE et permet à mon confrère Nicolas Prissette, d’écrire que l’affaire embarrasse le gouvernement… Après avoir noté qu’un ministre gagne chez nous 13.500 euros brut mensuel et un secrétaire d’Etat 12.000… Assez, semble-t-il, pour que Rama Yade, secrétaire d’Etat aux sports, déclare : « Il n’y a aucune raison de demander des efforts aux Français sans que nous fassions de même ». On peut aussi, souligne Christine Lagarde, économiser sur le train de vie des ministres (voitures, réceptions, personnels…). Le JOURNAL du DIMANCHE, il faut le souligner, complète son dossier avec deux chiffres. Le salaire net mensuel de Nicolas Sarkozy, 19.500 euros, sur les crédits alloués à l’Elysée. Et le salaire brut de François Fillon, 20.000 euros… Sept mille euros de plus que Monsieur Baroin, mais avec, il faut le dire, beaucoup plus de responsabilités. Faut-il que tout change, pour que rien ne change. Pas toujours. Il fut un temps où Yvonne, l’épouse du premier Président de la Vème République, prenait sur sa cassette personnelle, l’argent nécessaire aux réunions des familles Vendroux-de Gaulle organisées à l’Elysée. Sur la rechute boursière de cette fin de semaine, j’ose à peine vous inviter à lire le FIGARO et son analyse des divers plans d’austérité annoncés en Europe. Comme l’écrit mon confrère, l’accalmie aura été de courte durée sur les marchés financiers, lesquels ont le sentiment que les plans en question vont peser sur la croissance du continent. Et affecter l’euro tombé hier, à 1,23 contre le dollar. Hier, où dans son éditorial, Le MONDE rappelait le coup de rein sérieux donné par les Européens à Bruxelles la semaine dernière. Mais l’assortissait de ce commentaire de Jacques Delors : « L’Europe, c’est comme la bicyclette, si elle n’avance pas, elle tombe ! ». J’ose encore moins vous inviter à lire, la chronique de Jacques Julliard, page 38, du NOUVEL OBSERVATEUR. Attendez plutôt lundi pour le faire, car il faut tout de même en prendre connaissance pour ne pas mourir idiot. Elle est intitulée : « A la rigueur » et commence ainsi : « Gare à nous, la crise arrive ! Jusqu’ici, à part les chômeurs, les Français ne l’avaient pas ressentie, mais la voici ». Et Jacques Julliard de féliciter François Fillon qui n’a pas craint de l’annoncer, à défaut de prononcer le mot « RIGUEUR ». J’ajoute quatre lignes du chroniqueur du NOUVEL OBSERVATEUR, pas optimiste, sur ce qu’il appelle « le tournant le plus important du quinquennat de Nicolas Sarkozy ». Tournant qui traduit une réalité valable pour tout le monde occidental. « Nous allons cesser de vivre au-dessus de nos moyens ». « En temps de crise, quand les marchés attaquent, impossible de financer plus longtemps par l’emprunt la prospérité paradoxale que nous venons de vivre. Des économistes sérieux estiment qu’à l’instar de la Grèce, les particuliers des autres pays européens pourraient connaître une baisse de leur pouvoir d’achat de 20 à 30 % dans les années à venir. S’ils disent vrai, il faut s’attendre à des explosions sociales majeures, aux conséquences politiques imprévisibles. Et ce n’est pas la création bienvenue d’une sorte de FMI européen décidée dimanche à Bruxelles qui y changera quelque chose : bien au contraire ». Etonnez-vous après cela que Bruno Frappat titre sa chronique de la CROIX : « je vous trouve un peu ronchon ». C’est une petite danse de cinquante ans, qui l’a croisé, dans un cocktail et lui a dit ça : « Je vous trouve ronchon, faites-nous rire, mais je n’écoute plus les nouvelles… je ne lis que des livres, des revues. Le flux de l’actualité est désespérant ». Mais c’est aussi parce que le flux de l’actualité est désespérant que Claude Askolovitch dans le JOURNAL du DIMANCHE tente de justifier le goût des jeunes pour les apéritifs géants. Toute la presse y revient ce matin et pas seulement le journal de Nantes, PRESSE OCEAN. C’est ainsi que je lis dans la NOUVELLE REPUBLIQUE de Tours : « Après l’accident mortel de Nantes où un jeune homme est mort après avoir absorbé entre 10 et 15 verres d’alcool fort, la question des apéros géants, devient une affaire politique. Brice Hortefeux va réfléchir à encadrer ces rassemblements difficiles à interdire. Question identique dans le DAUPHINE, l’ALSACE, le PARISIEN, NORD-ECLAIR de Roubaix. Claude Askolovitch doit-il pour autant écrire : « Ce qui terrifie dans les apéros, c’est qu’ils échappent à tout contrôle. On est, s’en souvient-on, dans un monde en crise ; où la finance a ruiné l’économie ; où des Etats boursouflés s’avèrent impuissants à faire circuler paisiblement des bus, à juguler la spéculation, à combattre mafieux et trafiquants, ou à raccommoder leurs bourses trouées autrement qu’en pressurant les gens. C’est ce monde-ci qui accueille les fans des apéros, des déconneurs d’Internet, qui se moquent de marcher dans les clous et rendent splendidement inutiles toutes les campagnes prophylactiques pour monde en paix dont on nous abreuve depuis des années. Ils fument et un peu plus, ils boivent et un peu plus, et ils s’éclatent, assez sages en somme, sympathiques de s’arsouiller plutôt que de faire la révolution ? La décadence, grommelle-t-on. Sans doute. Sans aucun doute. Mais leur décadence, ou celle du Vieux Monde… Autre chose en magasin ». Non, répond Martine Aubry, qui ne veut pas d’apéritif géant à Lille.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.