Bonjour à tous… « Tout le monde attend ». Tel est le titre de la chronique de Bruno Frappat dans LA CROIX, suivi de ce constat : « Les uns attendent dans la peur, dans l’effroi. Ils se barricadent derrière les illusions de la précaution, du sécuritaire – en veux-tu, en voilà – Les autres attendent que les premiers se mobilisent, s’activent, se révoltent plutôt qu’ils ne se calfeutrent… » Et le chroniqueur de LA CROIX d’interroger… « Est-ce que tout cela est si nouveau ? La perception d’un monde en train de finir, n’est-elle pas aussi vieille que notre passé ? » Tout le monde attend… Confirmation dans la dernière livraison de la revue ESPRIT, consacrée au temps des catastrophes avec sa cantilène, tant de fois reprise par les journaux radios-télés : désastre humanitaire, crises financières, risques alimentaires, grippe aviaire, apocalypse, terrorisme… N’en jetez plus, on craque, s’écrie aussi l’ami Frappat, impressionné par le catastrophisme ambiant. « C’est vrai, écrit-il, qu’on se trouve placé dans une impasse mentale où nous n’avons plus le choix qu’entre deux attitudes : l’aveuglement ou l’accablement, l’insouciance ou la panique. Les nouvelles sont devenus des bulletins venus du front de la bataille que se livrent l’homme et la nature, le présent goulu, et l’avenir exténué ». A leur manière, LES ECHOS confirment ce point de vue du rien ne va plus non plus en économie, ni du côté de l’argent, nerf de la guerre. « La chute du dollar bouleverse l’équilibre économique mondial, et les faillites bancaires succèdent aux faillites bancaires. » Et le quotidien de l’économie de commenter dans son édition week-end… « Bush a beau se déclarer en faveur d’un dollar fort, le billet vert est passé en dessous des cent yens, et l’euro a établi un nouveau record, à plus d’un dollar cinquante-six. Cet effritement a deux conséquences directes : le pétrole qui flambe sur les marchés des matières premières, et l’or, valeur refuge qui franchit les mille dollars l’once. » A la première page du MONDE daté de ce samedi, Plantu fait mine de sourire en dessinant un lingot étincelant, au-dessus d’un baril et d’un euro qui grimpent eux aussi au plus haut. Et juste au-dessous, un prolo poussant un caddie vide qui descend… à côté d’un Nicolas Sarkozy grognon. « Dis donc, jette le prolétaire au président, tu devais aller chercher la croissance avec les dents… - On avait dit, riposte Nicolas Sarkozy, qu’aujourd’hui on ne parlerait pas des élections municipales ». Je voulais n’en rien dire… mais comment faire quand LIBERATION titre sur la droite qui s’angoisse. Quand LA DEPECHE DU MIDI s’arrête aux scrutins incertains du grand Sud, Toulouse, Montauban, Carcassonne, Agen. Quand L’HUMANITE demande à ses lecteurs-militants de donner de la voix… Quand France SOIR voit François Hollande faire main basse sur les villes, et que Jacques Julliard, dans le NOUVEL OBSERVATEUR, salue l’électeur socialiste méconnu. « Un électeur, écrit-il, pas découragé par le flou de la doctrine du parti, ses luttes d’appareil et son absence de leader. » Comment ne rien dire des municipales quand, dans son éditorial du POINT, Franz-Olivier Giesbert évoque une droite à cloche-pied. Explication de mon confrère : « La droite avance toujours ainsi. Après s’être débarrassée du Front National, le mort-vivant de ces municipales, elle a désormais une nouvelle épine dans le pied. Une petite épine, en apparence de rien du tout (3.5% des suffrages), mais qui lui fera, peut-être, très mal, dimanche soir, c’est le MoDem. » Giesbert n’oublie pas cependant de souligner ce qu’il appelle le triomphe insolent de l’UMP Hubert Falco à Toulon, et le retour en grâce d’Alain Juppé à Bordeaux. « A croire, écrit-il, que les Français ont décidé que la politique était une chose trop importante pour être confiée seulement à la droite ou à la gauche. » Là-dessus, LE POINT trace ce matin, comme LE FIGARO, LA NOUVELLE REPUBLIQUE DU CENTRE, LE MONDE et LE REPUBLICAIN LORRAIN, les perspectives de l’après-sélection. « Et après… », écrit Philippe Waucamp, mon confrère lorrain, en évoquant les hypothèses d’un mini-remaniement. LE MONDE assure de son côté, que Nicolas Sarkozy, « peaufine une image plus présidentielle ». Il va accélérer les réformes, prévient LE FIGARO et réorganiser le travail de ses collaborateurs à l’Elysée. Nouvelle phase et ajustements, écrit de son côté Sylvie Pierre-Brossolette dans LE POINT. « Viva Zapatero », réplique Jean Daniel dans LE NOUVEL OBSERVATEUR, avant de remarquer qu’il y a au-delà des Pyrénées, un gouvernement, une équipe et un chef soutenu par le peuple, et conscient des dangers du moment. « Une belle lueur à gauche, écrit-il, avant d’ajouter… On voit mieux ici, par comparaison, la tragédie-comédie du leadership français ». Les journalistes politiques du POINT ont préféré rester de ce côté des Pyrénées, des vérités des uns, et des erreurs des autres. Ils ont donc classé, avec photo et petites bio, les bonnets d’âne de la droite, et les bonnets d’âne de la gauche - Entendez, ceux auxquels les électeurs ont dit : « Non, pas toi ». A droite, Dominique Perben, défait à Lyon, Renaud Dutreil battu à Reims, et Sébastien Huyghe écrasé à Lille par Martine Aubry. Bonnets d’âne aussi… pour François d’Aubert, Pierre Albertini à Rouen, et Jean-Marie Cavada en ballotage très difficile à Paris. A gauche, LE POINT réserve les places du fond de la classe, près du radiateur, au socialiste Lionel Blondelle, laminé par Luc Chatel à Chaumont, Alain Rousset, balayé par Alain Juppé à Bordeaux, et Ramzy Hammadi, le jeune socialiste qui n’a pas décollé à Orly. Reste dans la presse ce matin, ce scoop d’Internet, repris en première page par LE PARISIEN. C’est une petite annonce… « A vendre, château de 1.200 m², vingt-trois pièces dont treize chambres, terrain de 15 hectares, dépendances et corps de ferme. Ensemble rare et prestigieux. » Le prix, précise l’annonceur toulousain, n’est pas communiqué, pour des raisons de confidentialité à respecter ». Bigre, allez-vous dire… Qui diable vend cela, et où… Serait-ce Chirac à Bity en Corrèze ? Que non pas, c’est le château de Valéry Giscard d’Estaing à Chanonnat, dans le Puy de Dôme. Un bijou du XVème. Deux tours à poivrière, des escaliers en colimaçon…. Mais quand on y dîne, ou quand on y dort en plein hiver, il y fait froid. Il y faisait froid, même quand le pétrole n’était pas cher. Mais, si vous aimez le soir, entendre le bruit de la chouette hululer, et regarder les belles demeures du passé… voyez LE PARISIEN ce matin, avec ce titre… qui prouve que c’est dur pour tout le monde… « Giscard vend son château ! » Mais c’est samedi, il fait doux partout. Et à Bordeaux, un homme est heureux. C’est Alain Juppé…. Et Anna Bitton, dans LE POINT, révèle le poème préféré de l’ancien Premier ministre, métamorphosé… « Comme je descendais des fleuves impassibles, Je ne me senti plus guidé par les haleurs : Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles, Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs. J’étais insoucieux de tous les équipages, Porteur de blés flamands ou de cotons anglais. Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages. Les Fleuves m’ont laissé descendre où je voulais » . Arthur Rimbaud, bien sûr, Le bateau ivre . Pour un ancien ministre droit dans ses bottes, et ivre de joie.

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