Bonjour à tous. Alain Bashung, qui est mort hier après-midi à Paris, figure en première page de toute la presse aujourd’hui. Main levée, en signe d’adieu, comme on a pu le voir, sous son chapeau en feutre noir, il y a moins de quinze jours, aux Victoires de la musique, souriant et visiblement décontenancé par l’hommage unanime de ses pairs. Au point que le chanteur disparu eut alors ce lapsus rapporté le lendemain par Olivier Seguret dans LIBERATION : « Merci à tous ceux qui m’ont fait conscience !... ». Et comprenant son erreur, Bashung avait embrayé sans corriger. « Ceux-là se sont montrés très inconscients ! ». Et bien non. Au kiosque ce dimanche, la presse salue Alain Bashung, comme elle le fit ces dernières décennies, pour tous les princes de la chanson française fauchés par la camarde, bien avant lui. Bécaud, Gainsbourg, Brel, Ferré, Brassens, Montand, Trenet. Sans oublier nos reines de la nuit, Barbara, Piaf, mains blanches et robes noires de nos mémoires. « Bashung est mort » titrent sobrement OUEST-FRANCE et le JOURNAL du DIMANCHE, tandis que le POPUALIRE du CENTRE et la MONTAGNE de Clermont-Ferrand, osent faire référence « à sa petite entreprise fermée pour toujours ». La MONTAGNE où un billetiste héritier d’Alexandre Vialatte, écrit joliment « que la chansonnette a quitté les pavés de la rue ». Et pas seulement avec Bashung, mais aussi avec Jean Loup Dabadie, entré cette semaine, sous la Coupole de l’Académie française. Le Panthéon de la chanson pour l’un, la fréquentation des immortels pour le second. « C’est », écrit le billetiste de la MONTAGNE dans son propos du jour, « la juste reconnaissance d’un élément essentiel de notre culture ». « Au paradis des joueurs d’accordéon », ajoute mon confrère, « ils doivent bien rigoler les Brassens, les Brel, les Trenet ou autre Boby Lapointe ». « Tu vois, Léo, avec le temps, va, tout arrive, même le temps des cerises sur les gâteaux ». Géant pour le PARISIEN. Génie pour NORD-ECLAIR de Roubaix. Prince de la chanson pour Nicolas Sarkozy. Le journal LA PROVENCE a raison de dire à ses lecteurs, qu’Alain Bashung va nous manquer. Là-dessus, le PARISIEN prend soin d’expliquer que le chanteur a tenu autant qu’il l’a pu, victime des suites d’un cancer du poumon… Et qu’il est mort hier, entouré des siens, à l’hôpital Saint-Joseph, dans le 14ème arrondissement. Le JOURNAL du DIMANCHE retrace sur trois pages événement, toute la carrière du rocker qui luttait depuis deux ans contre la maladie, demeurant jusqu’au bout l’artiste le plus créatif de la chanson française. Le JOURNAL du DIMANCHE illustre le film de sa vie, avec quelques photos bien choisies, du résident modeste de la Goutte d’or… né de père inconnu… D’abord rocker, au visage rond, chevelu comme Balavoine, il dira ce que fut son adolescence en Alsace, chez ses grands parents, chrétiens conservateurs… « Gamin, je voyais beaucoup de gens aller à l’église le dimanche, et la semaine ils se conduisaient comme des salauds ». Et le JOURANL du DIMANCHE, d’évoquer de la même façon, le chanteur engagé de « Touche pas à mon pote », l’amitié de Bashung pour Gainsbourg, son rôle au cinéma dans « le Cimetière des voitures » de Fernando Arrabal. Il avait 13 ans, et dans le film, mourait crucifié sur une moto. Alain Bashung, s’était marié avec la comédienne Chloé Mons, il y huit ans. Vous les verrez tous les deux, souriants et heureux en page 3 du JOURNAL du DIMANCHE, photographiés lors de la cérémonie. Avec cette charmante légende signée Eric Mandel, qui mérite d’être citée telle quelle. « Bashung et Chloé étaient inséparables… à la vie, comme à la scène ». Durant la dernière tournée de Bashung, la jeune femme le rejoignait à la fin de chaque concert pour chanter en duo la chanson « Calamity Jane ». Ils se sont mariés à l’Eglise en 2001, en récitant le Cantique des Cantiques, dont ils feront un disque l’année suivante. Au-dessus de ces photos bonheur, le communiqué du Président de la République : « un poète, un chanteur engagé, un prince nous a quitté. Homme de scène et de studio, il avait créé un univers musical à l’esthétique sombre et élégante. Il écrivait des élégies baroques, les habitait, puissantes, mélancoliques, violentes parfois ». Communiqué de Ségolène Royal sur le musicien de talent, à la voix pure, et si formidablement présent sur scène. Réaction enfin de Nagui, pour qui Bashung était un être rare. Jamais une faute de goût. Un artiste qui a réussi à être populaire tout en plaisant aux branchés. Il soufflait tout à la fois, le chaud et le froid avec une maîtrise parfaite. Il a été notre plus belle définition du rock… On ne peut mieux dire en ce matin, où la douce France déplore deux morts, deux disparus, pauvres cendres de conséquence… Celle de Bashung et celle du caporal des chasseurs alpins d’Annecy, tué par un tir de roquettes en Afghanistan, au Nord-est de Kaboul. C’est le 27ème soldat français tué, victime des Talibans. Un jeune homme, qui avait forcément dans la tête, comme nous, un refrain du passé lointain ou récent, signé Alain Bashung. Vous savez, une de ces chansons, à double tour, à double sens, dont on ne retenait pas forcément les couplets, mais qui s’imprimaient dans la conscience. Chansons d’amour, chansons sociales, pleines de désirs et d’impatiences. « Oh Gaby, Gaby Tu devrais pas m’laisser la nuit J’peux pas dormir j’fais qu’des conneries Oh Gaby, Gaby Tu veux qu’j’te chante la mer Le long, le long, le long des golfes Pas très clairs Gaby, j’t’ai déjà dit qu’t’es bien plus belle que Mauricette Qu’est bell’ comme un pétard qu’attend plus qu’une allumette Ca fait craquer, au feu les pompiers Aujourd’hui c’est vendredi et j’voudrais bien qu’on m’aime J’sens que j’vais finir chez Wanda et ses sirènes, et ses sirènes ». « A l’arrière des berlines on devine des monarques et leurs figurines juste une paire de demi-dieux livrés à eux ils font des petits ils font des envieux A l’arrière des dauphines Je suis le roi des scélérats A qui sourit la vie Marcher sur l’eau Eviter les péages Jamais souffrir Juste faire hennir Les chevaux du plaisir Osez, osez, Joséphine ». « Un jour je t’aimerai moins Jusqu’au jour où je ne t’aimerai plus Un jour je sourirai moins Jusqu’au jour où je ne sourirai plus Un jour je parlerai moins Jusqu’au jour où je ne parlerai plus Un jour je courrai moins Jusqu’au jour où je ne courrai plus. Aujourd’hui, nos regards sont suspendus Nous, résidents de la République Où le rose à des reflets de bleu Résidents, résidents de la République Des atomes, fais ce que tu veux ». « Quand faut-il être pour ? Que faut-il être encore ? On dirait qu’on sait lire sur les lèvres Et que l’on tient tous les deux sur un trapèze On dirait que, sans les poings, on est toujours aussi balèzes Et que les fenêtres nous apaisent. Peut-être que la nuit le monde fait la trêve Et qu’aujourd’hui son sourire fait grève On dirait qu’on sait lire sur les lèvres Et que l’on tient tous les deux sur un trapèze ». « Ma petite entreprise Connaît pas la crise Epanouie elle exhibe Des trésors satinés Dorés à souhait J’ordonne une expertise Mais la vérité m’épuise Inlassablement se dévoile Et mes doigts de palper Palper là cet épiderme Qui fait que je me dresse Qui fait que je bosse Le lundi Le mardi Le mercredi Le jeudi Le vendredi De l’aube à l’aube Une partie de la matinée Et les vacances Abstinence. Qu’importe L’amour importe Qu’importe L’amour s’exporte Qu’importe Le porte à porte En Crimée Au sud de la Birmanie Les lobbies en Lybie Au Laos L’Asie coule à mes oreilles. Ma petite entreprise Connaît pas la crise S’expose au firmament Suggère la reprise Embauche Débauche Inlassablement se dévoile ».

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