Bonjour à tous… « Un oranger sur le sol irlandais On ne le verra… jamais. Un jour de neige embaumé de lilas Jamais on ne le verra. Qu’est-ce que ça peut faire ? Qu’est-ce que ça peut faire ? Tu dors auprès de moi… ». Mais, si vous avez dormi hier, ou si vous êtes allés au cinéma, vous avez raté la passe de Gourcuff à Anelka et la victoire de l’équipe de France sur une équipe irlandaise aussi coriace que malchanceuse. « Les Bleus peuvent donc », comme l’écrit le PARISIEN ce matin, « envisager sereinement le match-retour, mercredi prochain au Stade de France… Et rêver d’une qualification pour la Coupe du Monde, l’année prochaine en Afrique du Sud ». « On est plutôt bien barrés » préfère l’EQUIPE sur une photo magnifique de nos héros tricolores emmêlés, embrassés dans un élan de fraternité modèle aussi sportive que Républicaine. Dans son ensemble, la presse régionale considère que la moitié du chemin est faite pour les Français et que l’Afrique du sud n’est plus qu’à un pas. C’est pourquoi je ne détacherai que trois titres. Le premier, réaliste de la VOIX DU NORD, soulignant « la bonne affaire des Bleus à Dublin ». Le second, plus poétique de l’EST REPUBLICAIN : « Ciel bleu sur Dublin : Irlande zéro. France 1». Et enfin, celle allitération en manchette dans le journal LA PROVENCE qui rappelle… pour qui sont ces serpents qui sifflent sur votre tête : « Les Bleus n’ont pas craqué à Croke Park ». Surtout, ne pas craquer en effet, et bien respirer, comme l’écrit Solen Cherrier dans le JOURNAL du DIMANCHE, à propos de TF1, qui a acheté 120 millions d’euros, les droits de retransmission de la Coupe du Monde en Afrique du Sud ! « Si un partenaire des Bleus », écrit ma consoeur du JDD, « avait des raisons d’être fébrile hier soir, c’est bien TF1, qui aurait perdu, quelques belles promesses d’audience, sur un échec français ». D’autant que la chaîne a laissé échapper le premier match de barrage d’hier à son concurrent très entreprenant M6. Et perdu… quelques 8 millions de téléspectateurs, au profit de la chaîne de Nicolas Tavernost. Eh oui, le foot, c’est aussi de l’audience télé, de la publicité, de l’argent. C’est pour cela, sans doute, qu’hier TF1 a attendu 20h25 pour évoquer dans son grand journal le match événement, acheté par la Six… Plus libre, sur France 2, Laurent Delahousse l’a présenté comme il convenait en ouverture de son grand journal. Comme quoi… ce n’est pas si simple d’être journaliste par les temps qui courent. Même pour établir un petit classement des événements. Une hiérarchie de l’information. Ca coco… tu le dis… ca tu l’oublies… Obama en Chine : vingt secondes. Ségolène Royal à Dijon : 1 minute 30… L’anniversaire du Pacs : faut voir. Sarkozy-Lula sur Copenhague… mets-moi 20 secondes de Sarko, mais laisse tomber la traduction de Lula… trop long. Quelques confrères de la presse écrite réagissent à leur manière, sur cette course contre le temps ou contre l’argent qui donne à l’information ce caractère haletant et à la politique une fébrilité qui ne correspond en rien à la vie des gens. Ainsi Jean-François Kahn qui publie chez Plon ce qu’il appelle : « Les dernières salves de son dictionnaire contre le conformisme et la bien-pensance » s’inquiète du « ratatinage du pluralisme d’expression et d’information ». Selon lui, 60 % des sensibilités qui participent à la diversité hexagonale sont privés de véritables débouchés médiatiques. Résultat, c’est le conformisme qui vaut billet d’entrée. Le FIGARO aujourd’hui, ne publierait plus Rochefort. Et sur les radios-télévisions, Zola n’aurait droit qu’à une minute trente pour résumer son « J’accuse »… entre deux longues réponses de ministres, sur toutes les chaînes et sur toutes les ondes. Georges-Marc Benamou se demande lui aussi, dans sa chronique de NICE-MATIN quelle mouche pique quotidiennement les adversaires de Nicolas Sarkozy… dès lors que tout ce qu’il fait de petit ou de grand vaut polémique. Le même éditorialiste de NICE-MATIN interpelle rudement Ségolène Royal et Eric Raoult. « Etes-vous devenus fous », leur dit-il. Vous, Madame Royal, en proposant des chèques–contraceptifs aux collégiennes du Poitou. Et vous, Monsieur le député UMP Eric Raoult, en voulant mettre au pas, l’écrivain du Goncourt, comme on le faisait dans l’autre siècle en RDA. Et Georges-Marc Benamou d’inviter la présidente socialiste et le député UMP à voir ou revoir au cinéma « la Vie des autres », ce film qui montrait un monde qui fait froid dans le dos. Un monde, où l’on confond le collectif et l’intime. Une société, où les politiques prétendent contrôler le sexe et la pensée… A ce monde-là, le chroniqueur de NICE-MATIN oppose Eluard et conclut : « Je continuerai inlassablement d’écrire ton nom… liberté ». Jean Daniel ne fait pas autre chose, en consacrant cette semaine dans le NOUVEL OBSERVATEUR deux pages à l’héritage de Claude Levi-Strauss. Deux pages, alors que, pour l’ensemble des médias… c’est fini, on a donné, Lévi- Strauss est mort et enterré. Et bien non, pas pour Jean Daniel, il y a encore à dire, sur l’ethnologue héritier lui-même, de notre grand Montaigne et de notre grand Jean-Jacques Rousseau. « Personne", s’écrie l’éditorialiste fondateur du NOUVEL OBS, "n’a instruit plus implacable procès du colonialisme que Lévi Strauss". Et Jean Daniel de s’interroger : "Qu’est-ce qui peut réaliser l’union consensuelle d’un monde, son unité fusionnelle, sinon la communion dans le deuil ? Voici que pour la planète entière, au moins, en tout cas, pour ce que l’on appelle ses élites, la mort d’un Français, du nom de Claude Lévi-Strauss, est saluée comme s’il ne pouvait pas avoir de successeur. Cet homme qui déclarait n’avoir jamais été habité le moins du monde par un besoin de transcendance est l’objet d’une sacralisation singulière, comme si, à travers sa personne, c’était la dignité retrouvée d’un certain nombre de sociétés dites primitives, à l’origine de l’humanité, que l’on célébrait". Dans le même numéro du NOUVEL OBS… un fait divers éloquent… Il concerne la cinéaste Catherine Breillat, victime semble-t-il, d’un voyou professionnel, Monsieur Rocancourt, qui l’aurait escroquée de 800.000 euros. « Rocancourt m’a tout pris », dit-elle. Mais elle ajoute dans l’interview accordée à Didier Jacob. « J’ai toujours préféré les voyous aux présentateurs télé qui font de la moralité sur l’immoralité, gagnant ainsi leur image et leur fric »…. Jean-François Kahn dans ses « dernières salves », réhabilite le fait divers en donnant cette définition d’un genre journalistique, qui fit les grandes heures de la presse populaire. Faits divers : « Rubrique journalistique volontiers méprisée par l’élite intellectuelle. A tort. Car l’assassinat d’un archiduc autrichien à Sarajevo fut aussi un fait divers ». Reste dans le PARISIEN, un fait politique, l’interview subtile de Jean-François Copé, président du groupe UMP à l’Assemblée nationale. Elle est titrée : « Chaque Français doit se demander ce qu’il doit à la France ». Moi, qui suis moi… qui viens de chez moi, et qui vais y retourner… Je réponds… je dois tout à la France.

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