L'épouse du dictateur syrien communique à contre-courant pendant que le régime massacre Alep, nous dit la presse étrangère.

Il s’appelle Ali Charrihi, et sa mère Fatima fait partie des 86 victimes de l’attentat perpétré le 14 juillet sur la promenade des Anglais. Il s’appelle Ali Charrihi, et comme ses frères et sœurs, il sera présent ce matin à l’hommage national rendu aux victimes du terroriste de Nice. Et, à Louise Colcombet, il explique, dans Le Parisien, l’importance qu’a pour lui la cérémonie d’aujourd’hui. « A travers le président de la République, c’est la nation toute entière qui va honorer la mémoire de ma mère. La nation toute entière qui va envoyer un message d’union et de paix. » Et puis, c’est aussi, avoue-t-il, une « indispensable » étape dans sa reconstruction. Il se dit hanté par cette nuit terrible du 14 juillet – des flashs qui lui reviennent quasi quotidiennement, malgré le soutien des psychologues et malgré les médicaments… Il est hanté, aussi, par le sentiment d’impuissance et de culpabilité des survivants.

Si lui-même n’est pas mort ce soir-là, c’est parce que sa mère l’avait, avec son père, envoyé déplacer leur voiture qui était garée en double file. « C’est comme si elle avait su… Comme si elle m’avait protégé une dernière fois. Mais pour elle, je n’ai rien pu faire », ajoute-t-il en précisant qu’il a cependant ranimé deux femmes de 80 ans. Aujourd’hui, il décrit sa famille « en lambeaux », car Fatima était « le pilier de la maison ». Mais il a toutefois décidé de ne pas sombrer dans le chagrin : Ali Charrihi veut agir. Elevé dans le respect absolu de la République, il souhaite désormais s’investir pour relayer le message de paix que Fatima, à n’en pas douter, aurait elle-même professé si elle avait survécu.

Il s’est ainsi rapproché de Latifa Ibn Ziaten, la mère de la première victime de Mohammed Mehra, dont l’association multiplie les interventions pour prôner le vivre-ensemble en milieu scolaire. « Je voudrais, dit-il, faire comprendre aux jeunes la chance qu’ils ont de vivre en France. Ce n’est pas un pays de mécréants qui leur veut du mal, c’est un pays qui nous propose un avenir commun. Mais pour s’intégrer, ils doivent se battre, comme l’ont fait nos parents. » Et Ali de citer un proverbe qui était cher à sa mère : « Il faut connaître le goût du vinaigre pour apprécier celui du miel. » Des paroles qui font du bien. Et un portrait qui fait du bien.

C’est donc ce matin qu’aura lieu l’hommage national aux victimes de l’attentat terroriste de Nice. Lesquelles, si l’on croit ce matin Libération, suscitent parfois la convoitise de structures peu scrupuleuses… « La double peine pour les victimes » : c’est le titre à la Une… Enquête d’Ismaël Halissat qui s’est plongé dans le maquis des associations qui prennent en charge les rescapés du 14 juillet. Des associations rigoureuses pour la majorité d’entre elles, mais d’autres, en revanche, ont des pratiques un peu douteuses. Certaines prennent ainsi de grandes libertés avec les règles de déontologie, et orientent très rapidement les victimes vers quelques avocats qui se partagent les dossiers d’indemnisation. Des avocats qui pratiqueraient en outre des honoraires exorbitants, avoisinant les 20% – quand on sait que l’indemnisation peut atteindre plusieurs centaines de milliers d’euros, 20% c’est donc colossal. Sachant que, selon le journal, des avocats se seraient déjà directement servis dans les premiers fonds d’urgence. « Et les victimes ne voient même pas que cela pose un problème », se désole une juriste.

L’enquête de mon confrère s’étonne par ailleurs de la naissance d’une nouvelle structure post-attentat : l’association de soutien aux victimes d’actes du terrorisme. Association lancée mardi, et que ses statuts définissent à la fois comme indépendante et patriote. Oui, « patriote ». Et elle est présidée par une femme qui est membre du collectif « islamisation basta ». Ses propos, parfois, flirtent avec le complotisme, et surtout, le Front National.

Le FN qui, d’ailleurs, séduit de plus en plus les policiers et les gendarmes. C’est ce que montre l’enquête d’Anne Vidalie dans L’Express : « Intérieur bleu marine. » Plus de la moitié des membres des forces de l’ordre – 57% selon un sondage – souhaiteraient voir l’arrivée de Marine Le Pen à l’Elysée.

« Et pour qui votent les cathos ? » : c'est la question posée à la Une du Parisien. Réponse : 80% des catholiques français votent traditionnellement pour la droite modérée. Dès lors, cet électorat est très courtisé par les différents candidats de la primaire à droite, sachant que parmi les plus conservateurs, ils sont, là encore, de plus en plus nombreux à se dire attirés par le vote Front National. Longtemps rétifs au FN, les catholiques pratiquants ont été près d'un quart à lui octroyer leur voix lors des dernières régionales. Et c'est un phénomène de fond, une tendance qui peut s'accentuer, de l'avis d'un politologue interrogé par le journal.

Autre phénomène de fond : la descente aux enfers de François Hollande. « A gauche, plus personne ne croit en François Hollande », titre ainsi Le Figaro, précisant que pour la première fois, différents poids lourds de la majorité ont exprimé hier leurs doutes sur sa capacité à briguer un deuxième mandat. S'il souhaite se représenter, François Hollande « ne se facilite pas la tâche », a ainsi expliqué Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS, tandis que Claude Bartolone, président de l'Assemblée, affirmait qu'il se posait « des questions sur sa volonté d'y aller ». Quant à Manuel Valls, en déplacement au Canada, il a livré un commentaire pour le moins ambigu : « Il faut de la dignité. Il faut de la pudeur. Il faut de la hauteur de vue. »

Commentaire qui fait suite aux confidences de François Hollande rapportées dans le livre Un président ne devrait pas dire ça. Livre dans lequel il estime notamment que la justice est « une institution de lâcheté ». Hier, face à la polémique, le chef de l'Etat a présenté des excuses aux magistrats.

« En clair, François Hollande dit n'importe quoi lorsqu'il reçoit les journalistes et regrette tout immédiatement après », se gausse ce matin Sébastien Lacroix dans L'Union, Le Monde expliquant pour sa part que les propos présidentiels « sabordent le dispositif de précampagne mis sur pied ». Le président « a peut-être finalement écrit là son épitaphe publique. Une épitaphe de près de 700 pages qui, si on y regarde bien, s'apparente à un petit traité du parfait suicide en politique », analyse Pascal Coquis dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace. Pour Patrice Chabanet dans Le journal de la Haute-Marne, c’est « une fin de mandat pathétique ». Le Midi-Libre, sous la plume de Jean-Michel Servant, parle de son côté d'un « sabordage politique », le chef de l'Etat venant « de creuser un peu plus sa tombe ».

Sabordage politique, suicide politique, épitaphe, il creuse sa tombe… Tous les éditoriaux disent en gros la même chose. Regard très sévère sur un François Hollande accusé d’être un président pipelette… « Ses chances de prolonger son séjour à l'Elysée semblent aujourd’hui pulvérisées », résume Alain Dusart dans L'Est Républicain.

Et puis, pour finir, je vous conseille la lecture du portrait signé par Anne-Sophie Mercier dans Le Canard Enchaîné. Portrait d’une femme qu’on ne voit pas. Une femme qu’on n’entend pas. Une femme qui se tait mais qui, il n’y a pas si longtemps, affichait pourtant son sourire et sa longiligne silhouette sur le papier glacé de la presse magazine… Cette femme, c’est Asma El Assad, la douce épouse du sanguinaire dictateur syrien. Voilà maintenant des années qu’il massacre son peuple, et Asma ne dit rien. Voilà des semaines qu’Alep est bombardée quotidiennement, et Asma ne dit rien. Elle laisse faire et même, elle soutient.

Portrait, donc, de cette ancienne banquière élevée au lait de la démocratie britannique. Elle a fait ses études au King’s Collège, et puis renoncé à Harvard, où elle était admise, pour épouser son cher Bachar, alors ophtalmologue à Londres. La presse, à l’époque, la trouvait absolument parfaite, « aussi classe et glamour que Rania de Jordanie, mais nettement moins fadasse et, du reste, jamais voilée ». Un petit côté Grace Kelly, et une fois mariée, elle se lance dans le caritatif : agriculture, culture, éducation, rien ne lui échappe… Asma El Assad est alors la reine des bons sentiments. Sauf quand il s’agit des massacres perpétrés par Bachar.

Des mails échangés par le couple, piratés par l’opposition syrienne et publiés dans The Guardian, montrent qu’elle a toujours défendu son époux. Sur les centaines de messages rendus publics, pas un seul n’exprime le doute. Et ce n’est pas le cas non plus dans les mails qu’elle envoie à sa famille restée à Londres. A ses proches, elle fait des commandes de bijoux : un collier en turquoise, un autre en cornaline, un troisième en onyx et un dernier en améthyste, avec des diamants s’il-vous-plait… Elle achève par ces mots : « Je vous embrasse et, surtout, ne vous inquiétez pas. Ici, tout va très bien ! »

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