Bonjour à tous. LE MONDE daté d’aujourd’hui, a partagé en quatre parts égales, sa page « Disparitions ». Quatre colonnes pour Jacques Martin. Une pour le metteur en scène ouzbek Mark Weil, qui joua « Ubu Roi » à Nancy et a été assassiné la semaine dernière à Tadkent, probablement par des fanatiques opposés à son théâtre de liberté. Brigitte Salino rapporte à son propos, qu’il défendait une société ouverte et cosmopolite, ralliant autour de ses spectacles nombre d’homosexuels, dans un pays où l’homosexualité est passible de prison. Mark Weil avait déclaré récemment dans un entretien accordé à un magazine allemand, qu’en Ouzbekistan, la direction du pays a été confiée à des personnages inintéressants. Pas d’hommes remarquables. « Rien ne se passe, j’étouffe ». Mark Weil, qui jouait Eschyle et Jarry en pratiquant ainsi, une opposition rusée, ne dérangera plus personne. On l’a tué dans son immeuble à coups de couteau et de bouteille. Il avait 55 ans. Dans la même page « Disparitions » du MONDE daté d’aujourd’hui, quatre colonnes aussi, pour saluer la Britannique Anita Roddick, créatrice de la chaîne de magasins Body Shop, et pionnière du commerce équitable. On l’appelait la mère Teresa du capitalisme, saluant ainsi son activisme de patronne capable de bâtir un réseau de 2000 boutiques de cosmétiques, en le mettant au service d’une cause : la protection de la planète avec Greenpeace, et celle des petits producteurs de biens de consommation. Anita, saluée par le Premier ministre Gordon Brown, avait vendu sa chaîne Body Shop, l’année dernière à L’Oréal. L’Oréal dont le PDG souligne aujourd’hui son inspiration, son courage et sa générosité. A côté du portrait-souvenir d’Anita, quelques lignes pour évoquer la mémoire d’Yvette Troispoux, la photographe que Robert Doisneau appelait sa « photocopine »… Chaque année, Yvette honorait les Rencontres d’Arles… Elle était née en 1914 et s’était vu interdire ce drôle de métier par ses parents. Mais bien sûr, l’essentiel de la page « Disparitions » est réservé à Jacques Martin… dont Le Monde nous dit qu’il fut comédien, avant de rencontrer, et avec quel succès, la radio et la télévision ! Serge Bolloch, qui signe la chronique, cite deux personnalités politiques : VGE qui disait en 1974, lors de la création du Petit Rapporteur sur TF1 : « C’est le journal le plus amusant de France, mais je déconseille à mes ministres d’y participer ». 33 ans plus tard, Christine Albanel, notre ministre de la Culture et de la Communication, rend un autre hommage à l’animateur disparu, quand elle salue « un esprit libre, impertinent, drôle et bourré de talents ». C’est la chute de la chronique, avec au-dessus ces quatre lignes qui feront parler, puisque le mélange vie publique, vie privée fait débat, et pas seulement cette semaine dans l’hebdomadaire VSD. Je cite LE MONDE de ce samedi. « Jacques Martin s’était marié en 1984 avec Cécilia Ciganer-Albeniz, future épouse de Nicolas Sarkozy, avec laquelle il a eu deux filles, Judith et Jeanne-Marie ». Dans LE COURRIER PICARD, qu’on lit dans la Somme et Amiens, je découvre le dessin d’Alex, humoriste impertinent comme on peut l’être en 2007 – Lequel Alex traduit, cette situation ordinaire et pas, d’un titre : « L’école des Femmes », et d’une caricature : un studio, un micro… A droite d’un petit podium, on reconnaît Nicolas Sarkozy en culotte courte, et Jacques Martin qui l’interroge… - « Tu veux faire quoi, quand tu seras grand ? » - « Te piquer Cécilia « ! » répond l’enfant. "Jacques Martin ou l’école défunte", préfère titrer sur sa page « Ecrans-Média, le journal LIBERATION, avec ce surtitre curieux… "l’animateur qui a longtemps squatté nos dimanches, est mort un vendredi !" L’explication est peut-être sous la légende d’une photo de l’animateur prise en 1970… Terrassé par un accident vasculaire… en 1998, il avait alors disparu des écrans… Robert Solé, le chroniqueur du MONDE, s’interroge là-dessus, sur le mot juste que l’on devrait employer. Quelle différence y-a-t-il entre un mort et une disparition… Et il précise, dans la page « Faits Divers » : "les disparus, sont des personnes dont on est sans nouvelles". Dans le Carnet, des défunts, auxquels on refuse le bandeau « nécrologie » jugé trop macabre. Et Robert Solé d’évoquer Steve Fossett, disparu dans le Nevada, et De Gaulle, disparu pendant quelques jours en mai 68… mais disparu vraiment en novembre, deux ans plus tard. Restent, pour les journalistes, et le public, cette hiérarchie dans les disparitions… Que faire, en effet, quand Marcel Cerdan meut en même temps que Ginette Neveu… Quand Jean Cocteau meurt le même jour qu’Edith Piaf… Quand l’animatrice longtemps égérie de la radio Carbone 14, dans les années 80, la fameuse Super Nana… meurt en même temps que Jacques Martin. Catherine Mallaval de LIBERATION lui consacre une colonne ce matin, et rappelle que cette ancienne employée du Crédit Lyonnais avait commencé sur la radio libre en 81. Un soir où l’on dissertait sur les gros et les grosses, elle avait téléphoné à la station… « Je suis grosse, belle, curieuse et je baise. D’ailleurs, je vais venir vous séduire ». En 2001, Super Nana, revenue de tout cela, avait déclaré à Libé : « Aujourd’hui, les nanas, on ne les laisse pas parler. Ou elles font de la pub, ou on les fait passer pour des idiotes …». Mais j’en reviens, petit patapon, à nos moutons, et à ce que nous pouvions appeler la fonction Rire, impertinence, des radios, et télévisions…. Car le rire on le sait depuis Molière, est subversif et demande la protection du prince…. Les princes éclairés, savent d’ailleurs l’utiliser, à leur profit. Les autres le condamnent, et la liste est longue des humoristes condamnés dans le passé. Impertinence… le mot est ce matin dans tous les quotidiens, avec ces manchettes… Merci Jacques, Adieu Jacques… Martin ne fera plus le Jacques… sous vos applaudissements, Martin s’en est allé. Une page dans Le Figaro… Un dossier de cinq pages dans LE PARISIEN, et des émissions de radio et des émissions de télé, en veux-tu en voilà. Et c’est bien normal après tout… Nous avons tous ri, ou souri, avec Martin, Desproges, Prévost, Bonte, Piem… et puis, Ruquier, et puis Gerra, à des moments où l’audiovisuel était plein de gratitude, de sérieux, et de scrogneugneux. On ne rit pas, Monsieur, avec ces choses-là. Impertinence : c’est, dit Le Larousse, une manière effrontée ou insolente de parler, d’agir. Un impertinent, c’est quelque chose qui fait preuve d’irrespect… Un effronté, un désinvolte, un insolent. Martin était tout cela… comme Devos, Bedos, Averty… Les Shaddoks, les Guignols, et j’en passe.

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