Bonjour à tous… « Ce soir j’attends Madeleine J’ai apporté des lilas J’en apporte toutes les semaines Madeleine elle aime bien ça Ce soir j’attends Madeleine On prendra le tram trente-trois Pour manger des frites chez Eugène Madeleine elle aime tant ça… Madeleine c’est mon Noël C’est mon Amérique à moi Même qu’elle est trop bien pour moi Comme dit son cousin Joël » Il y a 45 ans, Jacques Brel chantait ainsi les rendez-vous ratés d’un quidam qui aimait non seulement les femmes, mais aussi les frites, le cinéma, et le tramway pour y aller ! … Retour vers le futur, et télescopage passé-modernité, Brel, aurait été très étonné, par la presse ce samedi laquelle presse n’a d’yeux que pour le tramway de retour à Paris. Il l’avait quitté en 1937. Le Parisien, consacre ce matin dix pages au tram 3, qui va à partir d’aujourd’hui du Pont de Garigliano à la porte d’Ivry, et ce journal très populaire ose même titrer en manchette, « le jour du tram est arrivé ! » à la manière où on disait « le jour de gloire est arrivé »… On pourrait dire la même chose à Montpellier, qui aujourd’hui aussi inaugure sa deuxième ligne mais, avec un enthousiasme moindre, plus mitigé. A Marseille où j’étais l’autre jour, d’aucuns s’étonnaient d’une Canebière en chantier, elle aussi, alors qu’en souterrain le métro marseillais fait très bien l’affaire, et que le tram phocéen va coûter cher ! Idem à Nice et à Clermont-Ferrand, puisque partout en France, dans un même mouvement, les villes redécouvrent, ont redécouvert le tramway de nos grands-pères. En plus chic, bien sûr, plus cool et moins bruyant, brinqueballant. Comme l’écrit Marie-Anne Gairaud dans Le Parisien les gens de la capitale aiment le gazon planté sur la voie du Tram-3. Ils apprécient aussi, les grandes baies vitrées du nouveau tramway, l’élégance des stations où il va s’arrêter. Ceux qui l’ont essayé hier, déplorent seulement les sièges un peu trop durs, et les couleurs criardes des voitures. Libération donne le prix de l’opération 214 millions d’euros, ça nous dit rien comme ça, mais ça semble beaucoup… plus, plus les 44 millions nécessaires à la requalification des voieries. La Région a cotisé pour 38%. L’Etat pour 23. Autant pour la Ville de Paris, et 15 % pour la RATP. Au total, on peut considérer que le T3, le tram-3 revient à 2 millions d’euros au kilomètre. La ligne en comporte presque 8. 7 kilomètres 900 exactement, et devrait véhiculer 25 000 voyageurs par jour. Il reste à savoir, bien sûr, si ce tramway tant désiré par les Verts, consenti par les socialistes de la capitale, et boudé par une partie des élus UMP, sera plébiscité ou non par les parisiens. Le Figaro publie là-dessus un sondage IPSOS montrant que 63% des Parisiens sont persuadés que le tramway va améliorer les déplacements dans la capitale. Contre 29% qui en doutent. Le Figaro a profité de cette enquête pour demander aux personnes interrogées ce qu’elles pensaient de la politique de Bertrand Delanoë, en matière de circulation. Et là alors, rien ne va plus… 60% des parisiens, selon l’enquête IPSOS, jugent négativement la politique du maire de Paris, en la matière. D’où ce titre du Figaro : « La circulation, point noir du bilan Delanoë… » C’est très fort. Le jour de l’inauguration du T3, le Figaro peut, grâce à l’enquête IPSOS, avancer deux idées. Premièrement : Le tramway, c’est chouette… plus de 60 % des Parisiens sont enchantés, 63 % exactement. Deuxièmement : Mais la circulation à Paris, c’est de pire en pire, près de 70% des Parisiens, 68 exactement, dénoncent la politique suivie. Reste, une question subsidiaire honnêtement posée par les enquêteurs d’IPSOS… Voulez-vous, Bertrand Delanoë, ou Madame de Panafieu comme prochain maire de la capitale ? 37%... on veut Bertrand et 26%, on préfère Françoise. L’Humanité, elle, a choisi de s’interroger plus sérieusement, sur l’avenir du tramway… Est-il le transport urbain de demain, alors que la plupart de nos villes y avaient renoncé, avant et après la dernière guerre. Réponses intéressantes sur ce point, d’Alain Juppé maire UMP de Bordeaux, de Patrick Braouzec, député communiste de Seine-Saint-Denis, et du maire de Paris. J’y viens dans un instant. Pour Monsieur Juppé, le maire de Bordeaux, on ne sait pas, il l’écrit aujourd’hui dans l’Humanité, quelles seront demain, les conséquences de l’accélération du progrès technique. Mais aujourd’hui, le tram est efficace et sûr. Il est écologique, non polluant, silencieux, il permet de circuler dans les rues impossibles à élargir. Bref, il laisse indemne la ville patrimoniale et permet à beaucoup de gens de s’affranchir de la nécessité de posséder une automobile. Bref, les trois lignes du tramway de Bordeaux, et Alain Juppé insiste aussi, obéissent aussi à une logique sociale, pas seulement à une logique économique. Répondre aux besoins populaires, c’est aussi le sentiment de Patrick Braouzec : « Le tramway joue un rôle structurant pour l’aménagement urbain : désenclavement de quartiers qui se trouvent du coup relier à leur centre-ville, mais aussi à la ville préfecture et à des pôles culturels, commerciaux, de loisirs. » Enthousiasme équivalent du Maire de Paris, Monsieur Delanoë qui déclare dans l’Humanité : le tramway des Maréchaux Sud, est un formidable instrument de modernisation urbaine… Et Delanoë ajoute : « Après des décennies d’une logique dédiée au « tout automobile », le tramway symbolise une approche plus respectueuse de l’environnement. » Voilà, pour le tramway… Les Pour, les Contre, et les faut voir… Même chose pour ce que la presse, appelle « la bataille du dimanche ». L’Humanité, appelle ça « le week-end au rayon libéral… » avec une dénonciation du Medef marseillais qui veut, malgré trois décisions de justice, maintenir ouverte, la zone commerciale de plan de campagne, c’est un haut-lieu de la consommation de masse. Ce n’est pas très loin de Marseille. Jamais le dimanche écrit Jean-Paul Piérot, d’un côté, des salariés sous-payés, précarisés, soumis à l’arbitraire et à la répression, contraints de travailler le dimanche. De l’autre, des salariés qui tuent leur après-midi dominical dans les allées encombrées d’une zone commerciale à la recherche de prix compatibles avec leur maigre pouvoir d’achat. Telle est la vie rêvée pour nous par Nicolas Sarkozy et les chantres du libéralisme. Il faut qu’un dimanche soit ouvert ou fermé, écrit aussi Bruno Frappat dans La Croix, Bruno Frappat qui a lu Musset avant de remarquer… Et bien le dimanche est de plus en plus ouvert. D’exceptions en autorisations limitées, sa banalisation face à l’alliance du lucre et de la frénésie d’achats, est en marche. Et voici la conclusion sensible de l’éditorialiste de La Croix… Sainte tranquillité des dimanches matin d’autrefois, où es-tu passée ? Le dimanche était beau, spécial, livre au simple souci de l’être, de l’être bien ensemble. Il est devenu pratique. Segmenté. Et rentable. « Je pars faire des courses, on se revoit dans deux heures. » « Ah ben non, à ce moment-là j’ai rendez-vous pour essayer mon costume ». Commode… « Bon, alors on se prend un rendez-vous dans la semaine ? Lundi ? » « Ben, désolé, lundi, je travaille. » Bilan, poursuit Frappat : il n’y a plus que des jours de travail et des jours de courses. Que les lundis ou des samedis. Le dimanche se meurt, le dimanche va mourir et nous voyons, indifférents, se commettre son assassinat. En plein jour. Devant tout le monde. Il y a non-assistance à dimanche en danger. Nous devinons déjà ce que sera le passage de sa dépouille, sur un chariot à petites roulettes. « Dis, qu’est-ce qui passe, là ? » « Mais c’est un dimanche, mon petit. » « Qu’est-ce que c’est un dimanche ? » « C’était le jour de la famille et de la prière, des promenades et des amis. C’était le plus beau jour de la vie. Mais dépêche-toi maintenant, on va être en retard, les magasins vont fermer. »

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