Bonjour à tous. Une chanson-mémoire, le journal d'Hélène Berr préfacé par Modiano, et la "Bérénice" de Racine, pour atténuer ce matin la violence des journaux... La chanson date de 1982, elle est signée Jean-Jacques Goldman, et dit, vingt-cinq ans avant Nicolas Sarkozy, qu'un enfant peut porter la mémoire d'un pays... "Elle allait à l'école au village d'en bas... Elle apprenait les livres elle apprenait les lois...Elle chantait les grenouilles et les princesses qui dorment au bois... Elle aimait sa poupée elle aimait ses amis...Surtout Ruth et Anna et surtout Jérémie...Et ils se marieraient un jour peut-être à Varsovie...Comme toi comme toi comme toi comme toi...Elle s'appelait Sarah elle n'avait pas huit ans...Sa vie c'était douceur rêves et nuages blancs...Mais d'autres gens en avaient décidé autrement...Elle avait tes yeux clairs et elle avait ton âge...C'était une petite fille sans histoire et très sage...Mais elle n'est pas née comme toi ici et maintenant...Comme toi comme toi comme toi comme toi...Comme toi comme toi comme toi comme toi... Voilà pour la chanson, d'un père enseignant doucement à son enfant... Le livre, publié récemment aux éditions Taillandier, est le journal d'une jeune fille : Hélène Berr, arrêtée à Paris en février 1944, déportée à Auschwitz-Birkenau et morte à Bergen-Belsen... Peu de temps avant son arrestation, Hélène écrit : "C'est un bonheur de penser que si je suis prise, on aura gardé ces pages de mon journal... quelque chose de moi qui m'est précieux... Car maintenant je ne tiens plus à rien d'autre... Ce qu'il faut sauvegarder, c'est son âme et sa mémoire"... Et la même Hélène Berr ajoutait un mois plus tard, avant la déportation qu'elle prévoyait : "La seule expérience de l'immortalité de l'âme que nous puissions avoir avec sûreté, c'est la persistance du souvenir des morts parmi les vivants"... "Hélène Berr, Journal 1942-1944", aux éditions Taillandier, préface de Patrick Modiano... Avec, au fil des pages du journal qui prolonge aussi celui d'Anne Frank, ce témoignage de la jeune agrégative juive, attachée à aider et sauver des gosses... Dont celui-ci, qu'il faut tenter de lire sans émotion : "A Neuilly, nous avons recueilli un petit garçon, arrivé nul ne sait comment dans les bras de Turcs libérés à Drancy... Il est adorable... Il embrasse sans cesse... Il a 4 ans et paraît très débrouillard... Il est très bien élevé... L'autre jour, il est venu trouver l'une des berceuses du refuge : "Mademoiselle, si cela ne vous ennnuie pas, est-ce que vous voulez faire ma chambre ?"... Il paraît qu'il pleure le soir en se couchant, en appelant sa mère... Où est-elle ?... Au camp ?... Déportée ?... Nul ne sait"... La même Hélène Berr s'insurge plus loin, face à l'inspecteur de police, venu arrêter 13 enfants à l'orphelinat, pour compléter le convoi du lendemain... "Que voulez-vous Madame, dit celui-ci, je fais mon devoir"... Qu'on soit arrivé à concevoir le devoir comme une chose indépendante de la conscience, indépendante de la justice, de la bonté, de la charité, c'est là la preuve de l'inanité de notre prétendue civilisation"... Faut-il mettre Hélène Berr au programme des classes de troisième ?... Diffuser la chanson de Goldman au cours moyen avec celle de Jean Ferrat... "Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent..." ? Et, à défaut, emmener les scolaires au Théâtre des Bouffes du Nord, pour applaudir la "Bérénice" de Racine, comme le suggère aujourd'hui Bruno Frappat dans La Croix ?... Et le chroniqueur d'expliquer que "lorsque les passions font rage, quand il est question de pouvoir et d'amour, on en revient toujours à Racine... Racine qui dépassait en humanité et en respect, de cent coudées, nos sarcasmes, nos grincements de dents, nos scoops de fin de nuit... nos exhibitions, qui ne font l'économie que des larmes que l'on devine... Et ce que dit Racine, conclut Frappat, Racine prince de notre langue, c'est que pour être empereur on n'en est pas moins homme"... Et les journaux, ce samedi, détaillent à plusieurs pages les erreurs, les faiblesses, les excès, les improvisations de Nicolas Sarkozy... Tous les tirs se concentrent sur lui... Amis... Ennemis... Adversaires, rivaux, gauche, droite, surtout droite, et contre Bayrou, chacun y va de sa protestation... La plus éloquente peut-être, et désintéressée aussi, la réaction de Simone Veil, jugeant inimaginable, insoutenable, dramatique et injuste, l'idée du Président de la République, de faire porter la mémoire d'un enfant déporté aux écoliers... "On ne peut pas infliger ça à des petits de dix ans, on ne peut pas demander à un enfant de s'identifier à un enfant mort"... Ouest-France, Libération, le journal L'Alsace, L'Humanité, soulignent le désaccord de Simone Veil... L'Est Républicain de Nancy et la presse du Sud-Ouest et du Midi le font aussi... en remarquant qu'hier à Périgueux, Xavier Darcos, le ministre de l'Education, a adouci la proposition du chef de l'Etat... "Ce sera compliqué, a-t-il déclaré... Il faudra faire confiance au tact et à la finesse de nos enseignants... C'est un sujet délicat, qu'il faudra traiter avec délicatesse"... Dans Le Monde, Boris Cyrulnik partage, me semble-t-il, cet avis... Ouest-France souligne aussi la critique de Régis Debray, qui juge déplacée la proposition de Nicolas Sarkozy, car plus émotionnelle que pédagogique... On ne peut pas en faire une obligation scolaire, ajoute Régis Debray (pourtant attaché à l'enseignement du fait religieux), car il redoute une escalade des mémoires communautaires... "Qui, écrit-il, empêchera la communauté noire de rélcamer une commémoration de la mémoire de l'esclavage, puis les Arméniens, puis les Maghrébins... ?"... Nombre d'historiens se prononcent ce matin dans les journaux, en redoutant l'escalade des mémoires... Gérard Lefort, dans Libération, et Robert Solé dans Le Monde, ironisent sur le même sujet... Mais chacun à sa façon... "Mémoire (devoir de), écrit le premier... Après la lettre de Guy Môquet en octobre, voilà les enfants juifs en février... Et c'est reparti pour un tour de manège où Nicolas Sarkozy semble être le Mickey dont il faut attraper la queue pour gagner un nouveau tour de passe-passe"... Robert Solé, dans son billet du Monde préfère... envisage une adoption...

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