Bonjour à tous. « … A force de se réveiller parmi les morts, on ne savait plus si l’on était encore vivant. On se demandait : « Et si j’étais mort sans le savoir ? ». C’est Elie Wiesel qui disait cela à Oslo, il y a un quart de siècle, en recevant son Prix Nobel. Dans le FIGARO daté d’aujourd’hui, c’est Dany Laferrière, écrivain haïtien, Prix Médicis l’année dernière, qui témoigne de ce qu’il a vécu, à Port-au-Prince, pendant le tremblement de terre. « En quelques instants », dit-il, j’ai vu des maisons s’effondrer, des immeubles tomber. J’ai vu des gens sauver des vies. J’ai vu une femme sauter avec un bébé du cinquième étage. J’ai assisté à des scènes indescriptibles. Mais ce qui m’a le plus impressionné dans un moment aussi difficile, c’est la force des hommes. Et le silence qui s’est installé dans les deux jours qui ont suivi le séisme ». Dany Laferrière était à Port-au-Prince, avec Michel Le Bris, le directeur du Festival « Etonnants Voyageurs », quand le séisme a commencé. Mais le plus surprenant dans sa relation au FIGARO, est l’évocation de sa rencontre avec le poète haïtien Frankétienne, retrouvé en pleurs devant sa maison effondrée, au milieu de gens s’écriant, « Le Poète est vivant, le poète est vivant ! ». Ces derniers jours en Haïti, Frankétienne répétait sa pièce de théâtre dont le titre est « Tremblements de terre », au pluriel. Une pièce dans laquelle on trouve cette phrase terrible : « la terre se fissure, la terre tremble, la terre bouge ». Mais voici la conclusion de l’interview de l’écrivain-voyageur Dany Laferrière, répondant à la question du FIGARO : « Comment voyez-vous l’avenir ? ». « Quant tout tombe », dit-il "il reste la culture. La culture, ce n’est pas un luxe, c’est l’âme du peuple haïtien. Alors ne limitons pas Haïti à un séisme et ne nous contentons pas d’une charité chrétienne sans lendemain. Haïti va continuer de vivre et de créer tout en enterrant ses morts ». Que faire… aujourd’hui, demain, dans six mois pour Haïti ? Les journaux, comme les radios et les télévisions, dessinent très bien ce matin les temps nécessaires de la solidarité des Nations. D’abord enterrer les morts et secourir les survivants dont les besoins sont immenses et élémentaires. De l’eau, du riz, des médicaments et des abris. Tous les éléments que le JOURNAL du DIMANCHE rassemble dans un dossier intitulé : «Opération survie dans un pays dévasté ». Les dons affluent du monde entier, écrit Michel Delean, mais la reconstruction sera longue. En attendant, le JOURNAL du DIMANCHE dresse la liste des organismes recueillant les dons des Français, avec les adresses. Fondation de France, Unicef, Action contre la Faim, Médecins du Monde, Médecins de France, Croix Rouge. Il en est d’autres. C’est ainsi qu’à Caen, en Normandie, on se mobilise en rappelant qu’au lendemain de la guerre, des fonds sont venus massivement de l’étranger pour reconstruire une région suppliciée. « Mort où est ta victoire ? ». Tous les chrétiens connaissent cette question de l’épître aux Corinthiens. Mais c’est un écrivain haïtien athée, Prix Renaudot 88, René Depestre, qui dit au JOURNAL du DIMANCHE, qu’il faudrait une gomme pour le crayon du Christ. Une gomme utopique, pour effacer la tragédie sans fin des Haïtiens. Il nous faudrait, soupire encore Depestre, d’accord sur ce point avec Régis Debray et Edgar Morin, un Etat de droit, un Etat-Nation. Qui sait d’ailleurs, si ce tremblement de terre, survenu dans un pays arrivé à un point extrême de dénuement, ne permettra pas de sortir notre chère patrie, de sa tragédie permanente. Dans MARIANNE, c’est Jean-François Kahn qui écrit que « le Christ s’est arrêté en Haïti ». « Frappé par tous les malheurs de la terre, Haïti fait douter sinon de l’existence de Dieu, au moins de la divine Providence. » Voltaire, s’interrogeait déjà sur ce point, au lendemain du tremblement de terre de Lisbonne, en 1755. Un séisme, qui par parenthèse, détruisit toute la ville basse, de la capitale du Portugal et permit au Marquis de Pombal, de signer le plus grand réaménagement urbain de l’époque des lumières. Face claire, face noire des lumières. Régis Debray dans MARIANNE, s’interroge lui aussi sur la quasi disparition d’Haïti de ce qu’il appelle notre roman national. « Un oubli », dit-il, qui ne procède ni d’une lacune, ni d’un interdit, mais d’une nature quasi freudienne. » Au passage, Régis Debray remarque que si Roosevelt et Clinton ont foulé autrefois le sol haïtien, aucun Président français, nul Premier ministre, n’a fait le voyage. Et pourtant Haïti fait partie de notre histoire, sinon de notre mémoire. Quelque chose me dit que Nicolas Sarkozy accomplira cette démarche, qu’aucun Président de la Vème République jusqu’à lui, n’a cru devoir faire. Mais peut-être sommes-nous capables nous aussi, vis-à-vis de ces voix-là, qu’on entend depuis 4 jours sur toutes nos antennes, exprimant avec les mots les plus justes de la langue française, leurs douleurs et leurs espoirs aussi. Le quotidien l’HUMANITE, après avoir rappelé qu’Haïti était le pays le plus pillé du monde, titre néanmoins sur l’aide internationale, au secours de la vie… « La course à la vie », c’est aussi le titre de LIBERATION. Lui fait écho, celui du PARISIEN : « Combat pour la survie ». Et celui du FRANCE-SOIR : « Avec les sauveteurs français en Haïti ». Voilà que pourrait être « la victoire de la vie, sur la mort ». Après tout, c’est Nietzsche qui nous enseignait dans le Gai Savoir, à prendre appui sur la douleur. C’est Bossuet qui nous invitait à méditer sur la brièveté de la vie. « C’est bien peu de chose que l’homme » écrivait-il ? Mais c’est Camus qui se demandait dans Sisyphe, s’il n’y avait pas une fécondité de la douleur. Cette douleur présente dans notre destin, mais qui ne peut être le dernier mot de la vie. Encore un peu de philosophie ? A propos de Monsieur Peillon qui boude les invitations de la télévision. Je ne ferai pas long sur ce sujet. Comme dit Yves Thréard, dans son éditorial du FIGARO, Vincent Peillon est agrégé de philo. Il devrait relire Platon… Il réapprendrait les vertus de la sagesse, de la justesse, de la vérité et de la raison.

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