Bonjour à tous… Les journalistes sont pressés… Ils voudraient qu’une révolution commencée le matin s’achève le soir… ou le lendemain ! Que mille fleurs fleurissent et s’épanouissent… ou qu’elles se fanent ! Mais vite, afin que l’on puisse passer à autre chose, de plus neuf et de moins incertain. Car si en avril 74, les œillets portugais ont bien tourné, on ne sait rien ce matin de la façon dont va se comporter le jasmin tunisien l’été prochain. Lorsque le peuple, débarrassé de Ben Ali, aura choisi dans les urnes, les dirigeants d’une nouvelle Tunisie. Ce peuple-là, assurait la semaine passée COURRIER INTERNATIONAL, a soif de justice et faim de démocratie. Ce que démontraient en manifestant hier des milliers de Tunisiens exilés à Bordeaux, Marseille, Lille, Toulouse et Paris. Mais ce matin, c’est le doute qui s’installe aux premières pages des quotidiens… Si le TELEGRAMME-Dimanche voit la démocratie à portée de main des Tunisiens, le REPUBLICAIN LORRAIN souligne l’incertitude, et la peur d’une population contrainte de se protéger elle-même des violences et des pillages qui accompagnent la chute de Ben Ali. « La transition est difficile après 23 ans de dictature et l’ambiance est lourde à Tunis », constate aussi le PARISIEN. Ce que ne dément pas le JOURNAL du DIMANCHE en rappelant à ses lecteurs combien « la liberté est fragile ». SUD-OUEST et la DEPECHE s’accordent de leur côté pour considérer que la Tunisie est à la croisée de ses destins. D’un côté, l’espoir, de l’autre, le chaos. Prudence identique à LA VOIX DU NORD et au DAUPHINE-Dimanche qui titrent en écho à la chanson de Bécaud : « Et maintenant ? ». MIDI-LIBRE, la PROVENCE, les DERNIERES NOUVELLES D’ALSACE, NORD-ECLAIR, PRESSE-OCEAN se veulent plus optimistes. Ben Ali parti, la Tunisie s’éveille à la démocratie titre aussi le quotidien Montpelliérain. Avis partagé à Strasbourg par les DERNIERES NOUVELLES D’ALSACE qui considèrent « que la Tunisie change d’ère ». Illustration en première page du journal NORD-ECLAIR, du MAINE-LIBRE et de la PROVENCE, attachés à montrer des manifestants tunisiens, qui ont selon le journal du Mans, « retrouvé l’espoir ». Ils étaient 4.000 à défiler hier à Marseille et la PROVENCE reprend en légende leur slogan… « Notre Tunisie est enfin libre ». L’éditorial du MONDE daté dimanche-lundi et la chronique de Georges-Marc Benamou dans NICE-MATIN ne font pas de pari sur l’avenir tunisien… Mais ils donnent aux événements de ces derniers jours, la profondeur nécessaire. Le MONDE, quand il écrit sans impatience ceci…. « Y aura-t-il un miracle tunisien ? Y aura-t-il dans ce pays, réputé à juste titre pour sa tolérance et sa sagesse, une transition démocratique pacifique. La question est posée, au lendemain d’une révolution de rue, qui pour la première fois, dans un pays arabe, a chassé du pouvoir un régime dictatorial corrompu et indigne. Et l’éditorialiste du MONDE d’ajouter, sans trop d’impatience, « ce qui va se jouer dans les prochains jours à Tunis, dépasse le sort d’un pays, qui a vu, vendredi dernier, s’effondrer comme un château de cartes l’autocratie flicarde que dirigeait le Président Zine El Abidine Ben Ali… Ces régimes-là, finissent mal, conclut le MONDE, avant de reprocher à trois Présidents français : Mitterrand, Chirac, Sarkozy trop de complaisances à l’adresse de Ben Ali, sous prétexte qu’il protégeait son pays de l’islamisme. Mon confrère en doute, et se demande si Ben Ali n’a pas nourri l’islamisme en question, pour installer son régime policier et mieux enrichir sa famille. Dans ce cas, les complaisances de nos trois Présidents de la République sonneraient comme autant de fautes morales, et d’erreurs politiques. Georges-Marc Benamou dans NICE-MATIN est plus dubitatif. « Pourvu », écrit-il, « que la révolution de jasmin tunisienne ressemble à la révolution tchèque, des années 80 et pas à la révolution iranienne de 1979. En Iran, l’opposition démocratique était aussi en tête du mouvement bâti sur un pacte secret entre communistes et islamistes… Jusqu’à ce que les progressistes et les démocrates iraniens, se fassent occire par les hommes de Khomeiny ». Ceci rappelé, Georges-Marc Benamou donne la profondeur nécessaire à la compréhension de l’événement présent quand il évoque les chutes minables et les fuites pathétiques des tyranneaux de l’Histoire. Extrait de son propos qui vaut le détour : « Qu’il s’appelle Louis XVI, Ceausescu, Noriega, Saddam Hussein ou… Ben Ali. Soudain l’Homme-dieu de la veille est réduit à rien. Le maître des vies, depuis toujours, se transforme en gibier, en prisonnier mal rasé et terrorisé, ou en fuyard, suintant la peur, traînant tant bien que mal derrière lui, le reste de sa cour, et ce qu’il a pu emporter dans sa hâte des Trésors volés au pays. Celui qui fut, pour les peuples soumis et terrorisés, le maître du temps n’a plus le temps, ne sait plus à quel ami se vouer, à quelle porte frapper. Les dictateurs, ces maîtres de régimes fondés, travaillés, obsédés par l’esthétique du Chef, ne sont pas beaux à voir quand ils tombent ». Sans profondeur. J’avais promis hier de citer en partie, le blog de Jean Daniel du NOUVEL OBSERVATEUR qui reprenait cette semaine, une lettre ouverte adressée, l’année dernière, au Président Ben Ali. Elle commençait par un rappel de l’Ecclésiaste « Il y a un temps pour tout. En l’occurrence il y a en Tunisie un temps pour sauver des vies. Un temps pour critiquer le régime, un temps pour arracher la clémence du prince, un autre pour inviter les courtisans à une autocritique ». Et la lettre de Jean Daniel, au dictateur déchu, lettre reprise sur son blog le 12 janvier dernier, se terminait ainsi : « Monsieur le Président. Il y a de grandes réussites dans les trois pays du Maghreb, Maroc, Algérie, Tunisie qui sont au surplus les plus beaux pays du monde. Mais ils ont en commun au moins deux tares inexcusables. La première peut être ainsi résumée : les riches y sont scandaleusement plus riches et les pauvres insupportablement plus pauvres. Il y a une déferlante de nouveaux riches dans les trois pays, dont le comportement cynique et arrogant constitue une provocation quotidienne. La seconde tare, c’est que les jeunes gens dont les pères sont morts pour fonder des pays libres n’ont aujourd’hui qu’un seul rêve : les quitter. Vous avez été par trois fois plébiscité, Monsieur le Président, vous n’avez plus rien à conquérir du côté du pouvoir mais tout à faire du point de vue de la justice ». Puisque j’y suis, laissez-moi ajouter que Jean Daniel a été blessé à Bizerte en 1961. Et qu’au terme d’un livre intitulé : « la Blessure » chez Grasset, il raconte sa visite au grand Bourguiba, déposé, comme on sait en 1987 par Ben Ali. Bonne lecture, pour aujourd’hui car Bourguiba victime d’un coup d’Etat médical, dit à Jean Daniel son amitié pour Mendès et son admiration pour la révolution française. Il dit aussi comment Wassila, sa seconde épouse, dont il a du divorcer -alors qu’il l’aimait- représentait l’opposition tunisienne dans sa chambre à coucher ! « J’ai du… la faire partir de mon lit. Divorcer… et gagner ! ». Voilà ce qu’aurait du faire Ben Ali le petit, à l’image du fondateur de la République tunisienne, son grand prédécesseur. Un mot encore, sur Wassila, la seconde femme de Bourguiba. Vous lirez, page trois du MONDE, daté dimanche-lundi ce grand papier, critique sur la France indulgente à l’égard de Ben Ali que signent Jean-Pierre Tuquoi et Raphaëlle Bacqué, que Wassila Bourguiba est l’arrière grand-mère de la très belle Yasmine Tordjman, épouse du Ministre de l’industrie et de l’économie numérique, Eric Besson.

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