Une saga d’édition, des sagas politiques…

A l'origine de la saga, il y a une conversation saisie au vol dans une librairie américaine. Un client s'adresse au vendeur et lui demande : « Vous n'auriez pas un bouquin sur le DOS, le système pour ordinateurs conçu par Microsoft ? Vous savez, un livre du genre 'Dos pour les crétins' ! » Un éditeur a vent de l'histoire, et se dit qu'il tient là une idée. Nous sommes au début des années 90, et quelques mois après l'anecdote de la librairie, l'éditeur publie donc ce « DOS pour les crétins » – crétins, c'est dummies en anglais – avec un tirage de 7.500 exemplaires. Un titre sur fond noir et une couverture jaune criard. Personne, au début, ne parie un dollar sur le livre. Et surtout pas les libraires, qui craignent que le mot 'crétin' ne rebute les acheteurs. Et pourtant, ce « Dos for Dummies » se vendra à plus d'un million et demi d'exemplaires, et c'est la naissance d'un véritable phénomène, que nous raconte Bernard Géniès dans les colonnes de L'OBS .

En France, c'est il y a quinze ans que les éditions First ont acquis la licence pour publier la collection. Elles ont dû garder le graphisme, le fond noir pour le titre et la couverture jaune criard. En revanche, « pour les crétins » est devenu, chez nous, « pour les nuls » . Terme moins agressif, de l'avis de Vincent Barbare, le PDG de la maison, qui rappelle qu'à l'époque, ce qui cartonnait à la télé, c'était « Les Nuls », sur Canal+. Eh bien ‘les nuls’ vont cartonner aussi en librairie, avec des titres qui deviendront même des best-sellers : « La culture générale pour les nuls », « L'Anglais pour les nuls », « La philosophie pour les nuls, « La littérature pour les nuls », « La bible pour les nuls »…

L'an dernier, du fait des attentats, le titre « L'Islam pour les nuls » a même été vendu à près 40.000 exemplaires en France, contre moins de 3.000 les années précédentes – livre que, soit dit en passant, on a retrouvé dans les bagages de deux djihadistes anglais qui rentraient de Syrie. Sachant que le volume qui arrive en tête du classement, c’est « L'histoire de France pour les nuls », bouquin qui connaîtra une gloire inattendue, lorsqu'à l'été 2006, un paparazzi surprend François Hollande en train de le lire pendant ses vacances, affalé dans un matelas pneumatique.

Le chef de l'Etat, dont les oreilles ont dû siffler, jeudi soir, quand Martine Aubry a présenté ses vœux à la presse à la mairie de Lille. Elle n'a pas manqué, en effet, d'éreinter la proposition du président de la République sur l'extension de la déchéance de nationalité aux binationaux nés Français. « J'entends dire, 'c'est un symbole', mais de quoi ? » , s'est-elle interrogée. « Un symbole, ça unit, ça grandit, à l'image de la Marseille ou bien du drapeau tricolore. Or, la déchéance, elle, divise. Elle stigmatise et porte atteinte à l'égalité devant le droit du sol. » « Sur la déchéance, Martine Aubry cogne dur » , titre ainsi LE MONDE , tandis que dans LA CHARENTE LIBRE , Dominique Garraud estime que la maire de Lille va ici plus loin que la remise en cause du projet de François Hollande. Compte tenu des mots qu'elle emploie, ce qu'elle questionne, dit-il, « c’est directement la légitimité de François Hollande à porter les couleurs d'une gauche aujourd'hui éreintée à la présidentielle de 2017 »

Et à droite, ça donne quoi ? Ce matin, LE FIGARO nous explique que les proches de Nicolas Sarkozy le pressent de se déclarer pour la primaire de cet automne. Nicolas Sarkozy, qui décroche dans les sondages et qui a contre lui tous les autres prétendants de son camp. Non seulement Alain Juppé, mais également François Fillon, lequel a déclaré hier qu'il quitterait la politique dans le cas où serait battu à la primaire. « Fillon à quitte ou double » , commente LE PARISIEN , qui s'interroge sur cette promesse et nous rappelle que Nicolas Sarkozy avait lui aussi annoncé son retrait de la politique. Cependant, concernant Fillon, « c'est sincère » , confie l'un de ses amis, précisant qu’à 61 ans, « il est à un âge où il peut encore faire plein d'autres choses » . Et surtout, précise le journal : « jouir d'une retraite confortable, avec les avantages matériels dévolus à son statut d'ancien Premier ministre ; chauffeur, voiture, gardes du corps » . Chez les fans du Sarthois, on espère même aujourd'hui que Nicolas Sarkozy ne se lancera pas dans la course – dans ce cas-là, pensent-t-ils, Fillon aurait toutes ses chances face à Alain Juppé.

Le journal nous apprend par ailleurs que Bernadette Chirac sèchera la cérémonie de vœux de François Hollande aujourd’hui en Corrèze. Et elle n'ira pas non plus au déjeuner organisé avec les conseillers départementaux. L'ex-première dame qui, d'ailleurs, ne perd jamais une occasion d'égratigner le chef de l'Etat. Dernier exemple en date : cette pique lâchée tout récemment à des habitants de Tulle à propos des impôts : « Sachez qu'ils vont continuer à augmenter jusqu'à ce que vous alliez à la soupe populaire ! » Visiblement, Bernadette a lu tous les chapitres de « La politique pour les nuls ».

Un bouquin que pourrait également relire Nicolas Hulot. Si l'on en croit LE FIGARO , le ‘télécologiste’ serait très sollicité pour se lancer, lui également, dans l'aventure présidentielle. Ses proches, en tout cas, y croient dur comme fer. Cependant, explique une de ses proches : « Il faudrait qu'il sente une demande dans l'opinion pour y aller. » Mais bon, il y en a qui y vont même sans demande de l'opinion.

Et puis toute la presse continue de s'interroger sur la présence de Manuel Valls à l'émission de Laurent Ruquier ce soir. L'émission ‘On n'est pas couché’. Questionnement, notamment, de Laure Breton dans LIBERATION , qui liste les trois arguments qui, selon elle, posent problème.

Premier argument. « On ne peut pas rabâcher à longueur de discours qu’il faut ‘être à la hauteur de l’époque’ depuis le 7 janvier 2015, et virevolter du ‘Petit Journal’ en novembre à ‘On n’est pas couché’. On ne peut pas parler du rapport de la gauche à la nation – le fonds de commerce de Valls, au milieu des rires du public. On est loin de la ‘gravité’ qu’il veut incarner et de ‘l’exigence’ dont il fait le titre de son recueil de discours post-attentats. D’autant qu’il a dit lui-même qu’il ne voulait pas se prêter à la ‘politique-spectacle’. »

Deuxième argument. « Si Valls est doté d’un certain sens de l’humour – noir, grinçant, abrupt – il y a quand même une chose dont le Premier ministre est incapable : c’est de rire de lui-même. Or c’est la condition sine qua non pour réussir tout passage à ‘On n’est pas couché’. On nous objectera que le chef du gouvernement pourrait donc, le temps d’une interview en post-prime-time, se détendre et, partant, se défaire de son image qui s’est encore rigidifiée depuis l’état d’urgence. »

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Troisième argument. « Il y a peu de chances que ce soit ses idées pour créer des emplois qui passent à la postérité. ‘On n’est pas couché’ est le royaume de la petite phrase. D’ailleurs, de son passage au ‘Petit Journal’ onze jours après les attentats de novembre à Paris, on surtout retenu que ça faisait ‘longtemps’ que Manuel Valls ne s’était pas ‘bourré la gueule’. »

Ceci dit, comme l'émission a été enregistrée, on sait déjà, dans les grandes lignes ce qui s'y est dit. Récit dans LE PARISIEN , qui constate qu'il n'y a pas eu de foire d'empoigne avec les chroniqueurs. Tout juste un échange tendu avec un humoriste sur la politique française en Afrique. Et pour le reste, une interview qui aura duré 1H35, dont une large partie consacrée à la poussée de l'antisémitisme, et au terrorisme.

A propos de terrorisme, signalons que la bataille fait toujours rage dans l'hôtel d’Ouagadougou pris d'assaut par des islamistes. Des islamistes présumés retranchés depuis hier avec des otages dans un hôtel du centre de Ouagadougou, où au moins vingt personnes auraient été tuées. Les forces spéciales burkinabés et françaises ont lancé l'assaut dans la nuit, un assaut qui est donc encore en cours.

Une initiative étonnante dans un village italien. Initiative dont se fait notamment écho LE TELEGRAMME : « Des villageois taxés s’ils refusent le bilan de santé » . Le village s’appelle Sellia, village médiéval de Calabre, dans le sud de l’Italie, dont le maire a donc, cet été, publié un arrêté interdisant à ses administrés de se laisser mourir. Ces quinze dernières années, le taux de mortalité naturelle a fait passer la population de 1.000 à 500. Faute de soin, la plupart du temps. Des structures médicales trop éloignées. Le maire de Sellia a donc transformé l’ancienne école du village en centre médical, dans le but d’éviter aux habitants les déplacements. Mais ceux-ci avaient perdu l’habitude de se rendre chez le médecin, et la salle d’attente restait vide. Colère du premier magistrat, qui a alors sorti son arrêté : check-up annuel obligatoire, sous peine d’un impôt supplémentaire de 30 euros.

La santé à la Une également en France, avec cet « essai clinique qui vire au drame à Rennes » , comme le titre LE MAINE LIBRE . Six personnes hospitalisées, deux dans un état grave et l’une dans un état de mort cérébrale. Dossier dans LE PARISIEN sur « les dessous de ce test mortel » . En cause : la molécule BIA 10-2474, laquelle devait permettre de soigner la maladie de Parkinson.

Et puis, pour finir, un petit mot sur Céline Dion, qui vient de perdre son mar. La presse canadienne nous apprend que le frère de la chanteuse est gravement malade et pourrait, à son tour, décéder dans les prochains jours. Et malheureusement, n’existe pas encore le livre « La mort pour les nuls », ou « Le deuil pour les nuls »… En revanche, sortira cette année « Être heureux pour les nuls ». Vaste programme.

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