Ivan LEVAI LE KIOSQUE Samedi 16 mai 2009 Bonjour à tous… J’ai la mémoire qui flanche. J’avais oublié que les roses sont roses. J’avais oublié que les bleuets sont bleus. Mais grâce à la presse, ce week-end, je me souviens très bien en revanche, des années soixante, quand Georges Perec écrivait « Les choses ». Et quand, avec « Poupée de cire, poupée de son », France Gall gagnait le Grand Prix de l’Eurovision. France-Soir et Le Parisien en attendent autant de Patricia Kaas, qui représentera la France, ce soir à Moscou. Et de nombreux quotidiens en profitent pour rappeler la victoire tricolore de Marie Myriam en 77, au même grand prix de la chanson européenne à la télévision. Ah, ce serait bien ! soupire Carine Didier dans Le Parisien, si Patricia Kaas pouvait faire gagner la France ce soir et mettre fin à trois décennies de disette à l’Eurovision. Et ma consoeur de rappeler qu’en 65, si France Gall gagnait avec la chanson de Gainsbourg, c’était en représentant, non pas notre cher vieux pays, mais le Luxembourg. « Moi je me souviens de Xavier Cugat » écrivait Georges Perec, cette année-là. Je me souviens que Sacha Distel était guitariste de jazz. Je me souviens que c’est grâce à Edith Piaf que les compagnons de la chanson, Eddie Constantine et Yves Montand débutèrent. Je me souviens de l’Adagio d’Albinoni. Je me souviens des débuts de Michel Legrand. Je me souviens que c’est Sacha Guitry qui trouva le slogan « Eleska c’est exquis ! » Je me souviens que Caravan de Duke Ellington était une rareté discographique et que pendant des années, j’en connus l’existence, sans jamais l’avoir entendu. Et je puise encore dans le quotidien de Perec, si bien accordé à l’actualité, pour y détacher un dernier souvenir : « Je me souviens qu’Alain Delon était commis charcutier, ou garçon boucher à Montrouge. Bizarre…, mais ce samedi 16 mai 2009, c’est Johnny Halliday, rocker patrimonial de 65 ans, qui fait la « une » de Libération. Parce qu’il y a sa tournée d’adieux, parce qu’il y a son retour au cinéma, dans un film fracassant. C’est du moins le point de vue de Gérard Lefort, qui souligne sa chronique cannoise d’un titre enthousiaste. « Ce Johnny-là, mon vieux, il est terrible ». Dans le journal « La Croix », ce samedi, ce n’est pas Johnny qui fait la une, mais Yves Duteil, à qui l’on doit « Prendre un enfant par la main », et « Le petit pont de bois ». La Croix lui accorde deux pages, pour évoquer « sa douceur militante ». Deux pages dans lesquelles il dit : « Je ne suis ni ringard, ni gentil ». Je chante les belles chansons de la vie. On le fait aussi à « France Inter », comme vous savez, hier chez Stéphane Bern, c’est Bernard Lavilliers qui reprenait le poème d’Aragon, mis en musique par Léo Ferré… « Est-ce ainsi que les hommes vivent… Et leurs chansons, au loin, les suivent. Emmanuelle Frois, dans « Le Figaro », relie elle aussi, la musique du passé, aux ambiances d’aujourd’hui, quand elle interroge Aung Lee, réalisateur de « Brokeborck mountain » en sélection officielle. Titre de l’interview « je me souviens de Woodstock, avec cette question d’Emmanuelle Frois, à Ang Lee. « Vous avez pris le parti de ne pas montrer le concert légendaire de 1969. Pourquoi ne pas avoir inondé de musique votre comédie humaniste ? « Je raconte l’histoire d’une famille transformée par l’arrivée de milliers de hippies. La musique, il y en a beaucoup tout de même. On a dû batailler ferme vous savez, pour obtenir les droits de certains morceaux. § Et boum ! Voilà le marché et la grande différence entre aujourd’hui, et les années soixante… Encore que, ce soir, et toute la presse s’en félicite… en France… l’entrée des musées sera gratuite. Le journal « La Tribune » s’en réjouit avec ce titre sur trois colonnes… « La culture pour oublier la crise… » Cette nuit, explique le quotidien de la politique, du business, et de la finance… Cette nuit les musées laissent leurs portes ouvertes. Succès annoncé. Le loisir culturel, pour s’évader de la morosité , a le vent en poupe. Expos… spectacles… livres… battent des records d’audience. Confirmation du Figaro, qui élargit le propos en relevant que 2000 musées européens vont rester ouverts, dont 1.100 français. Comme quoi, nous le valons bien. D’ailleurs, c’est aujourd’hui aussi que Le Figaro fête à sa manière… le centenaire de l’Oréal. « Cent ans de beauté ». § Mais ne m’accusez pas d’être pipole ou commercial. La preuve ? Je détache dans le quotidien L’Humanité cette citation de Jean Genet. « Tout homme est tout autre et moi, comme tous les autres ! » Et dans le même quotidien, un dossier qui mérite toute notre attention, avec cette question, traitée par des universitaires, des journalistes et Patrick Apel-Muller, le directeur de la rédaction de L’Humanité « les medias ont-ils tué la politique ? » Oui, s’inquiète Duhamel, avec la pipolisation, on assiste à une dégénérescence médiatique, un abaissement de la politique, c’est au bout du compte un abaissement de la démocratie. Pierre Musso, professeur à Rennes, ajoute qu’à sa propre crise, le politique répond par une technicisation empruntée au marketing et à l’audiovisuel. Quant à patrick Appel-Muller, après avoir souligné que la pipolitique joue contre la citoyenneté… il se réjouit de l’œil critique de l’opinion sur les medias. Et il conclut… la plus-value des idées pourrait bien devenir une valeur montante. Et où ça, mon bon Monsieur ? Quant on sait, Français, Françaises, nous consacrons chaque jour une demi-heure, à la lecture des journaux et trois heures à la radio-télévision. § Je me souviens du temps où on avait le temps de lire, ce soir, France Soir, Le Monde, Paris-Presse, L’Intransigeant. Les antipapistes se réjouiront sûrement de l’arrivée de Philippe Val à Radio France, dans le sillage de l’excellent Jean-Luc Hees. Philippe Val était directeur de la publication et de la rédaction de Charlie Hebdo, jusqu’à ces derniers jours. Athée robuste, antireligieux notoire, humoriste corrosif, d’une plume vive et aiguisée, rebelle à toutes les formes d’intolérance (religieuses, forcément religieuses… mais aussi politiques) il se présente comme un « social-démocrate un peu radical ». Sans doute est-ce qu’il a beaucoup évolué. En quelque sorte « viré à droite ». Il n’a pas encore d’affection connue, à Radio France. On peut faire des suggestions. Il pourrait lancer une émission sur la tolérance, justement. Et faire venir des personnes victimes d’intolérance, des intellectuels, des philosophes, des artistes, des journalistes, des religieux, des papes, même… Il les connaît, au moins de nom, puisque cela fait des années que Charlie Hebdo les cartonne joyeusement. Il suffit qu’il s’embarque avec la collection complète de son ancien hebdo.

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