Bonjour à tous. Clotilde Reiss, la petite lectrice française à l’université d’Ispahan, sera à Paris tout à l’heure. Libre, enfin, après avoir été, comme disent ce matin les communiqués des agences, retenue, neuf mois et demi en Iran. Neuf mois et demi de prise d’otage diplomatique au pays que préside Monsieur Ahmadinejad. République islamique où l’on a vite fait d’accuser d’espionnage une jeune universitaire, présente dans la rue, lors des manifestations anti-gouvernementales de juin 2009. Dieu merci, le Président Nicolas Sarkozy, le gouvernement français et l’administration de notre pays ont fait ce qu’il fallait, et ce dimanche 16 mai, huit heures et demi, Clotilde Reiss vole vers Paris où elle devrait arriver à la mi-journée. On peut penser qu’elle ne parlera guère aux journalistes mais nous la verrons à la télévision, en cheveux, et non pas la tête couverte comme on la voit en photo ce matin dans la plupart des quotidiens. Le TELEGRAMME de Brest, la VOIX du NORD, OUEST-FRANCE, le BIEN PUBLIC de Dijon, le PARISIEN, le JOURNAL du DIMANCHE ont anticipé de quelques heures cette libération annoncée et font figurer, en bonne place, la photo de notre compatriote libérée. Le JOURNAL du DIMANCHE y ajoute la question classique lorsqu’une libération est arrachée par une démocratie à une dictature… Y a-t-il eu échange, contreparties françaises, troc inavoué… Questions auxquelles les gouvernements ne répondent jamais, pour ne pas donner trop d’idées aux état-voyous et aux groupes terroristes, prompts à transformer nos compatriotes expatriés en otages ou enjeux diplomatiques… On retiendra néanmoins, grâce au dossier de trois pages du JOURNAL du DIMANCHE, que pour libérer Clotilde Reiss, le Brésilien Lula, le Syrien Assad, le Sénégalais Wade, pressés par Nicolas Sarkozy ont joué les intermédiaires avec les mollahs. On remarquera, toujours avec le JOURNAL du DIMANCHE, la prudence extrême du père de Clotilde Reiss, qui parle « d’affaire compliquée » et dit seulement qu’il attend sa fille. Sa fille, qui a profité du temps passé, bien malgré elle en Iran, à peindre et apprendre l’arabe. Monsieur Reiss dit aussi le rôle éminent joué par l’ambassadeur de France, Bernard Poletti, en première ligne sur ce dossier. Silence en revanche des Américains, à propos de l’échange supposé, Clotilde Reiss contre l’ingénieur US réclamé par Téhéran, au même titre que Vakili Rad, l’assassin de Chapour Bakhtiar. Le JOURNAL du DIMANCHE rappelle que cet homme, considéré comme un héros à Téhéran, avait étranglé de ses mains, l’ancien Premier Ministre du Shah d’Iran réfugié à Paris. C’est l’ex-juge antiterroriste, Jean-Louis Bruguière, qui l’avait arrêté et fait condamner en 1994, à la réclusion à perpétuité. Mes confrères, Michel Deléan et Laurent Valdiguié, posent donc la question : Y a-t-il eu échange et Wakili Rad, l’agent iranien pris en opération à Paris, libérable depuis le mois de février, sera-t-il expulsé mardi, après décision des autorités judiciaires et policières françaises ? Sans doute, puisque comme le soulignent mes confrères du JOURNAL du DIMANCHE, il y a là de quoi solder de vieux comptes avec l’Iran qui réclame depuis des années, la libération de sa barbouze. Celle-ci interviendrait, selon le ministère de l’Intérieur, je cite – à l’issue d’un processus judiciaire normal. En attendant mardi, nous retiendrons pour aujourd’hui que Clotilde Reiss est libre, après avoir été « retenue » 320 jours et 320 nuits, contre sa volonté en Iran. Et que l’assassin de Chapour Bakhtiar, le sera probablement mardi, au terme d’une condamnation à perpétuité datant de 1994. Comme le temps passe ! Qui se souvient précisément aujourd’hui de l’ex-Shah d’Iran et de l’ayatollah Khomenei, hôte de la France, de Valéry Giscard-d’Estaing à Neauphle-le-Château et de Chapour Bakhtiar, ancien Premier ministre iranien, étranglé à Paris, en août 1991. Oubliés… effacés… Seul doit compter tout à l’heure, le regard sur Paris de la petite universitaire française Clotilde Reiss, de retour au pays. Comme le temps passe. Les magazines du week-end s’interrogent tous sur l’avenir de l’euro, et l’avenir de l’Europe. Le MONDE, daté dimanche-lundi, fait même cinq colonnes à la une sur la crise de la dette et les doutes sur l’avenir de la jeune monnaie européenne. Il se trouve même dans les kiosques ce matin des publications, où des voix s’élèvent pour demander qu’on en revienne au deutsche mark, à la lire, à la pesete et au franc. Voici l’Europe du sapeur Camember, écrit Alexis Brézet dans le FIGARO MAGAZINE, on fait des trous pour combler d’autres trous financiers, ça ne pourra pas durer. Mai 1950 - mai 2010, titre COURRIER INTERNATIONAL, c’est la fin de l’Europe de papa. Et COURRIER reprend en première page le titre du Frankfurter Allgemeine Zeitung ! « Tous les principes de l’Union monétaire ont été sacrifiés dimanche dernier ». Et puis, il y a un signe qui ne trompe pas… Tous les humoristes s’en mêlent… Au CANARD ENCHAINE comme à CHARLIE HEBDO. En une de CHARLIE, ce dessin de Cabu, titré « Faut-il sauver l’euro ? ». Illustration paradoxale avec Domenech au pilori, face à deux beaufs qui s’écrient : « L’euro, on s’en fout, vive l’entraîneur des Bleus ! » En dernière page de CHARLIE, un dessin de Charb, salue lui aussi la fin de l’euro et le retour du franc. On voit un quidam au bar, en train d’étrangler avec sa cravate, un garçon de café. Raison de l’agression dans une bulle : « Quoi, dit le quidam, un café au comptoir, facturé 15 francs ». Comme le temps passe, disais-je tout à l’heure. On s’est habitué au petit noir à 2 ou 3 euros ! Comme on a oublié que c’est aujourd’hui, 16 mai 2010 que François Fillon fête ses trois ans à Matignon. Allez, vous ne m’en voudrez pas de lui dédier ce joli poème de Verlaine : « Après trois ans Ayant poussé la porte étroite qui chancelle, Je me suis promené dans le petit jardin Qu’éclairait doucement le soleil du matin, Pailletant chaque fleur d’une humide étincelle. Rien n’a changé. J’ai toujours revu : l’humble tonnelle De vigne folle avec les chaises de rotin.. Le jet d’eau fait toujours son murmure argentin Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle ». Comme le temps passe. 15 mai 2010 hier – 15 mai 1940, il y a 70 ans, c’était un mercredi… 167 avions dont 47 Britanniques sont abattus par les mitrailleuses de Gudurian, qui réussit à faire traverser la Meuse à 60.000 soldats, 22.000 véhicules dont 850 chars. Le lendemain, 16 mai. Dans les jardins du Quai d’Orsay, on brûle les archives du ministère sans même en avoir fait l’inventaire. Et c’est Alexis Léger – Saint-John Perse, le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, qui en aurait donné l’ordre. L’après-midi, Paul Reynaud, le Président du Conseil, monte à la tribune de la Chambre des députés à 15 heures et déclare : « Hitler veut gagner la guerre en deux mois. S’il échoue, il est condamné, et il le sait. Le temps que nous allons vivre n’aura peut-être plus rien de commun avec celui que nous venons de vivre. Nous serons appelés à prendre des mesures qui auraient paru révolutionnaires hier. Peut-être devrons-nous changer de méthodes, et changer les hommes ».

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