Bonjour à tous… « Alors, vos étudiants, ils cavalent toujours ? » Telle est la question que de Gaulle posait en mai 68, à Alain Peyrefitte, son ministre de l’Education nationale. Sur ce point précis, de la fronde étudiante et lycéenne, Nicolas Sarkozy n’a pas besoin d’interroger Luc Châtel, il aura la réponse dès aujourd’hui ! Cortèges à Lyon, Marseille, Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Saint-Etienne, Nice, Paris. La presse, de LIBERATION, au JOURNAL du CENTRE et de SUD-OUEST au PROGRES de Lyon, tente de recenser les manifs annoncées et d’estimer la force du vent lycéen, qui a soufflé hier dans les grandes villes, du Nord au Midi. Charles Jaigu dans le FIGARO veut considérer que sur l’échelle de Richter des mouvements sociaux, les lycéens dans la rue, c’est un niveau d’alerte proche de six ou sept ! Les reporters de LIBERATION, à Lille, Paris et Lyon préfèrent s’étonner de ce qu’ils appellent « l’improvisation lycéenne », avec ses blocages réussis et ses flops aussi… C’est ainsi qu’hier, vendredi la deuxième organisation lycéenne qui avait envisagé de bloquer Matignon n’aurait réuni qu’une centaine de jeunes manifestants, rue de Varenne. Et LIBERATION de titrer sur des mouvements spontanéistes, se déroulant « dans une certaine anarchie ». Jean-Paul Piérot dans l’HUMANITE est tout aussi prudent, quand il évoque - je le cite – l’outrance du slogan, mille fois répété dans les défilés : « Sarkozy, t’es foutu, la jeunesse est dans la rue ! ». Ce qui n’empêche pas l’éditorialiste communiste d’évoquer « la solidarité intergénérationnelle, en marche, selon lui, comme il y a 4 ans, lors de la lutte qui eut raison du Contrat de Première Embauche, de Dominique de Villepin. Le PARISIEN, consacre de son côté une pleine page aux tensions lycéennes, en y ajoutant le casse-tête des forces de l’ordre, après l’affaire du flash-ball de Montreuil. « C’est le flou total » se plaint un officier de police, interrogé par le journal. « La seule chose dont nous sommes sûrs, c’est que nous serons pointés du doigt, s’il y a de la casse ! ». A Montpellier, MIDI-LIBRE met l’accent sur les lycéens incendiaires, arrêtés par la police… tandis qu’à Metz, le REPUBLICAIN LORRAIN, parle de « guerre d’usure, avec pression lycéenne jusqu’à mardi ». Le MONDE daté d’aujourd’hui, fait un pas de plus, avec cette manchette-paradoxale : « Retraites ( deux points) le facteur jeunes !». Selon LE MONDE en effet, le mouvement lycéen donne – je cite – une nouvelle dimension à la contestation de la réforme des retraites ! Et mon confrère de hiérarchiser, avec les jeunes au premier plan, et au second seulement, les grèves dans les raffineries. La presse quotidienne régionale fait le contraire… « Faire le plein d’essence se complique », titre ainsi SUD-OUEST. Le JOURNAL du DIMANCHE, le TELEGRAMME de Brest, le BERRY REPUBLICAIN, l’UNION de Reims, le COURRIER PICARD, dramatisent davantage en parlant de pompes à sec, de spectre de la panne sèche, et même de guerre de l’essence, avec bras de fer, autour des dépôts de carburants. Les DERNIERES NOUVELLES d’ALSACE s’en tiennent au sentiment de peur de panne sèche, qui renvoie aussi à mai 68. Le DEPECHE du MIDI lie le tout : «Grèves, manifs, la marée monte ». Va-t-on vers un risque de blocage régional, s’inquiète NORD-ECLAIR. A Marseille, le journal LA PROVENCE, donne la parole au maire Jean-Claude Gaudin, exaspéré par la multiplication des conflits sociaux, dans la capitale phocéenne. « Je ne veux pas », dit-il, « de retour du déclin ! ». François-Régis Hutin dans OUEST-FRANCE a le même sentiment. Gare au déclin, écrit-il, avant de rappeler que la France est parmi les grands pays, celui qui a le plus régressé, depuis la fin des années 90 sur le plan industriel. A qui la faute ? Maurice Szafran dans MARIANNE a trouvé le pyromane. Il est à l’Elysée selon lui. « Le Chef de l’Etat », écrit-il, « prétendait inventer cette démocratie sociale, méprisée par ses prédécesseurs : il a rechaussé les bottes de l’autoritarisme aveugle. Sans doute, passera-t-il en force, mais il aura fait tant de dégâts, que le pays en sera blessé, amer et déprimé ». Et mon confrère de MARIANNE de suggérer à Nicolas Sarkozy d’éviter l’affrontement, en tentant une sortie par le haut. Le FIGARO parle de bluff syndical, de jeunesse trompée, et met l’accent sur un Nicolas Sarkozy confiant, en dépit d’une forte mobilisation contre la réforme des retraites. Selon Charles Jaigu, « le Chef de l’Etat et le gouvernement estiment même que l’étau se desserre ». NICE MATIN est sur une ligne voisine, avec ces deux questions posées en première page, sur une photo de Nicolas Sarkozy : 1) Que va-t-il faire ? 2) Quel sera, au 15 novembre, après la Toussaint, le futur gouvernement. En somme, me direz-vous, aujourd’hui samedi, la presse française hésite, entre « tracassin et chienlit ». C’est avec ces deux mots, que le fondateur de la Vème République caractérisait et distinguait les mouvements sociaux, des années 60. De Gaulle… Je ne suis pas seul, à rappeler son souvenir aujourd’hui… Anne Fulda et Jean-François Kahn, le font aussi. La première, salue dans le FIGARO, le Général de « la Réforme se fera ! », au moment écrit-elle où Besancenot rêve à voix haute d’un nouveau mai 68. Quant à Jean-François Kahn, il a relu, et le cite dans MARIANNE, un message de 1943, dans lequel l’homme du 18 juin appelait la jeunesse des écoles, à rejoindre la résistance ! Comme dirait l’UMP, commente Jean-François Kahn, c’était démagogique et irresponsable. Mesure pour mesure, l’éditorialiste de MARIANNE, ne m’en voudra pas de lui rappeler, le Conseil des Ministres du 5 mai 68. Où Fouchet proposait de ne pas paniquer devant les étudiants et où de Gaulle répliquait que la police devait réprimer, à coups de pélerine et de bâtons blancs… «Quand un enfant se met en colère, et passe les bornes, la meilleure façon de le calmer, c’est la taloche ». Louis Joxe, garde des Sceaux, ayant entendu cela, eut alors le courage de contredire le Président autoritaire, d’une réflexion, qui peut vouloir aussi aujourd’hui. « Le problème, c’est que ce ne sont plus tout à fait des enfants, et pas encore des hommes ». En 1461… Villon devenu sage … « Hé Dieu ! Si j’eusse étudié Au temps de ma jeunesse folle Et à bonnes mœurs dédié J’eusse maison et couche molle Mais quoi ? Je fuyais l’école Comme fait le mauvais enfant En écrivant cette parole A peu que le cœur ne me fend ». Sage aussi… Gérard Larcher dans REFORME s’interroge sur le fond de la contestation. « C’est le sentiment de justice, qu’il faudrait donner, pour que la réforme de la retraite passe ». Pas sage, Jean-Paul Guerlain, cf. LIBE qui a dit sur France 2 vendredi : « Pour une fois, je me suis mis à travailler comme un nègre. Je ne sais pas si les nègres ont tellement travaillé, mais enfin… » Protestations de SOS racisme et du Cran qui affirment vouloir porter plainte.

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