Deux images se superposent ce matin dans les journaux : la photo d’un homme et celle d’un enfant.

Deux disparitions, séparées de plus de trente ans, mais qui, toutes les deux, nous ramènent instantanément aux années 80.

L’homme, c’est Helmut Kohl, mort hier à l’âge de 87 ans. Partout, vous trouverez son portrait. Des portraits élogieux de celui qui était « le père de l’Allemagne réunifiée », comme le titrent à la fois LE TELEGRAMME, LA PROVENCE et LA DEPÊCHE DU MIDI. « Le père de l’Allemagne moderne », abonde L’INDEPENDANT, tandis que OUEST FRANCE évoque « la mort d’un grand européen ».

Il fut chancelier pendant 16 ans, de 1982 à 98. Un mètre 93 pour près de 150 kilos, un colosse de la politique considéré comme un redoutable tacticien. L’homme du resserrement des liens avec la France, l’homme qui a conduit son pays vers l’euro. Et l’homme qui a parrainé Angela Merkel, avant que celle-ci ne se décide à « tuer le père ».

C’est elle qui, avec d’autres, dénonça les pratiques financières douteuses d’un Helmut Kohl qui dût par la suite payer une lourde amende dans le scandale des caisses noires de la CDU. Et d’ailleurs, jamais il ne pardonnera cette trahison. Ténacité d’acier, mais rancœur d’acier également.

Et l’enfant, qui l’a tué ?

L’enfant, l’autre visage du jour : celui de Grégory Villemin, dont l’affaire a été relancée au milieu de la semaine. Hier, son grand-oncle et sa grand-tante ont été mis en examen et écroués, une mise en examen pour « enlèvement et séquestration suivie de mort ». Ils sont soupçonnés d’être les fameux corbeaux, les auteurs des lettres de menaces envoyées aux parents de Grégory il y a 33 ans.

Soupçonnés, dès lors, d’être également les assassins. « Les époux Jacob dans les filets de la justice », commente LIBERATION. « La vérité se dessine », estime pour sa part SUD OUEST, tandis que L’EST ECLAIR évoque « des haines et des vengeances familiales qui hantent l’affaire Grégory ». Mais qu’est-ce qui rend cette affaire si particulière ? Et pourquoi se sent-on encore touché par ce crime vieux pourtant de plus de trente ans ?

Des questions posées ce matin dans LE PARISIEN à l’historienne Claire Sécail, spécialiste des faits divers. « Si l’on est touché par ce crime, c’est, dit-elle, parce qu’il a traversé les générations. Une première, celles d’adultes en âge d’être les parents du petit Grégory, se sent touchée dans la mesure où la victime aurait pu être leur fils. Une deuxième, née à la même époque que l’enfant, s’identifie à la lui, en imaginant ce qu’il aurait pu devenir s’il avait eu la chance de grandir. Enfin, une troisième génération n’a du petit Grégory que l’image de son visage, figé dans l’éternité. Elle l’a découverte avec les des Unes de la presse et toutes les émissions télé consacrées à l’affaire. Et finalement, conclue-t-elle, il s’est produit une sorte de socialisation quelque peu morbide. »

L’image de l’enfant disparu. L’image de l’homme disparu. Le petit Grégory, le géant Helmut Kohl. Commentaire de l’ancien éditorialiste et blogueur Didier Pobel : « Il y a des jours où, dirait-on, l’actualité paraît s’amuser à passer le bac. Hier, c’était ainsi pour elle l’épreuve d’Histoire. Sujet principal : les années 80. »

Et demain, l’épreuve sera plus politique

Sujet principal : les élections législatives. Second tour du scrutin, et l’on retrouve le même angle à la Une de tous les quotidiens nationaux. « Recherche opposition désespérément », titre LE PARISIEN. « L’opposition sous l’eau », titre LIBERATION, LE FIGARO soulignant pour sa part que « face à Macron, droite et gauche tentent de survivre ».

Au-delà de la victoire annoncée des candidats de La République En Marche, l’élimination de la plupart des ténors du PS et d’LR pose la question de l’incarnation de l’opposition dans la future Assemblée, et certains se demandent même s’il s’agit d’une menace pour la démocratie.

Ici, une interrogation, et là, une certitude : il y aura plein de petits nouveaux dans la prochaine Assemblée. Certains n'ayant, du reste, jamais occupé le moindre mandat politique. Pour eux, les débuts risquent d'être un peu compliqués, mais ils peuvent lire dans les colonnes de MARIANNE les conseils avisés de plusieurs anciens députés :

  • Concentrez-vous sur les dossiers pour lesquels vous avez de réelles compétences.
  • Ne vous laissez pas impressionner par les collègues qui parlent bien, ou ceux qui parlent fort.
  • Évitez de tomber dans le jeu des lobbies, refusez les invitations à déjeuner et à dîner. N'acceptez jamais les cadeaux, et tentez de garder la tête froide, car vous allez bientôt crouler sous les flatteries !

Voilà les pièges à éviter, si l'on en croit donc ces élus qu'a rencontrés Marjolaine Cock, à qui ils ont raconté par ailleurs leur arrivée à l'Assemblée, au lendemain de leur élection. Une demi-journée de formation, afin de se familiariser avec les lieux. C'est à ce moment-là qu'ils ont reçu la mallette du député. A l'intérieur : le règlement, l'écharpe et la cocarde. Tous font part d'une même impression : l'Hémicycle est beaucoup plus petit que ce qu'ils avaient imaginé.

C'est le grand saut dans l'inconnu, dans la marmite politique

« Et personne ne vous aide, dit l'un, personne ne vous donne les codes, c'est vraiment chacun pour soi ! » Ensuite, il faut intégrer des commissions. Les plus prestigieuses sont celles des Finances et des Lois – lorsque vous y êtes, vous passez d'emblée pour un élu sérieux. Dès lors, les places sont chères. Faut jouer des coudes pour y entrer.

Et puis il y a des postes qu'au début, on ne voit pas passer, notamment dans des conseils d'administration – à France Télévision ou d'autres grandes structures, des postes qui donnent du prestige ou bien qui sont rémunérés. Mais, en général, ce sont les présidents de commission qui se débrouillent pour se les garder ou les proposent à leurs amis. « Leurs premiers pas à l'Assemblée », c'est donc à lire dans MARIANNE.

Modèle scandinave

Autre dossier intéressant dans l'hebdo cette semaine ; une enquête qui démonte les fantasmes autour du modèle scandinave. Economie, éducation, culture, santé, mode de vie. Voilà des années qu'on nous assène que le paradis se trouverait dans les pays du Nord : entre la Suède, la Finlande, le Danemark et la Norvège, laquelle pointe en tête du classement mondial des habitants les plus heureux. La France n'est que 31ème. Mais les pays scandinaves seraient-ils vraiment aussi exemplaires qu'on le dit ? Ben non, si l'on en croit cette enquête menée avec une dose assumée de mauvaise foi pour nous remonter le moral !

D'abord, il faut savoir que les Danois divorcent bien plus que les Français. A force de s'enrouler dans des plaids en pilou, ils auraient, semble-t-il, un peu perdu de leur sex-appeal. Ensuite, il faut savoir que les Finlandais se suicident bien plus que les Français. Quant aux Norvégiens, on ne peut pas dire qu'ils soient foncièrement écolos : ils tuent trois fois plus de baleines que les Japonais !

Et puis on ne peut pas dire le système éducatif scandinave soit meilleur qu'ailleurs. D'après les spécialistes, les enfants qui s'en sortent sont surtout ceux qui ont des parents fortunés. Les élèves des pays du Nord ne seraient donc pas plus brillants, mais simplement plus riches que ceux des pays d'Europe du Sud !

« Repris de justesse »

Et à propos d'éducation, un très beau reportage à lire dans LA REVUE DESSINEE. « Repris de justesse », c'est le titre. Un formidable reportage d'Amélie Mougey et de Gaëlle Hersant qui, pendant plusieurs mois, ont suivi le quotidien des élèves du micro-lycée de Vitry-sur-Seine dans le Val-de-Marne. Dans un micro-lycée, les effectifs des classes sont extrêmement réduits : pas plus d'une quinzaine d'adolescents en moyenne, ados qu'on classe parmi ceux qu'on appelle « les décrocheurs », des jeunes qui ne vont plus à l'école depuis au moins un an.

En France, on estime qu'ils sont entre 100.000 et 150.000 chaque année à quitter le système scolaire sans le moindre diplôme. Mais des structures proposent de les reprendre en main, à l'instar de l'établissement que nous fait découvrir LA REVUE DESSINÉE.

Pédagogies alternatives, optimisme, bienveillance : tout est fait pour que les élèves, des accidentés de l’école, retrouvent le goût des études

On suit le parcours de Cory, de Kevin, Sayfallah, Mabounou, Sabrina. La confiance qui revient, les projets qui arrivent, l'entraide, la solidarité. On les voit également qui trébuchent ou qui chutent. Soudain, ils ne viennent plus. Parce que c'est difficile. Parce qu'ils sont fatigués. Ou parce qu'ils n'y croient plus. Et puis on suit aussi la vie de leurs enseignants. Patients, ultra-patients, énergiques, innovants.

Certains disent d'ailleurs qu'eux aussi, avant d'intégrer le micro-lycée, étaient devenus « décrocheurs ». Des profs « décrocheurs ». Mais les défis qu'ils doivent désormais relever leur ont, en quelque sorte, redonné la vocation.

Et globalement, ça paye quand on observe les résultats : 80% de réussite au bac pour les élèves qui ont décidé de s'y présenter. Un taux qui avoisine celui d'un lycée classique. Témoignage d'un ancien – il s'appelle Anthony : « Moi, mon truc, c'est le cinéma. Je veux en faire depuis tout petit. Mais en troisième, je n'arrivais pas à me canaliser. Mes parents divorçaient, j'avais de mauvaises notes. Alors quand j'ai dit 'cinéma' à la conseillère d'orientation, elle m'a répondu 'BEP en électrotechnique'. Sans s'en rendre compte, elle a tué mon rêve, j'étais en colère et c'est là que j'ai lâché. »

Il est devenu « décrocheur », avant de raccrocher grâce au micro-lycée. « Ici, raconte-t-il, j'ai vécu mes meilleurs années. J'avais l'impression d'être un peu con en arrivant. Je suis devenu plus intelligent. La littérature, la philo m'ont fait voir la vie de manière plus poétique. Ici, j'ai grandi », conclue-t-il. Et il a intégré une grande école de cinéma !

Une dernière info pour finir, avec un fait divers qui pourrait être le scénario d’un film de cinéma. C’est la Une de NORD LITTORAL : « addict à sa combinaison de plongée, il se retrouve au tribunal avec sa compagne ». Titre de l’article : « la combinaison tue-l’amour ». D’après ce que j’ai compris, le monsieur voulait la porter tout le temps, sa combinaison de plongée. Y compris le soir. Y compris la nuit. Il y a des hommes qui sentent la quiche, d’autres qui sentent le mojito. Là, visiblement, le monsieur sentait le caoutchouc : très difficile à supporter.

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