Bonjour à tous… « Tout le monde veut gouverner. Personne ne veut être citoyen. Mais où donc est la cité ? » C’est le quotidien communiste « L’humanité » qui cite ce matin ce mot de Saint-Just, tandis que « Le Figaro » publie en première page, les douze photos d’identité des candidats, aspirant au gouvernement des Français. Identité, vous avez dit identité ? Identité nationale ? A la manière de Nicolas Sarkozy et quitte à fâcher non seulement, ses meilleurs soutiens comme Simone Veil, mais aussi aujourd’hui nombre d’éditorialistes, d’habitude plutôt calmes et réfléchis. « Il faut pourtant prononcer le monde », comme l’écrit Albane Gellé, poète et libraire à Saumur, dans la chronique « Week-end » de Libération. « Prononcer le monde, et se méfier des mots qui font leurs travaux. » « C’est samedi, écrit-elle, jour de marché sous le soleil, et il y a foule devant les poulets, les olives et les artichauts. Ici, chez moi, à quelques mètres, parmi les livres, je suis seule, dans notre petite librairie informelle ouverte depuis le mois de septembre. Seule, et tranquille, dans l’odeur du papier, peut-être pas assez forte. Comment expliquer, que les livres aussi nourrissent, que les mots entrent dedans, et sous la peau, font leurs travaux ? Déjà, des gens arrivent, touchent, feuillètent, achètent un livre ou deux, sourient dans la lumière d’aujourd’hui tandis qu’au-dessous, la Loire déborde. » Voilà pour le préambule, mais voici la suite de la chronique d’Albane Gellé. « Dans le journal, on lit de ces trucs ! On se croirait en 1942. Le mot identité par exemple. Il est dense, rempli, ouvert à tous. Mais que dire de l’adjectif « nationale » qui le referme, l’appauvrit et le vide de son sens ? Inacceptable, qu’un politique ferme et referme la pensée, les mots, les gens, à longueur de temps. Colère. Et la poète-libraire de s’écrier… « Ah, il y a de quoi faire avec les mots des journaux : gagner, battre, éclater, investir, emporter, gouverner, soutenir… déclarer… Ah ! Déclarer. Qu’avez-vous à déclarer ? On nous parle comme si tout était là, à consommer ou à jeter immédiatement. Individus. Pizzas, pétrole, slogans ». Rassurez-vous, réplique Bruno Frappat dans sa chronique de La Croix… Rassurez-vous, à la rentrée, promesse de Monsieur de Robien Ministre de l’Education, les enfants des écoles vont bénéficier d’un enseignement systématique sur les mots… Les mots de notre langue, qui en compte beaucoup… Des petits et des gros… Des méconnus, des sous-utilisés, des mal-employés. Et dans la série des mal-employés, selon Frappat… il y a le fameux concept d’identité nationale. Oui ou non, demande l’éditorialiste de La Croix ce concept-là, a-t-il à voir, avec la linguistique ou l’idéologie. Et mon confrère, amer, d’ironiser… C’est une piste intéressante, que nous propose Nicolas Sarkozy, un ministère de l’immigration et de l’identité nationale ! Si ce ministère voit le jour, il faudra trouver une occupation au ministre, des missions à son cabinet, des tâches aux fonctionnaires qui seront recrutés pour faire tourner la machine et justifier les dépenses y afférentes. Il est probable que la première tâche de ce nouveau département de l’Etat consistera à définir les mots d’identité nationale et, donc, de Français. C’est toute la question : qu’est-ce qu’un Français ? Va-t-on le définira-t-on par la race, le sang, l’origine, le lieu de résidence, la religion, la langue, l’intelligence (ou son contraire), la taille, la culture (ou son contraire), le tempérament, les goûts culinaires ? Les souvenirs, peut-être. Comme celui qui consiste à se remémorer les époques ou des fonctionnaires d’Etat étaient chargés de faire le tri entre les « bons » Français et les « mauvais ». Entre les « vrais » Français et les autres. Il faudra veiller soigneusement, à l’école, à expliquer aux jeunes Français que l’usage des mots est redoutable. Qu’il y a des mots pour diviser et des mots pour unir. Des mots piégés. Des mots qui ont l’air comme ça, de gentils bourgeons et qui donnent, finalement, des fleurs très laides. Des mots généreux ou dangereux. Et que les mots ne sont jamais responsables de ce qu’on leur fait dire. Bruno Frappat, La Croix. Simone Veil dans « Marianne » juge elle aussi, dangereuse l’expression d’identité nationale. Elle ne récuse pas l’idée d’un ministère de l’immigration mais elle aurait aimé qu’il soit aussi celui de l’intégration. Le choix des mots, a-t-elle expliqué, hier, lors d’une remise de décoration à l’Elysée. Le choix des mots, c’est important en politique, et elle ne manquera pas de donner son avis, à Nicolas Sarkozy, quand il sera moins difficile à joindre qu’aujourd’hui. En attendant, sarkozystes ou pas, tout le monde ferait bien de relire dans Le Monde ce matin, ce que l’historien Fernand Braudel disait justement de l’identité française, en 1985, au même quotidien, Le Monde. « La France, expliquait Braudel… Ce sont des France différentes qui ont été cousues ensemble. » Et lui qui aimait passionnément notre pays, et les Français précisait : « Je crois que le thème de l’identité française s’impose à tout le monde, qu’on soit de gauche, de droite ou du centre, de l’extrême gauche ou de l’extrême droite. C’est un problème qui se pose à tous les Français. D’ailleurs, à chaque instant, la France vivante se retourne vers l’histoire et vers son passé pour avoir des renseignements sur elle-même. Renseignements qu’elle accepte ou qu’elle n’accepte pas, qu’elle transforme ou auxquels elle se résigne. Mais, enfin, c’est une interrogation pour tout le monde. Il ne s’agit donc pas d’une identité de la France qui puisse être opposée à la droite ou à la gauche. Pour un historien, il y a une identité de la France à rechercher avec les erreurs et les succès possibles, mais en dehors de toute position politique partisane. Je ne veux pas qu’on s’amuse avec l’identité. Vous me demandez s’il est possible d’en donner une définition. Oui, à condition qu’elle laisse place à toutes les interprétations, à toutes les interventions. Pour moi, l’identité de la France est incompréhensible si on ne la replace pas dans la suite des événements de son passé, car le passé intervient dans le présent, et le « brûle ». Et Fernand Braudel de s’interroger au-delà des fantasmes autour de l’identité sur l’avenir de la langue, de la culture, et du fameux rayonnement français. La France concluait-il en 85, et vous le retrouverez, page 25 du Monde d’aujourd’hui… La France a devant elle des tâches qu’elle devrait considérer avec attention, avec enthousiasme. Elle est devenue toute petite, non parce que son génie s’est restreint, mais en raison de la vitesse des transports d’aujourd’hui. Dans la mesure où, devenue toute petite, elle cherche à s’étendre, à agripper les régions voisines, elle a un devoir : faire l’Europe. Elle s’y emploie, mais l’Europe s’est accomplie à un niveau beaucoup trop haut. Ce qui compte, c’est de faire l’Europe des peuples et non pas celle des patries, des gouvernements ou des affaires. Et ce ne sera possible que par la générosité et la fraternité. Générosité, fraternité, enthousiasme, il faut aussi ces qualités pour prétendre peu ou prou à l’Elysée. Sont-ils onze ou douze à disposer des 500 signatures nécessaires… on sera fixé définitivement lundi, sur le sort du douzième et dernier, José Bové. Onze ou douze, la chasse aux parrainages en tout cas, est terminée comme le souligne Le Dauphiné, tandis que l’Indépendant catalan, relève qu’ils sont bien moins nombreux qu’en 2002. Ouest-France, Nice-Matin, comme Le Figaro publie en première page, toutes les photos des impétrants… Je vais les citer rapidement, puisqu’il n’y aura plus désormais sur nos médias… des petits et des gros candidats… mais des candidats tout simplement qu’il faudra entendre égalitairement. Allez, Nicolas Sarkozy, il est le premier de la liste, juste à côté Ségolène Royal, bon… François Bayrou, Numéro 3. Le Pen, numéro 4 ; Marie-Georges Buffet, et puis Philippe de Villiers, Dominique Voynet, Olivier Besancenot, Arlette Laguiller, Gérard Schivardi, Frédéric Nihous, et le dernier José Bové.

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