Bonjour à tous…. Il faut savoir commenter une grève, écrit Bruno Frappat dans LA CROIX, en plaignant les journalistes contraints de se répéter, ou de se contredire, quand une grève des transports qui ne devait pas durer… dure… LE FIGARO-MAGAZINE, tenu sans doute par ses délais d’impression, a cru devoir anticiper sur un recul syndical et une reprise du travail à la Sncf et à la Ratp. D’où ce titre, impliquant avant l’heure, le succès du gouvernement : « Face aux grèves, pourquoi Nicolas Sarkozy a eu raison de tenir ». Explication en page intérieure dans le dossier de dix pages, consacré à l’actualité sociale : « En affichant sa fermeté, le président de la République, fort du soutien de l’opinion, a fait reculer la CGT. Céder, eût été compromettre d’emblée l’ensemble de son quinquennat. » Etienne Mougeotte, dans son éditorial, fait lui aussi le même pari du bras de fer gagné, grâce à l’appui de l’opinion et des syndicats réformistes, quand il écrit : « La fermeté paye. Ce baroud d’honneur d’un mouvement corporatiste était inévitablement voué à l’échec. Les dirigeants socialistes l’ont si bien compris qu’ils ont soigneusement évité de se porter à la tête des manifestations qui, d’ordinaire, sont pain bénit pour l’opposition. » Claude Imbert dénonce lui aussi dans LE POINT, des cheminots français qui, par la garantie de l’emploi, les conditions horaires et le régime des retraites, « ont le meilleur statut du monde ». Mais Imbert est plus prudent que ses confrères du FIGARO MAGAZINE, quant à l’issue des événements. La preuve ? Cette interrogation de l’éditorialiste du POINT : « Les salariés peuvent-ils, une fois encore, faire chanter l’Etat et la masse asservie de leur clientèle ? Et vont-ils oui ou non, obtenir que la singularité de leurs intérêts catégoriels soit payée par les pékins, une fois de plus maltraités. » Et Imbert de conclure : « Chaque nation vit aujourd’hui sous les caméras de ses voisines. Quelle autre démocratie d’occident est ainsi défiée ? On devrait penser au spectacle qu’une France surendettée offre à ses partenaires européens. » Sylvie Pierre Brossolette se veut moins radicale et partage les responsabilités quand elle écrit : « Sarkozy Acte II. Pour l’instant, les Français bougonnent et attendent le président au tournant. Ce n’est pas l’état de disgrâce, mais ce n’est plus l’état de grâce. Les Français ont le blues, et cela touche tous les camps. A commencer par le chef de l’Etat qui joue son mandat et recule de cinq points dans le baromètre Ipsos du mois. » Encore faut-il noter que la côte de popularité du président, même en baisse, se situe selon LE POINT à 58%. Mais il y a plus parlant dans le sondage du POINT. A la question d’Ipsos : « Qui porte la responsabilité de l’échec des négociations sur la réforme des régimes spéciaux de retraite », les personnes interrogées la semaine dernière répondent à 27%... les organisations syndicales… à 20%... Nicolas Sarkozy et le gouvernement… et à 49% : autant les uns que les autres ! Christophe Barbier partage de la même façon, dans L’EXPRESS, les responsabilités, entre ce qu’il appelle les cohortes archaïques d’un vieux syndicalisme où, par peur de la base, les modérés suivent les jusqu’aux-boutistes, et un état poltron qui a longtemps repoussé aux calendes les réformes nécessaires, et qui cet automne encore, a hésité au pied du mur. Et l’éditorialiste de L’EXPRESS d’illustrer son propos : « En France, écrit-il, les cigales chantent l’été et manifestent l’hiver, tandis que les fourmis travaillent pour payer leurs impôts. » « Certes, conclut-il, le paquebot hexagonal flotte toujours, malgré des décennies de houle sociale, et cela pour que l’on dédramatise les conflits actuels… A moins que le charivari d’aujourd’hui, ne soit l’écho cacophonique de l’orchestre du Titanic. » Voilà qui fait froid dans le dos, au moment où les DERNIERES NOUVELLES D’ALSACE annoncent, photo à l’appui, un « premier week-end en blanc ». Et un sacré temps de neige pour les fondeurs et les skieurs vosgiens et alpins. Tu parles d’un week-end en blanc, riposte France SOIR, en ironisant d’une manchette : « Bienvenue à Grèveland ». Attitude identique à LIBERATION où l’on souligne la radicalisation, tronc commun des grévistes. Au passage, Didier Pourquery explique dans son éditorial, que le responsable des grèves, tensions et crispations, porte un nom : Nicolas Sarkozy. Ou plus exactement, le style de l’omni-président, « qui mêle, écrit-il, arrogance, paillettes et provocations. » L’HUMANITE se situe sur une ligne voisine, mais plus classique, en titrant sur le gouvernement de l’affrontement. Selon L’HUMANITE, c’est Xavier Bertrand qui aurait tout faux, et refuserait de négocier. « Ce n’est pas la grève que le gouvernement veut tuer dans l’œuf, renchérit Pierre Laurent… C’est à travers elle, la négociation qu’elle exige ! » Allez donc, réplique LE FIGARO… S’il y a aujourd’hui bras de fer, c’est avec les minoritaires… et pas avec la CGT de Bernard Thibault, ni la CFDT de François Chérèque. Gare à la semaine qui s’ouvre… et gare à la « pagaille qui dure », titre LE PARISIEN, qui revient longuement sur ceux qui ont vécu hier, leur troisième jour de galère… Galère… tel est en effet le mot 2007… Outre les grossièretés qui ont remplacé le mot ras-le-bol… les plus dicibles aujourd’hui étant : y’en a marre ! Bordel… qui ont succédé aux charmants chienlits et tracassin gaulliens ! Bruno Frappat, dans sa chronique de LA CROIX, suggèrent quelques commentaires à la carte, façon Rostand dans Cyrano. Matamore... « Moi je te les collerais au mur, tous ces nababs du rail et ouste au boulot sans rouspétance !" Automatique... "Les usagers sont pris en otages…" Gauchiste... "Camarades, tenez bon, le capital et ses séides immondes tremblent sur leurs bases… Grève générale." Râleur… "Moi, on ne me la fait pas… Ils nous baladent tous, mais ils se sont mis d’accord en douce…" Utopique : "et si c’était la der des der… la dernière grève." People : "on a vu Christine Lagarde sur un Vélib…" Chrétien : "transportez-vous les uns les autres…" Florilège de la Presse quotidienne régionale, pour terminer et marquer… l’actualité plus sociale que jamais, de ce week-end glacial mais ensoleillé. LA REPUBLIQUE DU CENTRE : « grève des transports, chiffres rouges et drapeau blanc, enlisement et effritement ». LA DEPECHE DU MIDI : « Grève : la base ne veut pas lâcher » LA VOIX DU NORD : « Sncf : La grève continue… mais sans la CFDT » LE TELEGRAMME DE BREST : Xavier Bertrand qui dit : "Je suis déterminé mais pas fermé » Un petit quizz avant de nous quitter : Qui a dit : « … savoir terminer une grève peut être plus important que la déclencher ; il faut apprendre à conclure parfois une sorte d’armistice, à ne pas insister sur toutes les revendications pour obtenir la rentrée avec un mouvement conscient de sa force et prêt à d’autres luttes. » Ce pourrait être François Chérèque mais ce n’est pas lui… C’est Maurice Thorez, en 1932. Et en 1936, le même Maurice Thorez disait : « Il faut savoir terminer une grève dès que satisfaction a été obtenue ». Là il n’aurait pas donné raison à François Chérèque mais plutôt aux syndicats !

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