Bonjour à tous. Au commencement était le verbe. Et rien n’a changé depuis la Genèse, puisque vous commencez votre journée en écoutant la radio et ses propos dominicaux… « Logos, Logos, quand tu nous tiens ! » auraient pu dire les sages néo-platoniciens qui avaient vu dans le langage, un être intermédiaire entre Dieu et le monde. Benoît XVI qui fait encore ce matin, la première page des quotidiens, pour sa critique publique de l’Islam, préfère, quant à lui, la synthèse évangélique. « Au commencement était le verbe. Et le verbe est Dieu. Logos signifie les deux : raison et verbe. Une raison qui est créatrice et peut se communiquer, justement parce qu’elle est raison. C’est Jean dans son Evangile qui nous donne ainsi le dernier mot sur le concept biblique de Dieu. La rencontre entre son message et la pensée grecque n’est pas un simple hasard. Il s’agit bien en profondeur d’une rencontre entre la foi et la raison. Et voilà pourquoi, concluait le pape mardi dernier à Ratisbonne, en partant de la nature intime de la foi chrétienne et de la pensée grecque désormais fondue dans notre religion, l’empereur byzantin Manuel II pouvait dire : « Ne pas agir avec le logos (avec le verbe) est contraire à la nature de Dieu. » C’es le journal « Le Monde », daté dimanche-lundi qui publie en page 18, de larges extraits de la conférence du pape Benoît XVI, qui fait tant de bruit, sous le titre : « Plénitude de la raison unique ». Et « Le Monde » de détacher deux phrases de ce document. « Agir de manière déraisonnable est contraire à la nature de Dieu. » C’est la première. Et voici la seconde : le Dieu vraiment divin est ce Dieu qui s’est montré comme Logos. CQFD. Au commencement était le verbe… Mais si vous me donnez quatre lignes de la main de quelqu’un, je me charge de le faire pendre ! Le caricaturiste Plantu le sait d’expérience puisqu’il croque un Pape, circonspect et visiblement ennuyé par le désordre qu’il a provoqué face à un dessinateur humoriste danois, qui lui dit dans une bulle : « Un conseil Benoît, quand tu touches à Mahomet, OK, mais alors balises à mort. » C’est le dessin de Plantu aujourd’hui dans « Le Monde ». C’est bulle contre bulle, en quelque sorte. Robert Lamoureux, faisait beaucoup rire autrefois, avec un sketch, dans lequel il disait que le travail de pape au Vatican était plaisant, puisqu’on bullait dans un palais. Nicolas Garonne, dans « Le Journal du Dimanche » n’est pas de cet avis, quand il souligne que le pape a écrit seul son discours de Ratisbonne, et que celui-ci ne devait rien à l’improvisation. Et si ce n’était pas un dérapage ? interroge le correspondant du « Journal du Dimanche » à Rome, avant de relever, que Benoît XVI, ne s’est pas contenté d’étriller l’Islam. Il s’en est également pris au rationalisme, au positivisme et à l’héritage du siècle des Lumières, coupables à ses yeux, de donner une explication du monde dans laquelle Dieu est superflu. Dans le même « Journal du Dimanche » Odon Vallet qui est Docteur en Droit et en Sciences des religions, fait un pas de plus. « Aucun pape de notre histoire contemporaine écrit-il, n’a été confronté à un tel choc des civilisations. Même si Jean-Paul II s’est illustré avec succès, par son opposition au communisme. Seulement voilà déplore Odon Vallet, Benoît XVI, n’est plus le cardinal Ratzinger, préfet de la doctrine de la foi, et son audience de chef catholique est considérable. Mais s’il n’y avait que cela, poursuit l’universitaire en Sciences des religions, Benoît XVI accueille dans le giron de l’Eglise des opposants qui s’étaient distingués en combattant la liberté religieuse. La semaine dernière encore, le Saint-Siège a réintégré les prêtres de la Fraternité sacerdotale saint Pie X qui s’étaient ralliés à Monseigneur Lefebvre. Jean-Paul II avait l’amitié des pays musulmans car il était opposé à la politique de Bush, père puis fils. Benoît XVI est beaucoup moins antiaméricain que son prédécesseur. Il est même proche de l’Amérique, lorsqu’elle se pose en défenseur de l’Occident chrétien. On le voit applaudir, écrit encore Odon Vallet, la musique de Mozart dans une salle de concert. On le voit moins apprécier, comme le faisait Jean-Paul II, des cultures différentes, des chrétiens en boubous qui jouent du tam-tam. Le pape globe-trotter, c’était Jean-Paul II. Benoît XVI est avant tout un doctrinaire. La diplomatie suppose toujours une modération dans le choix des mots. Un diplomate, c’est une main de fer dans un gant de velours. Benoît XVI conclut Odon Vallet dans le JDD ce matin, serait plutôt une main de fer dans un gant d’acier. Reste, comme le relève Patrick Fluckiger, dans le journal « L’Alsace » de Mulhouse, reste que le monde musulman a des plaies à vif, et que l’Eglise catholique a frappé et brûlé elle aussi, dans le passé, Galilée, souvenez-vous… et Giordano Bruno, toujours pas réhabilité. Il y a eu, conclut l’éditorialiste de Mulhouse, des guerres saintes qu’on n’appelait pas Jihad ! Le « New-York Times » de son côté, déplore le jeu tragique et dangereux du Vatican qui sème la discorde entre chrétiens et monde musulman. Mieux vaudrait séparer radicalement Islam et Islamisme, souligne en page 3 du « Monde », l’anthropologue Malek Chebel, qui publie aux éditions Tempus « L’Islam et la raison ». « L’islam, écrit-il, peut être capable de beauté, de charité, comme de violence et de guerre. Tout dépend de celui qui l’interprète. Le Coran ne dit ni plus ni moins que ce que l’interprète lui fait dire. Au nom du même texte sacré, on a fait les plus grandes réalisations du monde et on a commis aussi les plus grands crimes. Je réclame, poursuit Malek Chebel, le droit pour tous les intellectuels musulmans de se livrer à un travail d’explication, d’interrogation des textes. Afin de pouvoir récuser la légitimation religieuse de la « guerre sainte », l’héritage inégal pour l’homme et la femme, la répudiation, la polygamie. On met trois semaines pour fabriquer un terroriste, trente ans pour fabriquer un intellectuel critique. Tant qu’on est dans ce rapport pervers au temps, on sera la proie de cette violence à bas prix qui éclabousse l’ensemble des musulmans. Tant qu’on n’a pas pris le parti de former des esprits critiques, capables d’interpréter les textes, de dialoguer avec l’autre, nous serons toujours à la recherche d’un islam de paix perdu, d’un islam des Lumières. » Voilà, c’est Malek Chebel et c’est courageux, autant le dire. Au commencement était le verbe… Et, hier, à Lens, les candidats éventuels du Parti Socialiste à l’élection présidentielle, ont parlé, parlé. Sagement, sans s’agresser, remarquent ensemble, « La Voix du Nord », « La Provence », « L’indépendant » de Perpignan. Mais deux quotidiens se distinguent dans le commentaire ce matin. « Le Parisien-Dimanche » et « L’Union des Ardennes ». En effet, dans « Le Parisien », on note les candidats à l’examen, comme au Bac. Et on précise même ce que fût l’attitude des militants à l’applaudimètre. Voici les résultats, selon les examinateurs, ma consœur Nathalie Segaunes et mon confrère Philippe Martinat. Madame Royal : 17/20. Discours très social, un quart de la salle debout, applaudissements nourris et prolongés. 17/20, Monsieur Fabius, théâtral et percutant s’en est pris vivement à Nicolas Sarkozy, avant de conclure sur Jaurès, en soulevant un public emballé. Monsieur Jospin, 13/20. Professoral, classique, applaudi lui aussi, mais a jeté un froid, quand il a dit : gagnerons-nous en 2007 ? M. Strauss-Kahn, 10/20. Prestation moyenne, routinière et décousue… applaudissements organisés. Monsieur Hollande 8/20. Bavard… convenu. Applaudissements respectueux. Monsieur Lang… Pompeux et régionaliste. Applaudissements discrets, 6/20. Martine Aubry… emphatique et décalée 6/20. Applaudissements de circonstance. Jean-Michel Roustand de « L’Union » et de « L’ardennais », a vu les choses autrement. Il écrit : « Tant de chiens ! Tellement de chiens… ! Et il explique que Henri Emmanuelli a comparé Nicolas Sarkozy à « un chiot couché devant son maitre », tandis que Laurent Fabius a vu le même Nicolas Sarkozy en « futur caniche du président des Etats-Unis ». Une comparaison osée lorsque, premier ministre en poste, on s’est fait traiter de roquet par Jacques Chirac lors d’un débat télévisé. Ce qui me rappelle ce mot de de Gaulle qui n’est pas apocrite. On avait dit qu’en Chine, on avait lu sur les murs, écrit « De Gaulle est un chien ». Et le général aurait dit : « Avouez que c’es paradoxal pour moi d’être traité de Pékinois par un Chinois ».

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