Bonjour à tous… « Moi je suis venu à pied Doucement sans me presser J’ai marché / à pied / à pied… J’étais sûr de vous trouver Je m’suis donc pas pressé En marchant / à pied / à pied Dans la rue il faisait bon Je m’fredonnais une chanson Avec le d’ssous d’mes talons… » Et là, vous vous souvenez, Yves Montant faisait un petit numéro de claquettes, aussi élégant qu’inspiré de l’insoutenable légèreté de l’être. Mais comment être léger, quand on ne peut plus s’envoler et que du fait d’un maudit volcan islandais, l’Europe toute entière va vivre plusieurs jours comme un avion sans aile ? « Nuages de cendres », titre en manchette le JOURNAL du DIMANCHE en citant Jean-Louis Borloo, pour lequel les difficultés actuelles " vont durer ». Combien de temps ? Nul ne le sait. Cela dépendra du volcan évidemment et de l’orientation des vents, qui transportent actuellement les cendres dangereuses sur notre continent. En attendant, constate le ministre de l’environnement, presque tous les aéroports sont fermés, et il y a 150.000 Français bloqués à l’étranger. Français, pour lesquels le gouvernement envisage tous les moyens de rapatriement. « Nous étudions », précise Jean-Louis Borloo, « les évolutions des particules, les mouvements des vents pour voir si tel ou tel couloir aérien pourrait se débloquer, le temps de bouger les avions. » Etonnement alors de mon confrère, Claude Askolovitch, face à ce renoncement du ministre au principe de précaution. « On n’y renonce pas », répond Jean-Louis Borloo, « mais on étudie les conditions dans lesquelles des avions pourraient reprendre l’air, malgré les particules en suspension et en fonction des densités constatées ». Bref, on expérimente et on affine le risque. Mais conclut le ministre de l’écologie, cela ne se fera pas avant lundi ou mardi… Et il faudra une décision politique européenne et internationale de faire voler des avions pilotés par des volontaires. Une téléconférence devrait avoir lieu lundi matin sur ce point, entre les différents ministres européens des transports. Voilà, je vous renvoie au JOURNAL du DIMANCHE, page 3, et vous laisse le soin de poser à votre conjoint la question : « Chéri, veux-tu partir à Biarritz jeudi prochain, sur un vol garanti par le ministre, avec un commandant de bord volontaire ? ». Et ne répondez pas façon Joseph Prudhomme que « décidément, le char de l’Etat navigue sur un volcan ». Un volcan islandais de surcroit. Au nom imprononçable « Eyjafjöll », selon le PARISIEN et « Eyjallajokull » s’il faut en croire le POPULAIRE du CENTRE. Quoiqu’il en soit, ce volcan-là est responsable de ce que OUEST-FRANCE dénonce comme un grand bazar… Et le COURRIER PICARD, comme une prise d’otages ! Ah ! la jolie formule… Cette fois-ci, ce ne sont pas des syndicalistes qui nous paralysent, mais la nature, les entrailles vivantes de la planète, qui ose perturber nos déplacements et imposer silence aux climatologues et aux militants écolos de la décroissance. J’ai cherché dans les journaux dominicaux un point de vue de Nicolas Hulot ou d’un expert adversaire de Claude allègre. Je n’ai rien trouvé. La parole aujourd’hui appartient aux vulcanologues, aux géologues, ainsi qu’aux militants du rail, du bateau, de l’auto louée ou partagée et de la marche à pied. Certes, le BIEN PUBLIC de Dijon reproche à la SNCF une grève qui dure. Et si Cécile Duflot intervient dans NICE-MATIN, c’est pour dire que tout va bien avec Daniel Cohn-Bendit. Pas de réflexion en revanche sur l’événement qui conduit Barack Obama, Nicolas Sarkozy, le Prince Charles et quelques autres, hautes personnalités, à renoncer au voyage qui devait les conduire aujourd’hui à Cracovie, aux obsèques du Président polonais Lech Kaczynski. C’est ainsi que l’analyse d’Alain Finkielkraut dans le JOURNAL du DIMANCHE fait exception. Elle est intitulée : « Nous sommes tous des Islandais » et met intelligemment l’accent sur un événement qui nous invite inopinément « à la modestie et à la lenteur ». Forts de toutes nos prouesses, écrit en effet Alain Finkielkraut, forts de toutes nos prothèses, nous nous croyons, nous les êtres humains, seuls sur terre. Sans partenaire, ni adversaire. Et voici que l’altérité se rappelle à nous, sous la forme inquiétante et poétique d’un panache de fumée noire. Ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle que ce rappel d’une solidarité climatique avec l’Islande, poursuit l’ami Finkielkraut. Et il ajoute : « l’Islande, ce pays auquel on ne pense jamais, avec son volcan au nom imprononçable, s’invite chez nous. Cela me frappe. Soudain et peut-être, pour une courte période, nous sommes tous des Islandais ! ». Et puisque le 30 avril prochain, dans la série « Empreintes », France 5 va diffuser un portrait magnifique du philosophe de France-Culture où vous découvrirez son appartement encombré par des piles et des piles de livres, je veux suggérer à Finkielkraut d’en ajouter un. Un gros, publié au Seuil et qui contient toute l’œuvre du regretté Pierre Desproges, avec ce chapitre intitulé : « les Etrangers sont nuls ». Desproges y cogne joyeusement et gentiment, les Grecs, les Italiens, les Eskimos et les Islandais. « Les Islandais sont appelés ainsi pour que nous ne les confondions pas avec les Irlandais qui habitent, eux aussi, une île n’importe où par là, dont tout le monde se fout complètement. Une récente statistique, fort révélatrice de la douloureuse pénurie de culture géographique de nos concitoyens, nous apprend que sur dix Français à qui l’on pose la question : « Quelle est la capitale de l’Islande ? », neuf sont incapables de répondre autre chose que « Du diable si je le sais », ou « Va te faire foutre », ce qui n’est qu’une façon élégante de dissimuler une ignorance crasse. Le dixième répond « Reykjavik », ce qui signifie « va te faire foutre en breton ». L’Islande est un grand pays de 103.000 kilomètres carrés uniquement composé de glaciers et de volcans. Autant dire que quand on ne se les gèle pas, on se les brûle, ce qui explique en partie l’extrême lenteur du développement du tourisme islandais. Mais, Dieu merci, la pêche à la morue n’est pas la seule distraction que l’Islande offre au touriste. Il est d’autres richesses en cette grande contrée sauvage encore marquée du souvenir glorieux des premiers Vikings. Par exemple, la pêche au hareng. Qu’elle est noble et rude, la lutte entre l’homme et la bête ! « Quand l’homme entre, le hareng sort », remarquait judicieusement le regretté Jacques Lacan qui vient enfin d’arrêter pour de bon d’écrire des conneries. En résumé, on peut dire que les Islandais gagnent à être connus. Alors que Julio Iglesias, non ». Pour finir, une citation de Paul Morand : « Vacances… On ne saurait aller chercher trop loin, le plaisir de rentrer chez soi ».

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