La revue de presse du week-end, par Frédéric Pommier.

C’est un sujet dont on ne parle pas. Un sujet qui n’intéresse pas. Trop intime, peut-être. Trop délicat, sans doute. Mais ce matin, LE MAGAZINE L’EQUIPE a décidé d’en faire sa Une et son dossier central : une enquête de huit pages sur les règles dans le sport féminin. Pas les règles du sport. Les menstruations des sportives. Et plusieurs d’entre elles ont choisi de briser le silence et de briser ce que l’hebdomadaire appelle « le dernier tabou du sport ».

« Ben oui, aujourd’hui, je n’étais pas bien, ça tombe mal… Enfin, vous voyez, quoi… » Combien de fois a-t-on pu entendre ce genre de propos dans la bouche d’une sportive à la sortie d’un terrain, sur le bord d’une piscine ou d’une piste… Puis son coach, laconique, de confier à la presse : « Elle était comme elle peut l’être une fois par mois… » Mais il en disait rarement davantage.

Certaines, cependant, en ont dit davantage. Notamment la joueuse de tennis britannique Heather Watson, en janvier 2015. Elle avait osé expliquer sa défaite prématurée à l’Open d’Australie par, je cite, « un truc de fille ». Idem aux derniers Jeux de Rio, quand une nageuse chinoise, sur une chaîne nationale, s’est excusée d’avoir laissé tomber ses partenaires du 4X100 mètres : « C’est parce que mes règles sont arrivées hier et que je me sentais fatiguée. » Dans un pays où les tampons sont encore culturellement très peu utilisées, elle a d’emblée accédé au statut d’héroïne… Et ce matin, donc, d’autres sportives prennent la parole dans les colonnes du magazine.

La recordwoman du marathon Paula Radcliffe : elle décrit les jambes lourdes, la rétention d’eau, la perte d’énergie.

La nageuse Charlotte Bonnet : elle raconte les douleurs en haut des jambes et l’impression qu’un poids la tire vers le fonds.

Ballonnements pour les unes, bouffées de chaleur pour les autres… Avec, souvent, des conséquences sur leurs performances et des craintes pour leurs tenues. Une vilaine tâche rouge sur une jupette de tennis ou une combinaison d’escrime. Voire une ficelle qui sort de l’échancrure d’un maillot de main, quand ce n’est pas une serviette hygiénique qui s’échappe sur un tatami…

Toutes font part de leur honte. Et de la difficulté de parler du sujet avec des coaches qui, souvent, sont des hommes, comme d’ailleurs la majorité des médecins du sport… Bien sûr, il y a la pilule. Mais si l’on croit ces sportives, celle-ci diminue parfois le dynamisme.

Autre problème – cette fois, c’est le problème inverse : les filles qui, à force d’entraînement n’ont plus leurs règles. Et là, ça fragilise les os. Il y a des risques accrus de fractures…

Des témoignages rares. Des sportives qui parlent et veulent donc en finir avec le tabou des règles. Et c’est donc à lire dans LE MAGAZINE L’EQUIPE.

Dans le milieu de la musique, ce n’est pas toujours simple non plus de s’imposer quand on est une femme…

Notamment pour les chefs d’orchestre. « Place aux femmes », titre ainsi le supplément Et vous du FIGARO ce matin. Photo de Nathalie Stutzmann, qui va diriger, à partir de demain, Tannhäuser à l’opéra de Monte-Carlo. Elle est l’une de ces nouvelles figures féminines qui assurent la relève des chefs. Mais pour s’imposer à la baguette, le chemin a été long…

Et Christian Merlin de rappeler que les stéréotypes ont vraiment la vie dure. Exemple avec le professeur Jorma Panula, légendaire pédagogue qui a formé des générations de chefs, et qui estime que « les femmes sont bonnes à diriger Debussy ou Fauré, mais certainement pas Bruckner ou Malher », qui réclament nettement plus de virilité… De son côté, le maestro Vasily Petrenko a jugé que les femmes chefs d’orchestre n’étaient pas une bonne chose car elles créent, je cite, « un trouble érotique ». « Parfois, les femmes sont découragées par l’aspect physique des choses », a même estimé le pourtant très brillant Bruno Mantovani, le directeur du Conservatoire de Paris, évoquant comme « un frein physiologique » pour les femmes. Ceci dit, la situation progresse. Lentement, certes, mais elle progresse : de plus en plus de femmes chef d’orchestre mènent une carrière internationale…

En revanche, chez IKEA, on est plutôt dans la régression…

« Un catalogue IKEA sans femmes pour les ultraorthodoxes. » C’est à lire ce matin dans LIBERATION. Des livres religieux alignés sur des étagères, un père et ses deux garçons portant kippa et papillotes, une armoire remplie de vêtements masculins traditionnels… Le géant du meuble suédois IKEA a diffusé ce mois-ci en Israël un catalogue destiné à la communauté juive orthodoxe, sans la moindre photo de femmes ou de fillettes. Une version bien différente du catalogue israélien classique, qui présente en couverture un homme et trois femmes, la tête et les bras nus. Face aux très mauvaises réactions, la marque a présenté ses excuses. Elle avait déjà effacé les femmes d’un catalogue pour l’Arabie Saoudite…

Et en France, les femmes, où sont-elles ?

Si l’on en croit LE PARISIEN, c’est l’un des problèmes de la campagne d’Emmanuel Macron. Il a promis la parité pour les prochaines législatives. Mais il peine, semble-t-il, à trouver des candidates pour représenter son mouvement ‘En Marche !’. Demain, à son QG, sera donc organisée une journée consacrée à l’engagement politique des femmes…

C’est toutefois un autre candidat qui fait la Une ce matin…

« J’irai jusqu’à la victoire ! » Phrase signée François Fillon à la Une du FIGARO. Dans un long entretien au journal, le candidat Les Républicains à la présidentielle détaille son programme en matière de sécurité : l’abaissement de la majorité pénale à 16 ans – nous en avons déjà longuement parlé sur cette antenne, le rétablissement des peines plancher, plus d’équipements pour les gendarmes, plus de pouvoirs pour la police et des postes supplémentaires, la création de 16.000 places de prison, mais aussi le retour de la suspension des allocations familiales pour les parents de mineurs récidivistes. Voilà pour le fonds, et pour la forme, il prévient donc qu’il n’a aucunement l’intention de renoncer. Et ce, même en cas de mise en examen dans l’affaire des emplois présumés fictifs de son épouse. Il avait pourtant dit l’inverse il y a quelques semaines. Changement de pied ce matin.

Certes, il reconnait que les conditions de sa campagne sont difficiles : « Je dois tout affronter – les mensonges, les attaques et les opérations ciblées pour perturber mes déplacements. » En l’occurrence, autour des salles de chacun de ses meetings, se retrouvent dorénavant des dizaines d’opposants offrant un concert de casseroles et puis des slogans tout en rimes : « Fillon en prison » ou « Fillon, rend-nous le pognon ! »… Des opérations de déstabilisation lancées, selon lui, par la gauche, car c’est à elle que cela profite. « Mais cela ne m’intimide pas, lance François Fillon, précisant que désormais, il s’en remet « au suffrage universel. »

On retrouve d’ailleurs son visage à la Une, à la fois, de L’UNION et de L’ARDENNAIS. « Le blues des fillonistes », affirme le premier, tandis que le second souligne que « Les fillonistes s’accrochent ». Le titre diffère, mais le sous-titre est le même : « Sa campagne est plombée par l’affaire ‘Pénélope’. Les militants hésitent entre renoncement et soutien indéfectible à leur candidat. »

« Emplois fictifs : le Front National aussi. »

C’est ce qu’on peut lire à la Une de L’INDEPENDANT CATALAN… Après François Fillon, c’est maintenant à Marine Le Pen de s’expliquer, suite aux révélations d’un rapport de l’OLAF, l’Office européen de lutte antifraude. « Son garde du corps aux centre des emplois fictifs », précise PARIS NORMANDIE, sous une photo de la patronne du FN et dudit garde du corps, lequel aurait été rémunéré comme assistant parlementaire au Parlement Européen, alors qu’il travaillait en fait pour le parti.

Cela dit, « Marine Le Pen réfute les accusations », indique LA PRESSE DE LA MANCHE. Elle a même annoncé qu’elle avait porté plainte contre l’OLAF. Mais dans la journée, l’organisme a confirmé que la députée européenne avait « produit un contrat de travail purement fictif concernant l’un de ses assistants ». « Et voilà qui tombe mal pour la candidate », note Olivier Beaumont dans les colonnes du PARISIEN, en rappelant que dans cette affaire, une information judiciaire a été ouverte pour abus de confiance et recel, faux et usage de faux, travail dissimulé, et même escroquerie en bande organisée. C’est d’ailleurs avec des casseroles que Marine Le Pen a été accueillie hier soir dans le Jura, des casseroles en marge d’une réunion publique. « Une scène qui devrait faire se sentir François Fillon moins seul dans cette campagne », commente mon confrère…

Et à gauche, où en est-on des discussions ?

S’achemine-t-on vers un accord entre le candidat du PS et le candidat écologiste Yannick Jadot ? S’achemine-t-on vers un accord entre le candidat du PS et le candidat de la France Insoumise Jean-Luc Mélenchon ? A la première question, la réponse est : on s’en rapproche. A la seconde question, la réponse est : c’est compliqué. En somme et ainsi que le résume MIDI LIBRE : « Benoît Hamon cherche la formule magique de la gauche plurielle. » Cela étant, il y a « des frémissements de rapprochements » comme l’explique LIBERATION… Les contacts se multiplient entre les trois candidats de gauche. Hier, Hamon a téléphoné à Mélenchon. Juste avant, ce dernier lui avait envoyé une longue lettre, lettre dessinant le périmètre et les conditions d’un possible rassemblement : aucun contact avec Macron, refuser les accords CETA et TAFTA, garantir une nouvelle République… Avec la revue REGARDS, le journal propose par ailleurs d’organiser un débat public entre les trois candidats de gauche. Un débat pour voir comment s’entendre sur une candidature commune.

Et puis le journal revient ce matin sur un autre tabou féminin

Tabou musical, celui-là : le tabou des chansons d’amour homosexuelles féminines. En France, rare sont les chansons consacrées aux amours lesbiennes, explique Patrice Demailly. ‘On voit beaucoup d’pingouins, mais beaucoup moins d’pingouines’, chantait Juliette Gréco en 1970. Ce constat pourrait donc s’étendre à la chanson, où l’homosexualité féminine apparaît comme en retrait par rapport à son homologue masculine. Ce qui n’empêche pas toutefois quelques morceaux marquants, que liste mon confrère : une chanson de Suzy Solidor, le groupe Mecano, un texte de Catherine Lara et Véronique Sanson, ou encore « Bilitis » de la jeune chanteuse Maissiat. Son deuxième album s’appelle Grand Amour, et comme le note Patrice Demailly, "ceux qui ne la connaissent pas encore auront ici la preuve qu’elle est comme la digne héritière de Françoise Hardy."

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