Bonjour à tous… Vos quotidiens commémorent ce matin, avec un jour d’avance, la mort de Coluche, fracassé à moto, il y a 25 ans, sur la petite route de Valbonne à Opio, dans les Alpes Maritimes. J’y reviendrai, demain dimanche, réservant le 18 juin à ceux qui incarnèrent la résistance aux heures les plus noires de notre Histoire. C’est Caroline Fourest qui rapporte ce matin dans LIBERATION ce mot de Camus, évoquant sa génération, en expliquant « qu’elle luttait pour que le monde ne se défasse pas ! ». La mienne, écrit Caroline Fourest, essayiste antiraciste et laïque. La mienne s’indigne, parce qu’elle ne supporte plus de voir le monde se dégrader. Qui, demande-t-elle a voté pendant des années pour des politiciens prônant l’Etat faible, la dérégulation et la réduction d’impôt ? Quel peuple ? Les fauteurs de crise doivent payer. Mais la revanche ne mène nulle part. On ne s’en sortira pas par la défiance. Deux scénarios sont possibles, conclut l’essayiste dans LIBERATION-Magazine. Ou bien, le chacun pour soi, et ce sera le grand retour du nationalisme, avec son lot de boucs émissaires… L’islam ou les roms. Soit une autre Europe. Mais pour ça, les gouvernants doivent proposer une autre politique et convaincre les peuples européens, que leurs intérêts coïncident. Sur le même thème, Claude Imbert, dans son éditorial du POINT distingue l’athlète et les chétifs, avant de constater qu’en économie, il arrive que la vertu paie. Et selon Imbert, en Europe la vertu est allemande. C’est l’Allemagne qui sacrifie vertueusement à la stabilité et nous serions bien avisés de faire comme elle. Le HERALD TRIBUNE de ce week-end, n’est pas loin de penser la même chose, quand il salue ce matin l’accord Sarkozy-Merkel sur l’aide à la Grèce, en reconnaissant que la chancelière a fait les efforts nécessaires, en mettant beaucoup d’eau dans son vin. Mais voici comment Claude Imbert ouvre son éditorial sur les forts et les faibles de notre continent en cette fin de printemps 2011. « Entre l’Allemagne et nous, écrit-il, il y a le Rhin, les tranchées et les tombes d’un lourd passé. Mais il y a aussi depuis cinquante ans, un songe d’avenir : l’Europe. On a voulu, au fil des siècles la réunir de force. Par bonheur, depuis la fin de la guerre, Français et Allemands, nous la rêvons ensemble dans les fumées du calumet de la paix. Ne la laissons pas fléchir sous les tempêtes du monde. Toute la cordée communautaire, sent du mou dans la corde. Elle guette avec anxiété Berlin et Paris. Or l’Europe, patraque, inquiète l’Allemagne. Et du coup, l’Allemagne inquiète la France. » Jean Daniel dans le NOUVEL OBSERVATEUR apporte lui aussi sa pierre au débat, en rappelant que Jorge Semprun, le bel écrivain, disparu l’autre jour, avait trois patries : l’Espagne, la France et l’Allemagne. L’Allemagne, avec laquelle il avait une relation forte, passionnée, et pourtant, écrivait Semprun, cité par Jean Daniel : « A la fin des fins, quand on insiste pour savoir, si une patrie est l’espagnol ou le français, j’ai envie de répondre : J’ai le matricule 44904 inscrit sur moi, depuis ma déportation à Buchenwald ». Semprun, conclut l’éditorialiste du NOUVEL OBSERVATEUR… « voilà encore un homme d’exception, qui en partant a emporté une part de nous même. Une bonne part. Encore un grand témoin de ce 20ème siècle, pathétique et barbare dont le 21ème hérite, dans la confusion et la vulgarité ». 18 juin 40… 18 juin 2011… c’est le Premier Ministre, François Fillon qui établit aujourd’hui, dans la page Débats du FIGARO, la relation. En expliquant, qu’il faut tenir la barre face aux épreuves de notre temps. Encore les combats à mener sont-ils bien différents. François Fillon le reconnaît, avant d’écrire : « Je crains qu’en 2012, les sirènes de la démondialisation, de la sortie de l’euro, du rétablissement des frontières… etc… etc… ne fassent entendre leur complainte trompeuse et fatale ». Et même si, comparaison n’est pas raison, le Premier ministre de nous inviter au souvenir de l’autre 18 juin. Quand, écrit-il, une voix a ranimé l’espoir, d’une Nation brisée par la défaite. Peu d’hommes incarnent, comme le Général de Gaulle, le combat de la France, pour la liberté. Et peu ont comme lui, aussi bien servi le monde de leur temps. François Fillon, page 22 du FIGARO. Alors que je le disais en commençant, le souvenir de l’appel du 18 juin, est gommé ce matin par le 25ème anniversaire de la mort de Coluche. Dieu merci, il y a les livres des historiens pour nous remettre en mémoire, d’abord le texte écrit du fameux appel lancé par de Gaulle à la BBC. « … Je vous dis que rien n’est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus, peuvent faire venir un jour la victoire. Car la France n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle n’est pas seule. Elle a un vaste empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l’Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l’Angleterre, utiliser sans limites, l’immense industrie des Etats-Unis.] Cette guerre n’est pas tranchée par la bataille de France… c’est une guerre mondiale… Moi, Général de Gaulle, actuellement à Londres… j’invite… les soldats, les ingénieurs, les ouvriers… à se mettre en rapport avec moi. Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre, et ne s’éteindra pas…. ! Cet appel… du mardi 18 juin, avait été précédé le 17, la veille, à la radio, par la voix chevrotante du Maréchal Pétain, qui faisait à la France, le don de sa personne… et déclarait ! « C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui, qu’il faut cesser le combat… Je me suis adressé cette nuit, à l’adversaire pour lui demander, s’il est prêt à rechercher avec nous, entre soldats, après la lutte et dans l’honneur, les moyens de mettre un terme aux hostilités ». Dans ses Mémoires, parues chez Gallimard, Daniel Cordier, secrétaire de Jean Moulin, qui avait 20 ans, a entendu en famille Pétain sur Radio-Toulouse. Commentaire de son beau-père… « Avec lui, rien à craindre. Les Boches, il connaît, il les a déjà vaincus ». Ma mère, elle, s’affaisse dans les bras de mon beau-père, écrit Daniel Cordier. Moi, je me précipite dans ma chambre afin de dissimuler mes larmes. Jeté en travers du lit, je sanglote en silence. Ainsi, la France est morte sans que j’ai combattu ! Comment est-ce possible ? Ma patrie, l’orgueil de ma vie, la gloire de l’univers… Encore un détail, qui n’est pas un détail. Le 3 juin, Paris, le Bourget, mais aussi le 16ème avaient été bombardés… par les Allemands…. 1.000 victimes, 250 morts. Du 3 au 14, entrée des nazis à Paris… Plus de trains… plus rien… l’exode… massif. Ne reste sur 2.900.000 parisiens, un parisien sur 3, tous ont fui au Sud… 18 juin 1940… c’était un mardi – 125ème anniversaire de la bataille de Waterloo. A Londres, Churchill parle et interroge lui aussi. Qui a dit que l’Angleterre était seule ? « Nous maintiendrons toujours nos liens de camaraderie avec le peuple français. Les Tchèques, les Polonais, les Hollandais, les Belges ont uni leur cause à la nôtre. Tous ces pays seront libérés. Toute la violence, toute la puissance de l’ennemi va très bientôt se déchaîner contre nous. Hitler sait qu’il lui faudra nous vaincre dans notre île, ou perdre la guerre. Si nous parvenons à lui tenir tête, toute l’Europe pourra être libérée, et le monde s’élèvera vers de vastes horizons ensoleillés. Mais si nous succombons, alors le monde entier, y compris les Etats-Unis, et tout ce que nous avons connu et aimé, sombrera dans les abîmes d’un nouvel âge des ténèbres, rendu plus sinistre, et peut-être plus durable, par les lumières d’une science pervertie. »

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