Des millions de Français rêveraient de changer de vie.

C’est ce qu’on lit, cette semaine, dans les colonnes de L’EXPRESS, qui propose un dossier d’une vingtaine de pages sur ce que l’hebdomadaire considère comme un « phénomène ».

Repartir de zéro, tout plaquer, tout recommencer, et s’engager dans un nouveau parcours professionnel, avec un objectif : s’épanouir, enfin ! « Phénomène », disions-nous. Pour preuve, le succès des bouquins consacrés au sujet – et je liste ici quelques titres : « Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une », « Tremblez, mais osez – Menez la vie dont vous rêvez », « Changer sa vie, oui, c’est possible », « Changer de métier pour changer de vie », ou bien « Devenez ce que vous êtes ». Des succès d’édition, auquel s’ajoute le grand succès des consultants spécialisés dans la reconversion.

Tout est possible, rien n’est écrit

Voilà ce que disent ces derniers, évoquant parfois le parcours de certaines célébrités. Le douanier Rousseau par exemple. Avant de devenir peintre, il était commis au péage régulant l’entrée des marchandises à Paris. On connait aussi le parcours de Walt Disney qui, avant de se lancer dans le dessin animé, fut vendeur de journaux ainsi qu’ambulancier. Quant à l’écrivain Marc Lévy, avant de se lancer dans les romans d’amour, il a passé six ans au sein de la Croix-Rouge et fondé par la suite un cabinet d’architecture.

« Je voulais plusieurs vie en une », explique de son côté l’ex-avocate aujourd’hui humoriste Caroline Vigneaux. Elle a quitté le barreau pour monter sur scène, et son one-woman-show a déjà attiré plus de 250.000 spectateurs en France. D’autres témoignages dans L’EXPRESS : un conducteur d’engin devenu massothérapeute, une géologue devenue enseignante au collège, un informaticien devenu restaurateur, ou un cadre de PSA devenu sculpteur sur pierre dans un village du Perche. En termes de salaire, il a beaucoup perdu. Mais en qualité de vie, et en rythme de vie, il a beaucoup gagné. Et à lire son portrait, on comprend qu’il est épanoui.

Changer de vie, c’est aussi ce que vont devoir faire les députés battus lors des législatives

Mais là, bien sûr, ça n’est pas franchement un choix de vie, c’est une reconversion contrainte, et c’est l’amertume qui domine chez ceux qu’ont rencontrés les journalistes du MONDE. Titre de l’article : « Le difficile retour au réel des députés battus ». Certains, pourtant, se préparaient à leur défaite. Parfaitement conscient du désir de renouvellement, ils s’étaient préparés à la claque électorale, mais sans pour autant préparer leur avenir. D’où l’amertume, donc, et le blues qu’ils ressentent aujourd’hui.

Un blues accentué par le fait d’avoir été devancé par des candidats sans aucune expérience politique. C’est ce dont témoigne un ancien député socialiste : « Ma génération a déjà connu des défaites très lourdes, dit-il, mais quand on était battus, c’était souvent par des adversaires qui avaient une légitimité militante et locale. Or là, on a été dégagés par des gens qui ont débarqué quelques semaines avant le premier tour. » Et il apparaît que c’est encore plus humiliant.

« A 57 ans, poursuit-il, faut que je cherche du travail et ça va pas être simple. » Même âge et même désenchantement pour cet ancien député Les Républicains : avant l’Assemblée Nationale, il était chef d’un service de cardiologie, or il n’y a plus de place pour lui dans son ancien service.

D’ailleurs, le retour à la vie professionnelle est surtout compliqué pour ceux qui, avant d’être élus, exerçaient dans le privé. Tous ceux sont issus de la Fonction Publique devraient retrouver leur poste, mais pour les autres, désormais, c’est donc direction « Pôle Emploi ».

Cela dit, s’ils lisent L’EXPRESS de cette semaine, ils trouveront peut-être que des pistes de reconversion : massothérapeute, restaurateur, tailleur de pierre. ou se lancer dans le one-man-show !

C’est ce dimanche qu’a lieu le second tour des élections législatives

Et, bien sûr, le sujet fait la Une ce matin de quasiment tous les journaux. Même titre pour LA VOIX DU NORD et LE COURRIER PICARD, qui évoquent le « dernier round ». « 572 duels et une triangulaire », précise de son côté L’UNION, tandis que L’EST ECLAIR s’interroge : « Qui résistera à la vague En Marche ? ». Et le quotidien d’indiquer que si les candidats se présentant sous les couleurs de la majorité présidentielle ont actuellement le vent en poupe, leurs adversaires espèrent un sursaut aujourd’hui.

Des adversaires que l’on retrouve dans le dossier du JDD : responsables politiques, responsables syndicaux, l’hebdomadaire dresse la liste et les projets de « ceux qui vont dire ‘non’ au pouvoir de Macron ». « Ce qui attend la majorité Macron » : ça, c’est le titre à la Une du MONDE, qui nous explique que, comme le veut la tradition, le Premier ministre Edouard Philippe remettra en début de semaine la démission de son gouvernement, pour être aussitôt chargé par le chef de l’Etat d’en former un nouveau.

La nouvelle équipe, attendue dans les prochains jours, ne devrait pas être bouleversée, mais des « ajustements » seraient prévus pour combler des manques ou décharger certains ministres. A l’Elysée, on parle ainsi de l’arrivée de « quatre à six secrétaire d’Etat », ainsi que des hauts commissaires, et si l’on en croit le quotidien, l’exécutif aurait prévu de continuer son travail de sape de la droite, en nommant des nouvelles têtes principalement issues du parti Les Républicains.

A propos des Républicains, récit détaillé de Laurent Valdigué dans LE JOURNAL DU DIMANCHE

Pour la première fois – dixit l’hebdomadaire, les proches de François Fillon racontent les réunions de crise au QG du candidat pendant que les affaires s’amoncelaient. Confidences, notamment, d’Anne Méaux, sa communicante – elle dit ce qu’elle a tenté de faire et tout ce qui lui a échappé. Et c’est ainsi que l’on apprend que le soir des premières révélations embarrassantes du CANARD ENCHAINE, l’équipe du candidat était en train de fêter la galette des rois. Dans la galette, bien entendu, il y avait une fève. La fève, c’était un chat noir. Mauvais présage évidemment.

Mais si l’on en croit le journal, François Fillon, lui, reste persuadé que quelqu’un a guidé ses accusateurs. Il reste persuadé que quelqu’un a déclenché voire orchestré les affaires qui ont ruiné sa campagne – « une campagne du chat noir », comme le titre l’article. Et François Fillon se demande toujours qui se cache derrière le chat !

L’autre question du jour, c’est celle de l’abstention

Elle avait battu un record au premier tour – plus de la moitié des inscrits, et pourrait être encore plus massive aujourd’hui. « Législatives : le spectre d’une très forte abstention », commente LE TELEGRAMME, alors que LE PARISIEN DIMANCHE se demande s’il ne faudrait pas « rendre le vote obligatoire », afin d’endiguer la tendance et de faire en sorte que les électeurs cessent de bouder les urnes. « L’important, c’est de participer », implore le quotidien, rappelant que si voter est un droit, c’est aussi un « devoir civique ». Et d’ailleurs, c’est inscrit sur les cartes d’électeurs !

« La question de l’intérêt de rendre le vote obligatoire mérite d’être posée », écrit Stéphane Albouy dans son édito. « Cette idée permettrait de prendre en compte le vote blanc, et elle pourrait aussi s’accompagner de la contrainte de convoquer de nouvelles élections si plus de la moitié des votants choisissaient cette option. Et puis, poursuit-il, cela nous éviterait les sempiternels débats en légitimité que les perdants invoquent les jours de déroute électorale. D’ailleurs, nous ne devrions pas y échapper ce soir ! »

Dernier mot des législatives : tous les journaux reviennent, ce matin, sur l’interpellation de l’homme qui s’en est pris à Nathalie Kosciusko-Morizet cette semaine, sur un marché parisien. « L’agresseur présumé est un maire normand », relève LA PRESSE DE LA MANCHE. Un maire de l’Eure, en l’occurrence. Et je vous signale l’excellent dessin que Plantu a diffusé hier sur les réseaux sociaux ! Accompagné d’un juge et d’un homme en képi, le procureur s’explique devant les journalistes et voilà ce que le dessinateur lui fait dire : « La police a interrogé la personne qui a agressé Nathalie Kosciusko-Morizet. Le début de l’enquête nous amène à penser qu’il s’agit. d’un con ! » Et pour arriver à cette première conclusion, j’ajoute qu’on n’a même pas eu besoin de faire appel à des graphologues.

Donald Trump, va-t-il également être contraint de changer de vie ?

En tout cas, l’éventualité de sa destitution continue de nourrir les débats. Il est soupçonné d’entrave à la justice et « la menace grandit », annonce le JDD, précisant que trois dirigeants des services de renseignement doivent être entendus cette semaine. Interview de John Dean, ex-conseiller de la Maison-Blanche sous la présidence Nixon. Il fut l’un ceux qui mit au jour le scandale du Watergate et à ses yeux, « ne pas destituer Trump serait un pur scandale ». Mais cela pourrait prendre du temps.

Voir un tableau avec les doigts

Et puis, pour finir, une info culturelle piochée dans les colonnes de NATIONAL GEOGRAPHIC. « Voir un tableau avec les doigts ». S’il est incapable d’observer la couleur, la composition et la lumière d’une œuvre, comment un aveugle peut-il l’apprécier ? Eh bien, en la touchant, tout simplement. C’est en partant de cette idée qu’un ancien photographe et son épique ont reproduit des tableaux en 3D.

Et c’est ainsi que lorsqu’un jeune aveugle de treize ans a touché la reproduction en 3D de La Joconde de Léonard de Vinci, il dit avoir immédiatement remarqué son sourire. Il y a donc des gens qui décident de changer de vie – ils se choisissent une autre vie. Et puis il y a des gens qui décident d’essayer de changer la vie des autres et c’est encore plus bouleversant.

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