Bonjour à tous… « C’est dur de vieillir ? Oui très dur. Mais ce n’est rien comparé au renoncement au pouvoir. Parce que d’un côté, il y a une fatalité, et de l’autre une défaite… » Voilà ce qu’écrit Jean Daniel cette semaine dans Le Nouvel Observateur, avant d’applaudir Jacques Chirac, un homme encore jeune, qui fait contre mauvaise fortune bon cœur, accepte de n’être plus rien et s’éjecte de l’Histoire ! Voilà un homme, poursuit-il, dont l’enthousiasme pour son pays n’est pas feint, et qui lui fait des adieux émus et dignes. Chirac a réussi sa sortie. Quand on pense aux conditions de son entrée et aux convulsions de son parcours… On ne peut que dire « salut l’artiste ». Et Jean Daniel de conclure, sur ce qu’il appelle le testament de Jacques Chirac justement : … Ne composez jamais avec l’extrémisme, le racisme, l’antisémitisme ou le rejet de l’autre ! Il y avait cela en effet dans le message d’adieu du Président de la République aux français. Un appel solennel, qui résonne d’autant plus fort que l’on débat de l’identité nationale, et que Jean-Marie Le Pen progresse de 13 à 14 % des intentions de vote, dans le sondage IFOP que publie aujourd’hui, le Journal du Dimanche. La même enquête, situe Ségolène Royal à 24, François Bayrou à 22,5 et Nicolas Sarkozy en tête, à 26. Arlette Laguiller est à 3, comme Olivier Besancenot, Marie-Georges Buffet reste à 2. Philippe de Villiers, à 1 et demi tout comme Dominique Voynet. Au second tour, mais cela a-t-il une signification ? Nicolas Sarkozy l’emporterait avec 51,5 des voix contre 48,5 à Ségolène Royal. Plus intéressante est la seconde enquête IFOP du Journal du Dimanche, qui voit, elle, la cote de Jacques Chirac s’établir à 46% de Français satisfaits. Normal, commente le patron de l’IFOP, Jean-Luc Parodi. « Le président s’en va, donc on lui pardonne. » Dans son éditorial du « Point », Claude Imbert se situe plus haut, et va plus loin quand il écrit que le peuple français constitue « une masse composite, changeante, obstinée, qui depuis des années, râle, proteste contre tout pouvoir, contre toute réforme. Cette attitude pour Imbert, agirait comme un bélier. Sous ses coups, on a estourbi l’Europe, et aujourd’hui, on se rue avec lui, contre le système en ouvrant une brèche à Bayrou… ce centriste immodéré. Ceci posé, Claude Imbert s’interroge sur ce qu’il appelle un pays dépaysé. Une France en crise. Fronde, ou crise profonde. Avec de la rogne partout et des doléances, des rechignements dont on ne sait s’ils déboucheront, sur des réformes voire sur une révolution. Je ne sais pas, reconnaît honnêtement l’éditorialiste du Point. Crise de régime ? Crise des Institutions, la France en réalité est sortie de ses gonds, peut-être la crise des pouvoirs, peut-être est-ce une crise de la nation. Si le pouvoir tourne si souvent à vide, c’est qu’il ne rencontre plus au corps national compact propre à imposer une volonté générale. Il ne trouve face à lui (c’est toujours Imbert qui parle) que des segments, des partis, des communautés, des classes d’âge, des catégories… La France ne les transcende plus. A trop oublier la France, à ne s’adresser qu’à des Français d’une nation décomposée, eh bien, le pouvoir s’est décomposé lui aussi. Et Imbert de rappeler qu’une nation est un mystère. Mystère dont tous les siècles sont les feuillets d’un même livre, disait joliment Ernest Renan. Et voici la chute de l’éditorial de Claude Imbert à ajouter au débat sur l’identité nationale. Qu’est-ce qu’une nation… Qu’est-ce qu’un français demandait hier, dans La Croix, Bruno Frappat. Réponse de Claude Imbert : La nation, c’est à la fois le patrimoine du passé et la volonté d’un avenir commun. Le passé, le pauvre, est à restaurer : dans l’éducation, la langue et l’Histoire, toutes trois défoncées. Que la légende s’efface devant l’Histoire, soit ! Hélas, écrit Imbert, nos officiels ne retiennent que sa face noire : nous sommes soûlés de repentances… Quant à l’avenir, il voudra, je le crois, beaucoup plus de vertu dans la vie publique. Et chez nos guides, plus d’exigence morale et moins de postures car la morale est à la république ce que l’honneur fut au royaume. Du successeur de Chirac ont attend, au fond, qu’il aime un peu moins les Français pour aimer davantage la France. D’autres voix, s’élèvent aujourd’hui sur la nation, patrimoine du passé, et volonté d’un avenir commun. Simone Veil dans « Marianne », répond à deux questions. Que vous inspire, lui demande Anna Bitton le projet de création d’un ministère de l’immigration et de l’identité nationale, imaginé par Nicolas Sarkozy. Réponse de Simone Veil : « Je n’ai pas du tout aimé cette formule très ambiguë. J’aurais préféré parler d’un ministère de l’immigration et de l’intégration. » Alors, demande ma consœur de Marianne, pourquoi soutenez-vous sa candidature ? « Je ne suis pas socialiste, il y a au moins cinquante ans que je n’ai pas voté pour les socialistes, mais j’admire la force et le courage de Ségolène Royal de s’être lancée dans ce combat. Nicolas Sarkozy, ajoute-t-elle, pour moi, est le plus qualifié pour devenir président de la République, même si je ne suis pas toujours d’accord avec certaines de ses positions ou plutôt de ses attitudes. Personne n’est parfait. Fin de citation. A 79 ans, Simone Veil qui n’est plus candidate à rien, choisit et relativise. Pas candidat non plus, Lionel Jospin, hier à Lens, dénonce devant un demi-millier de militants socialistes enthousiastes, ce qu’il appelle la supercherie Bayrou, et la tentation despotique, quasi totalitaire de Nicolas Sarkozy. Relation de Denis Boulard dans le Journal du Dimanche… Jospin à l’attaque, après avoir attendu 3 semaines pour passer du soutien annoncé à Ségolène Royal au soutien très appuyé sur le terrain. Extrait du reportage de mon confrère : Costume gris-bleu, cravate à rayures, il attaque Nicolas Sarkozy. « Il ne faut pas avoir une vision étroite et mesquine de l’identité nationale… Il est stupide et suspect de créer un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale car aucun ministère ne saurait être propriétaire de l’identité nationale. » Plus loin, sur le même thème, Jospin accuse carrément le candidat de l’UMP. Mais l’ancien premier ministre de Jacques Chirac avec sa crinière blanche, ne s’arrête pas là : « Monsieur Sarkozy dit-il, représente un danger pour un fonctionnement normal de la République. Et l’invité de marque de la fédération du Nord-Pas-de-Calais d’ajouter, pour le plus grand plaisir de ceux qui l’écoutent : « Nicolas Sarkozy qui joue les hommes neufs malgré une carrière commencée dans son plus jeune âge, de lui, on pourrait même dire, en ce qui le concerne, dès l’enfance. Monsieur Sarkozy est l’incarnation du pouvoir sortant. » Identité nationale encore et toujours… Pierre Mauroy dans le Journal du Dimanche encore, relève avec plaisir que Simone Veil a émis de fortes réserves, et suggère lui aussi que l’idée du projet Sarkozy, vise à rallier les électeurs du Front National. L’académicien Pierre Nora, historien et auteur des lieux de mémoire, trois volumes, chez Gallimard, s’élève au-dessus de la mêlée, me semble-t-il, dans Le Monde daté dimanche-lundi… quand il écrit… que le nationalisme nous a caché la nation. Comme Claude Imbert, Nora explique qu’il y a bien une crise de l’identité nationale, parce que, explique-t-il, notre vieux socle républicain, égalitaire et guerrier, s’est érodé. Question alors, de mes confrères du Monde à Pierre Nora… Comment réagit l’historien que vous êtes, au projet Sarkozy… Réponse de l’académicien… « Parler ouvertement des problèmes de l’immigration, lancer une discussion sur le thème de l’identité nationale sont deux choses excellentes. Mais les lier est soit un calcul, soit une maladresse, soit une idée à courte vue, car l’ébranlement de l’identité nationale n’est pas lié seulement, loin de là, à l’immigration. Il tient à des raisons beaucoup plus vastes et beaucoup plus profondes, même s’il est vrai que l’immigration est concomitante à certains de ces problèmes et sert souvent de bouc émissaire. » Le même Pierre Nora en profite pour dire que le nationalisme qui n’est pas seulement de droite n’offre aujourd’hui pas de réponse aux grandes questions qui touchent la nation. C’est dur de vieillir… très dur… ? Vous lirez dans le journal du Dimanche, et c’est formidable, parce que personne ne pensait à l’interviewer. Le Journal du Dimanche est allé lui demander ce qu’il pensait de la naissance de l’Europe, c’était le 25 mars 1957 à Rome, Traité de Rome, qu’on va célébrer la semaine prochaine à Berlin. Il reste un seul survivant parmi les signataires, Maurice Faure, 85 ans.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.